27-06-2011

Le féminisme déboussolé

Après la Gay Pride

Dans son Manuel de guérilla à l’usage des femmes (Grasset), Sylvie Brunel, l’universitaire répudiée par le ministre Éric Besson, avec lequel elle avait cru à l’amour libre, conseille à ses compagnes d’infortune de se choisir… une compagne. Avec une triste ironie, l’être aimé s’étant tourné vers une plus jeune. La parade est amère. Face à la violence et au mépris machistes, certaines femmes se réfugient dans l’homosexualité. Faut-il en déduire que le féminisme partage le même combat que le lobby homosexuel  ? C’est l’avis du Mouvement Français pour le Planning Familial. Alors qu’il réitère, en Île-de-France, sa campagne-amalgame «  sexualité, contraception, avortement  : un droit, mon choix, notre liberté  », la tribune de Libération cosignée le 23 juin 2011 par sa présidente, Carine Favier, est un manifeste aux accents de programme commun  : «  Mouvements féministes et mouvements homosexuels ne sont pas parallèles ou convergents, c’est une seule et même cause.  » Pour la présidente du Planning, l’objectif est de «  déconstruire l’hétéro sexisme  » dont la «  logique binaire  » ignorerait homosexuels, bisexuels et transsexuels. L’ennemi qu’elle dessine pour le genre humain, c’est «  la culture de l’identité masculine et de la force virile  », en partant du constat que les «  hommes les plus violents  » sont «  souvent les plus sexistes, misogynes et homophobes  ». Fermez le ban  !

Sus au macho donc  ! On lui préfère l’homme efféminé, inoffensif, si possible homosexuel. Mais c’est aussi de l’enfantement qu’il faut libérer la femme. Félicitées par Élisabeth Badinter (Le conflit, la femme et la mère, Flammarion), de plus en plus d’Occidentales refusent toute maternité, considérée comme asservissante. Le professeur Henri Atlan leur promet l’«  utérus artificiel  » dans son livre éponyme (Seuil). Quant aux fondatrices de «  Prochoix  » qui défend le «  droit à l’avortement  » contre les «  intégristes provie  », elles assument leur homosexualité. Logique  ? Le féminisme radical s’est allié à l’idéologie du genre contre leurs ennemis communs  : virilité et maternité. Car, ultimement, la guerre des sexes vise l’abolition des genres. Elle entend dont faire irruption dans les affectivités en pleine construction pour saper les repères biologiques et parentaux. Des stéréotypes conduiraient chaque être humain à se projeter comme homme ou femme  : ils sont à casser dès l’adolescence. Ou plus tôt pour ces parents canadiens qui refusent d’annoncer le sexe de leur nouveau-né  : Storm sera libre de «  choisir plus tard  » ses identité et orientations sexuelles  ! Le titre Gender trouble de Judith Butler, sonne en français comme une déclaration d’intention – celle de brouiller les repères, au profit d’un féminisme subversif – même si l’inventrice de l’idéologie du genre a fait machine arrière au moment où sa théorie entre, en France, dans sa phase opérationnelle.

Quand les sexes s’ignorent ou sont ignorés, leur guerre change d’objet. Visant une «  homoparentalité  » débarrassée du père, les militantes lesbiennes d’Act up osent réclamer  : «  On veut du sperme  »  ! Conception minimaliste du masculin  : l’homme est liquidé en producteur de gamètes par des féministes qui se plaignaient qu’il les ait réduites à des utérus. Revancharde, la nouvelle campagne du mouvement «  Osez le féminisme  » confirme la tendance au réductionnisme porno. Titre  : «  Osez le clito  ». Un dessin cru illustre la provocation. «  Le clitoris est politique  » se défendent les créatrices de la campagne, au nom du «  droit au plaisir  » dont les femmes seraient privées. Comme si c’était par ce bout-là que les Françaises devaient d’abord être abordées pour être respectées. Certes, «  Osez le féminisme  » en appelle à la lutte contre l’excision, caution humanitaire à son indécence. Mais l’obscénité de sa campagne ne fait pas l’unanimité chez les féministes. «  Inutile, dégradant, réducteur…  » a estimé Lydia Guirou. Présidente du Club Future au Féminin, elle considère même que «  ce type d’associations dessert la cause des femmes depuis des années  ». Des leaders de Mix-cités ont à leur tour réprouvé les affiches. Comment seront-t-elles reçues dans les quartiers difficiles  ? Selon des psychologues, c’est la confusion des repères qui fait violence. Le harcèlement érotique, qu’il soit homosexuel ou pornographique, accroîtrait les brutalités sexuelles ou sexistes qu’il prétend soit combattre, soit canaliser. Sur le terrain, alors que les viols individuels ou collectifs se multiplient, les éducateurs ne savent plus comment éviter que les adolescents croient devoir se conformer aux rôles assignés par la pornographie  : hommes brutaux et femmes insatiables… et bisexuelles.

Ce sont pourtant les femmes et les enfants d’abord qui sont victimes de la pornographie. Sans craindre la contradiction, la Gay pride 2011, centrée sur le mariage et l’adoption homosexuels en vue des présidentielle, a exhibé, parmi les «  artistes  » officiellement venues l’animer, Clara Morgane. Mieux traitée par les talk-shows télévisés que les leaders politiques, l’ancienne «  star du X  » ne s’est aucunement repentie des séquences qui mettent en scène, aux dépens des hommes, l’avilissement des femmes. La collusion entre l’industrie du porno et le lobby homosexuel est peut-être logique. Mais peut-on prétendre que les femmes y trouvent leur compte  ? En présence de nombreux enfants, l’exhibitionnisme provocateur de la «  Marche des fiertés  » fait toujours la part belle aux fantasmes masculins. Un genre qui n’est pas aboli.

 

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