20-12-2011

Time Out : le temps est compté

Les pauvres courent après la vie, les riches attendent la mort. Le film Time Out, sorti sur nos écrans le 23 novembre 2011, imagine l’histoire de notre humanité dans un futur proche, divisée entre les pauvres limités à vivre 25 ans et gagner chaque jour pour survivre, et les riches, qui peuvent espérer toucher à l’immortalité. Ce film, fort divertissant au demeurant, amène à se poser quelques questions éthiques, philosophiques et pourquoi pas spirituelles.

Tout d’abord, que penser d’un futur dont le Temps serait l’unité monétaire ? Dans ce monde démonétisé, le Temps est devenu l’unité de valeur, pour le malheur des pauvres et le – très relatif – bonheur des riches. Le film souligne ce contraste entre leurs conditions. Les pauvres sont obligés de gagner leur survie à la sueur de leur front. Ils sont prisonniers d’un système, parqués dans des ghettos, sans véhicules personnels, et voient se réduire chaque jour, de façon arbitraire, leur espérance de vie : le café qui valait 3 minutes, passe à 4 minutes le lendemain. L’inflation appliquée au Temps : critique voilée de l’échec de notre propre système économique ?

Pour les riches, le problème est différent : ils évoluent dans un monde policé, ultra surveillé, lisse. Les hommes et les femmes ressemblent à des gravures de mode et ne vieillissent pas. A tel point que le héros du film se trouve confronté à trois femmes qui ont le même âge corporel (25 ans) mais en réalité sont la grand-mère, la mère et la fille. Drôle d’avenir qui tourne à la confusion. N’est-elle pas déjà présente dans nos sociétés, à la recherche de l’éternelle jeunesse, où règne le mythe de la beauté sur papier glacé des gravures de modes ?

Chez ces riches, l’ennui règne en maître. Le rythme du film est scandé par cette opposition entre les pauvres qui courent pour survivre et les riches qui attendent vainement que quelque chose survienne dans leur existence très monotone. Morale toute simple : le temps est une notion très relative. On essaie de le rattraper ou de le ralentir.

Ce qui est terrifiant dans ce film, c’est l’absence d’humanité et d’espoir dans ce monde de demain : les hommes sont programmés, déterminés selon leur niveau de vie à vivre quasi éternellement ou à mourir tôt. La «montre interne» est placée sous leur bras et rappelle un tatouage de sinistre mémoire. Les cyborgs de demain pourraient être équipés de systèmes limitant leur « espérance de vie ». Mais quelle espérance ?

Comment finalement envisager la vie, la mort, notre rapport au Temps ? Le comportement d’un des personnages du film y fait réfléchir : richissime en années, il s’encanaille dans un bar «mal famé» où il est sauvé par le héros du film. Pour le remercier, il donne à notre héros sa réserve d’années et va se suicider en sautant d’un pont. Il ajoute avant de se suicider : « la mort est obligatoire, personne ne doit être immortel…». Immédiatement me vient à l’esprit cet adage : le temps, -pardon-, l’argent ne fait pas le bonheur…