31-10-2012

Homosexuel, mon frère

Les débats actuels sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels peuvent te donner le sentiment d’une vague de rejet. Aussi j’aimerais trouver les mots justes pour t’assurer de mon profond respect, qui n’empêche pas ma ferme opposition à ce projet de loi.

Les études de genre, et des témoignages personnels m’ont permis de mieux comprendre la réalité homosexuelle, et comment notre orientation sexuelle relève d’un désir qui précède notre liberté, et résulte non seulement de notre nature sexuée, mais également de notre histoire personnelle, et des modèles culturels dans lesquels nous avons grandi. Tu nous le démontres, et nous rappelles ainsi l’importance de la culture sur la construction de la personnalité. Mais comme les codes et la structure de notre société reposent sur la complémentarité des sexes, tu peux te sentir rejeté à la marge.  Certains vont encore plus loin et revendiquent l’abolition de toute référence culturelle homme-femme. Ainsi, l’ouverture du mariage à deux personnes de même sexe constituerait à la fois l’abolition d’un « privilège », et la proclamation symbolique de la normalité du  « couple homosexuel ». Mais cela reviendrait à imposer une nouvelle norme, celle de l’indifférence sexuelle et de la dissociation entre le sexe biologique et le genre social. Ce serait une injustice majeure.

Tout d’abord, dans la mesure où l’environnement culturel contribue fortement à l’élaboration de la personnalité, il est légitime que ceux qui cherchent l’harmonie entre le corps, l’esprit et le comportement, privilégient une éducation structurée par la complémentarité homme-femme. Ils ne rejettent pas pour autant les personnes homosexuelles. Ensuite, cette nouvelle norme constituerait un mensonge sur la filiation des enfants. Car tout enfant naît biologiquement d’un père et d’une mère, et a droit à la vérité sur sa filiation. Même lorsque les familles se séparent ou se recomposent, la relation de filiation n’est pas reniée et permet à l’enfant d’enraciner son identité dans une origine définie. La quête existentielle de nombreux enfants adoptés ou issus de dons de gamètes manifeste clairement que la filiation biologique est essentielle. Lorsque l’enfant n’a pas la chance d’être élevé par son père et sa mère, sachons au moins lui offrir une famille aussi proche que possible d’une filiation crédible.

Je ne nie pas ton éventuel désir d’enfant, qui peut être une souffrance que tu partages avec de nombreux couples homme-femme confrontés à la stérilité. Mais ton désir, ou même ta souffrance, justifient-ils de priver délibérément un enfant de père ou de mère ? Comprends que sans vouloir te nuire, je puisse choisir de protéger en priorité la vulnérabilité de l’enfant.

Alors plutôt que de renier nos différences, apprenons à les accepter. Tu n’as pas besoin de cacher ton homosexualité pour être respecté. Et nous n’avons pas besoin d’oublier ce qu’est un homme et une femme, ou de nier que l’enfant a besoin de son père et de sa mère.