17-07-2013

Recherche sur l’embryon : débat confisqué

Interview de Caroline Roux, secrétaire générale d’Alliance Vita, qui nous explique sa déception face au manque de débat. Vous pouvez retrouver cette interview sur Newsring.

Autoriser les recherches sur les cellules souches embryonnaires et les embryons humains est à la fois éthiquement inacceptable et injustifiable scientifiquement. En outre, nous reprochons au débat de ne pas avoir laissé place… au débat justement. La loi de bio-éthique de 2011, qui maintenait le principe d’interdiction de recherche sur les embryons, proposait la mise en place d’états généraux dans les moments d’évolutions éthiques majeurs. La science a beaucoup avancé, que ce soit sur les cellules du sang de cordon, sur les cellules souches adultes, sur les cellules reprogrammées dites IPS. Cela aurait donc valu la peine d’en discuter vraiment.

La loi de 2011 était déjà loin d’être idéale. Nous nous y étions déjà opposés car, sur le principe, nous sommes contre l’utilisation de l’embryon humain – un être humain à son tout premier stade – comme un matériel de laboratoire. L’interdiction de principe (avec ses dérogations) permettait de garder une protection symbolique de l’embryon. Ce projet de loi va encore plus loin : le principe de respect de l’embryon en tant qu’être humain va devenir une exception.

Des embryons utilisés comme des cobayes

Cela pose des questions éthiques profondes. Il faut notamment s’interroger sur le stock d’embryons congelés vivants de la France. Ils sont 171.000 selon les dernières statistiques de l’Agence de biomédecine. Ces embryons sont nés d’un désir très fort et ils vont être utilisés par la recherche comme des cobayes. Cela doit interroger notre société sur une forme de toute puissance qui s’exerce sur les plus faibles, ceux qui se placent au tout début de la vie.

Les recherches sur les embryons n’ont encore rien donné, alors que les recherches alternatives sur des cellules souches adultes ont déjà eu des résultats. Plus de 90 pathologies sont soignées avec des cellules issues du sang de cordon. Certains pays ont beaucoup avancé sur les IPS , les cellules reprogrammées, qui sont beaucoup plus prometteuses. Et si un jour nous n’avions plus d’embryons surnuméraires à l’issue des fécondations in vitro, faudrait-il les créer? Nous nous retrouvons face à un problème éthique extrêmement grave.

Ce que nous demandons à Alliance Vita, c’est un moratoire sur la congélation des embryons, que les embryons surnuméraires ne soient plus congelés. Il y a quelque chose d’extrêmement injuste à maintenir figés des embryons, à vouloir arrêter le temps. On peut même avoir des embryons conçus en même temps et qui naissent à vingt ans de différence. Cela créé des abîmes d’interrogations psychologiques. Fabriquer des embryons, nés d’un désir, pour qu’ils soient finalement détruits, pose une question de société.

Soigner l’infertilité plutôt que trouver des palliatifs

Nous demandons aussi depuis des années que de vraies recherches soient menées sur l’infertilité. Il faut trouver des moyens pour vraiment la soigner au lieu de la pallier. En écoutant des couples confrontés à l’infertilité, on comprend qu’ils recherchent la possibilité de procréer naturellement pour se passer des artifices de la médecine. On peut avoir des enfants par la procréation médicalement assistée, mais la médecine n’a trouvé que des palliatifs qui ne répondent pas à la demande de soigner l’infertilité.

L’embryon étant “un autre” génétique, il pose aussi des problèmes de compatibilité au niveau des cellules pour un receveur potentiel. Avec les cellules reprogrammées, ce sont les cellules du même patient. Il n’y a donc pas de difficultés autour du rejet et donc plus de chances de succès. Penser qu’on pourrait être soigné avec ses propres cellules ouvre de plus grands horizons de réussite. C’est d’ailleurs la voie qu’a prise le Japon.

La ministre de la Justice disait que la France prenait du retard. Je suis d’accord car le pays se focalise sur un standard qu’on pensait intéressant dans les années 2000. Aujourd’hui, dans les revues de recherche scientifique, nous voyons qu’il y a toujours une prévention sur les cellules souches embryonnaires, à cause de l’aspect éthique et des problèmes de rejet. Les choses ont beaucoup évolué ces dernières années, notamment avec les recherches du Japonais Shinya Yamanaka, prix Nobel 2012 . Geron, une société américaine, a d’ailleurs abandonné ses recherches sur l’embryon car elles n’étaient pas rentables.