20-11-2013

Mineurs belges bientôt euthanasiés?

Hier 19 novembre 2013, un accord a été trouvé au Sénat belge pour parvenir à faire voter une loi autorisant l’euthanasie des mineurs sous certaines conditions. Ce compromis a été établi au sein des Commissions de la Justice et des Affaires sociales du Sénat, qui travaillent sur cet objectif depuis le début de l’année 2013 et qui pourraient le voter formellement la semaine prochaine.

Les partis favorables à ce texte (socialistes, libéraux, alliance néo-flamande) constituent une majorité alternative à celle de la coalition gouvernementale actuelle, où figurent notamment les démocrates-chrétiens.

Par rapport à la loi de 2002 autorisant l’euthanasie des adultes, des conditions considérées comme « plus restrictives » seraient établies :

– Seule la souffrance physique intolérable pourrait justifier l’euthanasie, et pas la souffrance psychique (qui est source d’interprétations de plus en plus larges) ;

L’accord des parents serait indispensable, quel que soit l’âge du mineur.  En effet, aucune limite d’âge ne serait prévue, le critère étant « la capacité de discernement » de l’enfant ou du jeune ;

– L’euthanasie ne serait possible que si le décès est susceptible d’intervenir à brève échéance (pour un adulte, si ce n’est pas le cas, l’euthanasie reste possible en consultant un médecin supplémentaire et en respectant un délai d’un mois).

L’élargissement de l’euthanasie aux mineurs suscite un large débat de société en Belgique. Le 6 novembre dernier, un groupe de 16 pédiatres belges a appelé à cette extension le plus vite possible, au nom de la liberté de choix « de mineurs qui développent très rapidement une très grande maturité » et de la conviction que « leur devoir est d’aider le patient, de préférence de la manière la plus humaine et responsable possible ». Ce même jour, sept responsables religieux représentant les trois grandes religions monothéistes (chrétiens, juifs musulmans) en Belgique s’y opposaient fermement en considérant que « l’euthanasie des personnes fragiles, enfants ou personnes démentes, est une contradiction radicale de leur condition d’êtres humains. Nous ne pouvons entrer dans une logique qui conduit à détruire les fondements de la société ».

Déjà en juin 2012, plus de 70 personnalités, principalement des professionnels de la santé, avaient signé un texte important à l’occasion des dix ans de la loi belge sur l’euthanasie. Leur appel soulignait combien cette loi, en ouvrant la « boîte de Pandore » et en transgressant un interdit fondateur, a dégradé la confiance au sein de la société et a fragilisé les personnes les plus vulnérables. Ces personnalités concluaient : « A fortiori, les nombreuses propositions d’assouplissement ou d’élargissement de la loi actuelle, en particulier aux mineurs d’âge et aux déments, suscitent notre plus vive inquiétude. Comme il était prévisible, une fois l’interdit levé, nous marchons à grands pas vers une banalisation du geste euthanasique. »