02-02-2014

Le gender avatar de la toute puissance

La théorie du genre fait couler beaucoup d’encre, d’un côté pour dénoncer son enseignement dans les écoles, de l’autre pour assurer qu’elle n’existe que dans l’esprit de ses détracteurs. Quel dialogue de sourds ! Pour Vincent Peillon, il n’existe pas de théorie du genre mais seulement une vérité fondamentale à inculquer au plus grand nombre : aucun déterminisme biologique ne saurait justifier de différence sociale entre hommes et femmes. Les stéréotypes de genre liés au sexe biologique sont des constructions sociales qui doivent être abolies dans un souci d’égalité.

Pourtant, pour réduire les inégalités, faut-il nier les différences ?

Les études du Professeur Simon Baron-Cohen et de son équipe sur le syndrome d’Asperger ont mis en lumière des différences notables du fonctionnement cérébral entre les filles et les garçons, dès la naissance. Il identifie ainsi deux pôles qu’il qualifie d’empathisant pour l’un, et de systémisant pour l’autre. Chaque personne dispose en proportions variables de ces deux modes de fonctionnement cérébral, mais le premier est souvent plus développé chez les filles, et le second plutôt chez les garçons. Certaines formes d’autisme relèverait, à ses yeux, d’un déficit total d’empathie, et de comportements hyper-systémisants. Dans la droite ligne d’Asperger, Baron-Cohen refuse tout enfermement dans des catégories ou des stéréotypes, revendiquant pour les autistes d’être mieux compris avec leur différence. De même, gardons-nous d’enfermer hommes ou femmes dans des catégories hermétiques, car on pourra trouver des garçons très empathiques comme des filles possédant une intelligence systémique très développée. Mais sachons respecter les différences naturelles entre hommes et femmes, qui expliquent sans doute la forte proportion d’hommes parmi les ingénieurs, ou de femmes dans les métiers médicaux ou de service à la personne.

Pourquoi un tel discours reste-t-il insupportable à certains ? Sans doute parce qu’il révèle que nous sommes en partie déterminés par notre nature, qui nous impose des limites pour certaines aptitudes, lorsqu’elle les accorde généreusement à d’autres. Nous devons donc renoncer à nos fantasmes de toute puissance et nous reconnaître dépendants les uns des autres. Injustice ? Non, merveille de la complémentarité, qui me fait chercher en l’autre ce qui manque à mon bonheur. « La faiblesse, c’est ce qui nous rapproche !» témoignait une personne handicapée lors de l’Université de la Vie à Toulouse.

Voilà pourquoi nous devons refuser ce dogme de l’indétermination homme-femme, que nous appelons théorie du genre, pour encourager chacun à découvrir et développer les richesses qu’il a reçues de sa nature sexuée, et à respecter et apprécier les différences de l’autre sexe.