17-07-2014

G.B. : tentative de suicide assisté

Vendredi 18 juillet, une proposition de loi, controversée, visant à autoriser le suicide assisté sera débattue à la chambre des Lords.

Cette proposition de loi (Assisted dying Bill) introduite par Lord Falconer, député travailliste prévoit d’autoriser le suicide assisté pour les personnes ayant un pronostic de vie inférieur à 6 mois. Elle est très similaire à ce qui a été autorisé en Oregon. Ce serait les patients eux-mêmes qui s’auto-administreraient des produits létaux, si nécessaire avec l’aide du médecin qui les a prescrits.

A la veille du débat au parlement, les tensions sont fortes. Le gouvernement, sans soutenir cette proposition, a déclaré qu’il ne s’y opposerait pas. Ce n’est pas la première fois qu’une telle proposition vient en débat en Grande-Bretagne, la dernière datant de 2006. La majorité des politiques et du corps médical conteste une telle transgression, dans le pays pionnier des soins palliatifs. La British Medical Association et la quasi-totalité des membres du Royal College sont opposées à un changement de loi. L’Eglise anglicane ainsi que les autres confessions se prononcent fermement contre. Une déclaration commune a été publiée le 16 juillet signée par les responsables des confessions présentes au Royaume-Uni, en réponse à des prises de position isolées mais très médiatiques en faveur de la loi : celles de l’ancien archevêque de Canterbury, Georges Carey, ou de Desmond Tutu, l’ancien archevêque anglican sud-africain, pourtant très opposés à toute forme d’euthanasie jusque-là, sèment le trouble.

Par contre une voix puissante par son symbole a émergé  dans le débat, relayée par certains médias: celle d’un néerlandais, le Pr. de Boer, professeur d’éthique, fervent défenseur de la loi sur l’euthanasie en 2002 et membre de la commission de contrôle pendant 9 ans. « Ne faites pas la même erreur que nous ». Constat après 12 ans de légalisation : l’euthanasie devient progressivement un mode de décès courant pour les malades atteint de cancer, le nombre d’euthanasies a doublé depuis 2008 et devrait être de 6000 en 2014. De nouveaux développements sont alarmants : des « cliniques de fin de vie » ont été créées à l’initiative de l’association néerlandaise pour le droit de mourir (NVVE) et regroupent un réseau de médecins délivrant l’euthanasie à domicile, à la demande. Cette association réclame l’accès à l’euthanasie pour toutes les personnes au-delà de 70 ans quel que soit leur état de santé. De plus en plus de catégories de malades sont concernées, y compris des personnes atteintes de dépression ou maladies cognitives.

Des observateurs estiment que si seulement un tiers des membres du parlement devrait soutenir la loi, un certain nombre est indécis. Des associations opposées à l’euthanasie et de défense des personnes handicapées sont très mobilisées. Pour Richard Hawkes, directeur de disability charity Scope, interrogé par The Telegraph : « L’interdiction  du suicide assisté envoie un message puissant à la société battant en brèche le sentiment que si vous êtes handicapé, cela ne vaut pas la peine de vivre et que vous êtes un poids. Elle assure une protection déterminante à toutes les personnes qui se sentent sous pression de mettre un terme à leur vie. ». Un porte-parole de Care not Killing souligne quant à lui que : « Plutôt que de répéter le processus [de tentative de légalisation], nous devrions débattre de la manière d’assurer que tous aient accès aux soins, médicaments et traitements dont ils ont besoin ».