07-01-2015

La sédation terminale démasquée

L’actualité nous offre en ce début d’année deux occasions de mesurer les conséquences à terme de la sédation profonde terminale telle qu’elle est envisagée dans le rapport Leonetti-Claeys.

En effet, ce rapport préconise, pour ceux qui en feraient la demande ou l’auraient exprimée dans des directives anticipées, d’appliquer une sédation profonde et permanente jusqu’au décès. La seule perspective offerte par une telle sédation est donc la mort, à l’exclusion de tout autre projet de vie, et de toute autre dimension de l’existence. Cette sédation s’accompagne donc logiquement d’un arrêt de tous les traitements, mais également de l’alimentation et de l’hydratation, devenus inutiles dans une visée exclusivement terminale.

C’est la menace qui plane actuellement sur Vincent Lambert, suspendu à la décision de la CEDH qui examinera son cas le 7 janvier, et pour lequel a été demandé un arrêt d’alimentation et d’hydratation, afin de le « laisser partir ». Et la situation de Vincent était clairement évoquée par le chef de l’Etat lors de la présentation du rapport Leonetti-Claeys. Mais Vincent n’est pas en situation de fin de vie, et n’est pas maintenu en vie artificiellement. Il est profondément handicapé et dépendant, comme plus de 1700 handicapés pauci-relationnels en France. A la différence qu’il ne bénéficie pas des soins d’un établissement spécialisé dans ce handicap, et ne bénéficie pas d’un projet de vie adapté à sa situation. N’avons-nous que la mort à lui offrir ?

L’autre exemple révélateur nous vient de Belgique : Frank Van Den Bleeken est incarcéré depuis 26 ans en Belgique pour plusieurs viols et un meurtre, et a demandé l’euthanasie pour raison de souffrance psychique. Certains dénoncent un rétablissement sournois de la peine de mort, d’autres invoquent le fait qu’elle ne lui est pas imposée mais constitue un choix libre. On peut s’interroger sur la liberté de choix de ce détenu. En effet, il avait demandé l’euthanasie suite au rejet de sa demande de soins adaptés dans un établissement néerlandais. Tout était prêt pour l’injection létale le 11 janvier. Finalement, il ne sera pas euthanasié, et placé dans un établissement de soins de Gand. Aurait-il demandé l’euthanasie s’il avait obtenu ce placement plus tôt ?

Ces deux cas illustrent clairement deux faits que l’on cherche à occulter. D’abord, la demande d’euthanasie résulte généralement d’une prise en charge insuffisante ou inadéquate de la personne. L’euthanasie est toujours un choix par défaut, alors même que des solutions existent pour soulager et proposer un projet de vie adapté à la situation qu’impose la maladie ou le handicap. Ensuite, le cas de Vincent Lambert démontre que l’intention de la sédation profonde terminale est délibérément euthanasique : Vincent n’est pas en fin de vie, et la mort survient par le seul processus de la sédation terminale.

On est donc en droit de se poser la question, à la lumière de ce qu’a autorisé et failli exécuter la loi belge : un malade psychiatrique français en défaut de soins pourrait-il un jour devenir passible de la sédation profonde terminale ?