23-01-2015

Peut-on donner aux femmes plus de chances de ne pas avorter ?

40 ans après la première loi de dépénalisation, l’IVG est largement pratiquée en France.

Chaque année 220 000 femmes avortent en France, ce qui représente une grossesse sur cinq. Selon les dernières statistiques de l’Institut national d’études démographiques, un tiers des Françaises auront recours à un avortement dans leur vie.

Que l’avortement soit considéré comme une liberté ou non – et  même si les oppositions sur ce sujet demeurent irréductibles – notre société peut-elle laisser croire que les femmes pourraient le ressentir comme un acte anodin ?

Depuis 15 ans, j’accompagne des femmes confrontées à cette question difficile ; je suis témoin des débats intérieurs profonds que provoque l’IVG. Les femmes le savent bien : c’est la vie d’un être humain et aussi leur propre destin qui est en jeu.

En 40 ans, la planification des naissances s’est imposée comme norme sociale ; son échec est devenu de plus en plus difficilement acceptable.

En France, malgré un taux parmi les plus élevés au monde de recours à la contraception y compris chez les jeunes, près des trois-quart des femmes qui recourent à l’IVG étaient sous contraception lorsqu’elles sont devenues enceintes. Oublis de pilule, mauvaises utilisations des préservatifs, grossesse sous stérilet : un rapport de l’IGAS publié en 2010 concluait « une maîtrise totale de la fécondité est illusoire ». Faudrait-il pour autant que l’avortement s’impose comme la seule issue ? Quand une grossesse « surprise » survient, les questions se bousculent dans la panique, et souvent la solitude. Bien des femmes, jeunes ou moins jeunes, se sentent jugées et rejetées quand elles révèlent être enceintes sans l’avoir planifié. La violence des pressions dont certaines font l’objet, spécialement de la part de l’homme, devrait être davantage prise en compte. Est-il envisageable d’accueillir un enfant non programmé ? Sans le soutien de leur compagnon ou de leurs proches, les femmes se soumettent trop souvent à l’IVG, à contrecœur, comme prises par la fatalité.

Avec la pratique devenue majoritaire de l’IVG médicamenteuse possible avant 7 semaines de grossesse (à l’hôpital) ou 5 semaines (à domicile), les femmes ont souvent peu de temps pour se décider, à un moment où elles sont soumises à des conflits intérieurs et extérieurs.

Une véritable prévention de l’IVG est aujourd’hui de plus en plus abandonnée par les services publics.

Les femmes se retrouvent trop souvent confrontées dans la précipitation à des informations techniques sur l’IVG, sans que les aides qui leur permettraient de poursuivre sereinement leur grossesse leur soient apportées.

La loi du 4 juillet 2001 a supprimé la présentation des aides et protections assurées aux femmes enceintes du dossier-guide remis aux personnes qui viennent s’informer pour une éventuelle IVG. Cette situation est d’autant plus alarmante pour les femmes et les couples concernés dans un contexte de crise économique et sociale profonde. 

Ce n’est ni en prônant la banalisation d’un tel acte, ni en imposant le silence sur l’IVG qu’on répond aux besoins des femmes.

Si certaines disent ne rien ressentir ou ne rien regretter, pourquoi nier le caractère douloureux de l’expérience vécue par beaucoup d’autres ? Ce déni constitue une forme de violence psychique. C’est la libération de la parole des femmes qui est nécessaire, dans le respect de tout ce qu’elles éprouvent. Pourtant, beaucoup peinent à trouver l’écoute, l’aide et la consolation dont elles ont besoin.

« Quel âge aurait-il ? » est une question qu’avouent se poser des femmes au cours de leur vie après une IVG. Certaines ressentent douloureusement un vide du fait de l’absence du « bébé », qu’elles regrettent. En refusant de reconnaître que certaines femmes ont subi des pressions sociales, la société les enferme dans leur peine et leur sentiment de culpabilité. Des hommes se confient également parfois, constatant la souffrance de leur compagne qu’ils n’avaient pas imaginée ou, a contrario, leur désarroi de n’avoir pas été consultés.

Pour la Haute Autorité de la Santé[1] : «L’IVG demeure un évènement souvent difficile à vivre sur le plan psychologique. Cette dimension manque d’éclairage objectif et scientifique ». Pourtant depuis ce constat, aucune étude n’a été conduite par les pouvoirs publics.

Notre pays a besoin d’un large débat sur une véritable prévention de l’IVG. Cela nécessite du courage pour lever le voile sur cet acte, sa réalité et ses répercussions.

 

Caroline Roux, déléguée générale adjointe et coordinatrice des services d’écoute d’Alliance VITA


[1] citée dans le rapport de l’IGAS sur la prévention des grossesses non désirées (2010)