25-02-2016

Perspectives de l’impression 3D dans les domaines de la médecine et de la recherche


L’impression 3D apparaît comme une véritable révolution, et certains la considèrent même comme la prochaine révolution industrielle. Deux innovations majeures dans ce domaine ont été relatées ce mois-ci dans les médias. Qu’en est-il exactement ? Quels sont les enjeux ? Que va-t-elle apporter ?

La première innovation concerne l’impression 3D à laser de tissus humains (ou bio-printing). Début février 2016, une start-up bordelaise Poietis a annoncé qu’elle avait développé du tissu humain grâce à une imprimante 3D à laser : « Il s’agit de marier les technologies d’impression 3D et la biologie cellulaire afin de fabriquer, couche par couche, des tissus biologiques« , résume Fabien Guillemot, ancien chercheur à l’Inserm (Institut national de santé et de recherche médicale) et fondateur de cette start-up en 2014. Ce procédé de bio-impression par laser permet d’imprimer des tissus vivants en deux étapes : d’abord l’impression, et ensuite la maturation des cellules et de la matrice qui les entoure, ce processus de création de peau durant environ trois semaines. « Le laser a plusieurs avantages. Il permet, par sa très haute définition, de reproduire toute la complexité des tissus, avec une précision très élevée. Il permet aussi d’assurer la viabilité des cellules à hauteur de 95 à 100 % ».

Cette technique semble très prometteuse pour répondre aux besoins en greffes de peau, en particulier dans le traitement des grands brûlés, mais également pour la recherche en cosmétique, d’autant plus que depuis 2013 l’Union Européenne a interdit les tests sur les animaux. Poietis développe sa propre imprimante laser 3D qui sera opérationnelle d’ici deux ans. Il faudra attendre une dizaine d’années avant que des greffes de peau puissent se faire sur l’homme.

La deuxième innovation concerne la création de greffons par la technique de l’impression 3D : le 15 février dernier, la revue scientifique « Nature Biotechnology » a révélé la mise au point, par une équipe de chercheurs américains de l’Institut Wake Forest, d’une imprimante 3D capable de recréer du muscle, du cartilage et même de l’os à base de cellules souches humaines. « Cette nouvelle imprimante de tissus et d’organes constitue une réelle avancée dans notre recherche de tissus de remplacement pour les patients » a déclaré le Pr. Anthony Atala, directeur de l’Institut. « On peut fabriquer des tissus stables de taille humaine et de toute forme. En continuant son développement, cette technologie pourrait demain être utilisée pour imprimer des tissus et des organes vivants pour des implantations chirurgicales« .

Ce genre de greffes n’est pas nouveau, mais jusqu’à présent les implants n’arrivaient pas à s’intégrer dans l’organisme receveur, à cause principalement d’un défaut de rétablissement de la vascularisation. Les essais faits récemment sur des souris ont été tout à fait concluants. Cette technologie pourrait, dans les années à venir, pallier la pénurie croissante de dons d’organes. Les délais de fabrication (quelques jours à quelques semaines, selon le type d’implant) sont bien inférieurs au temps d’attente habituel d’un don de greffe.

Beaucoup de perspectives prometteuses se présentent donc grâce à ces nouvelles technologies d’impression 3D, derrière lesquelles se profile toutefois un questionnement éthique. Fabien Guillemot, pour sa part, a répondu ainsi : « Nous nous sommes posés une limitenous nous bornons à la réparation des tissus et non leur augmentation ou leur amélioration« .