Le sénat espagnol a définitivement adopté le 10 septembre 2015 une loi réformant l’accès à l’avortement pour les mineures en introduisant la nécessité d’un consentement parental.

La réforme a pour objectif de « rendre aux pères et aux mères la capacité de conseiller leur fille et d’être à ses côtés dans ce moment si difficile de sa vie », a expliqué la sénatrice María Dolores Pan, du Parti populaire majoritaire en Espagne.

En France, le consentement parental a été supprimé par la loi de 2001. Alliance VITA est souvent confrontée, au travers de ce que les jeunes filles mineures confient à son service d’accompagnement et d’écoute, aux conséquence sociales d’un recours à l’IVG subi à l’insu des parents. Instituer un tel secret peut avoir un lourd impact sur la relation entre la jeune fille et ses parents, ces derniers ne pouvant que constater, sans le comprendre, l’impact souvent traumatique d’une IVG vécue seule et précocement. Ce secret met par ailleurs en porte-à-faux des médecins de famille et d’autres professionnels confrontées aux jeunes filles enceintes, comme les infirmières scolaires, voire les enseignants, ou encore le jeune homme dont la jeune fille est enceinte et ses parents. Tous portent le secret d’un acte qui peut avoir des répercussions profondes sur la vie d’une jeune fille sans que ses propres parents, à la fois responsables légaux et protecteurs naturels à long terme, soient au courant. Chacun sait à quel point les secrets de familles qui s’enkystent dans la durée sont source de malentendus et de souffrances morales qui retentissent sur les générations.

Si les mineures ont aujourd’hui la possibilité de faire une IVG anonymement et gratuitement, elles ne peuvent poursuivre leur grossesse à l’insu de leurs parents. Ce déséquilibre est accentué par celui des modes d’information et d’accompagnement des mineures sur ces questions. En effet les structures publiques d’information aux jeunes, spécialement les centres de planification et d’éducation familiale (CPEF) ne proposent pas d’accompagnement, d’écoute, d’orientation et de suivi des mineures en vue de la poursuite de leur grossesse, pourtant indispensable pour assurer un libre choix. Alors qu’il est indispensable de prévenir les traumatismes liés à une IVG subie sous la pression, voire la contrainte, les CPEF ont développé des protocoles pour l’IVG, mais pas pour accompagner la grossesse. Cela peut orienter d’emblée la décision des mineures qui s’adressent à eux. Ce déséquilibre conduit certaines mineures à subir l’IVG sous la contrainte psychique.

Un guichet unique serait par ailleurs nécessaire pour limiter le nombre des interlocuteurs, du fait de la sensibilité et de la fragilité des plus jeunes. Dans ces situations, un accompagnement respectueux et bienveillant est indispensable. Or, passés le choc de l’annonce et pour certains la colère ou la panique, les parents des mineures enceintes restent généralement les mieux placés pour exprimer de la bienveillance et de la compréhension pour leur fille. Ces dernières méritent toutefois une protection spécifique pour être protégées d’un avortement forcé. Alliance VITA a demandé à plusieurs reprises ces dernières années d’ajouter aux missions des centres de planification et d’éducation familiale (CPEF) la mission d’accompagnement, d’écoute, d’orientation et de suivi des mineures en vue de la poursuite de leur grossesse. L’avortement des mineures, vécu pas plus de 10 000 jeunes chaque année demeure une question grave qui doit interpeller notre société.

Voir le dossier :  Eviter l’IVG aux mineures : analyse et perspectives.