Deux tweets du 31 mars 2022 ont annoncé le décès de Jacqueline Jencquel : l’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD, promotrice de l’euthanasie), dont elle avait été vice-présidente, a fait part de sa tristesse ; son président actuel, Jonathan Denis ajoutait « elle me manquera. Elle manquera à bien des combats. »

Agée de 78 ans, ne souffrant pas de pathologie mettant sa vie en danger, Jacqueline Jencquel avait fait savoir, en 2018, par une interview choc du site Kombini, son intention de mourir en janvier 2020, en ayant recours au suicide assisté en Suisse. L’information avait fait le buzz. Militante du suicide assisté, même pour des personnes en relative bonne santé, elle affirmait dans son livre Terminer en beauté : « J’ai l’âge de mourir. Le danger est de vieillir encore plus. La dépendance et la décrépitude me font bien plus peur que la mort ».

Jacqueline Jencquel avait maintes fois accompagné en Suisse des français y recourant au suicide assisté ; mais ce n’est pas là qu’elle a finalement « choisi de mourir ». Dans l’ultime post de son blog, elle explique : « Je veux mourir chez moi, entourée de mes livres, de mes photos et de mes objets familiers. » Elle a donc mis fin à ses jours dans son grand appartement parisien. Mère de trois enfants, Jacqueline Jencquel avait annoncé une première fois avoir reporté son geste, puis y avoir transitoirement renoncé grâce à la naissance d’un petit fils, programmée le jour même où elle avait prévu de mourir.

Derrière la militante du suicide, se cachait une personnalité complexe, qui cherchait un sens à sa vie comme à la vie. Jacqueline Jencquel avait d’ailleurs semblé surprise – voire dépassée – par l’onde de choc de son témoignage initial. Provocateur – à cause d’allusions sexuelles – il pouvait aussi gêner les promoteurs de l’euthanasie. En effet, c’est toujours par les cas limite qu’ils tentent de faire voter une loi qui réserve l’euthanasie aux personnes en fin de vie. C‘est ensuite qu’ils revendiquent et obtiennent son extension comme on l’observe aux Pays bas en Belgique et au Canada. Jacqueline Jencquel laissait entendre que la séparation d’avec son mari – de nationalité allemande – l’avait réduite à la solitude.

Son dernier post confirme qu’elle ne voulait pas peser sur lui « qui ne m’aime plus », ni sur ses trois fils, éparpillés dans le monde. Elle avoue des soucis matériels et de solitude. Son ode à la liberté de mourir ne cache pas sa détresse existentielle.

Certes, on lit dans ce dernier message une profession de foi libertaire « Je ne suis un exemple pour personne. Une hédoniste qui peut choisir le moment de sa mort » mais aussi un regard désabusé sur le monde et un aveu d’inutilité : « J’aurais aimé pouvoir mettre mes talents au service de la communauté mais je ne sais pas comment m’y prendre ni à qui m’adresser. Je réfléchis sans trouver de réponse ni de solution, alors je suis résignée et en même temps, je n’aime pas ce mot car – au risque de me répéter – je ne suis pas une victime. »

À cause de plusieurs associations agissant en Suisse, des « voyages sans retour » de personnes en bonne santé s’y multiplient. Ils endeuillent brutalement certaines familles. Un américain a découvert en février dernier que ses deux sœurs avaient été « suicidées » depuis plus de dix jours ! Lila et Susan, respectivement âgées de 54 et 46 ans, vivaient richement près de Phoenix, en Arizona. Le quotidien belge Le Soir rapporte les propos de Philip Nitschke, directeur de Exit International : « Les deux sœurs n’étaient pas heureuses (…) elles étaient saines d’esprit, fatiguées de la vie et elles voulaient mourir ensemble. C’est leur droit mais la loi américaine ne permet pas cela ». Elle se sont donc envolées en Suisse le 3 février, sans prévenir leur frère. Il témoigne dans le New-York Times : « Je suis dévasté et je n’ai pas la moindre idée des raisons qui les ont poussées à faire ça. »

Fléau national, drame de l’isolement et de la désespérance, le suicide touche en France deux fois plus les personnes de plus de 75 ans que le reste de la population. Sa prévention ne souffre aucune exception. Alliance VITA s’associe à la tristesse de ceux qui ont connu et aimé Jacqueline Jencquel et fait sienne la remarque du président de l’ADMD : elle nous manque, car elle manque à la vie. Qu’elle repose en paix.

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