Prétendue « Aide à mourir » : Les oppositions se multiplient
La loi instaurant une prétendue « aide à mourir » votée en première lecture à l’Assemblée nationale le mardi 27 mai a suscité des oppositions multiples, de sensibilités variées. Elles méritent d’être connues et diffusées, car elles sont significatives de l’importance et de la gravité du bouleversement induit par ce texte, s’il allait au bout de la procédure parlementaire.
Depuis des dizaines d’années, on débat régulièrement en France de la fin de vie et de la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie. Ce débat a connu des épisodes intenses au moment de la médiatisation de cas emblématiques, parfois conflictuels, de missions d’information publiques, de la saisine ou de l’auto-saisine d’instances, du vote de plusieurs lois touchant à la médecine et à la fin de vie, d’évènements rapportés de l’étranger et bien sûr de propositions de loi (initiative parlementaire) ou de projets de loi (initiative gouvernementale).
La séquence en cours inaugurée par le second quinquennat Macron et marquée par l’avis 139 du Comité consultatif national d’éthique (13 septembre 2022), la convention citoyenne, et le projet de loi annulé par la dissolution (printemps 2024) vient de connaitre un premier dénouement non décisif, avec le vote, en première lecture à l’Assemblée nationale d’une loi légalisant en France le suicide assisté et l’euthanasie.
A l’image d’Alliance VITA, des associations engagées pour le respect de la vie des plus vulnérables se sont naturellement mobilisées les premières, dans la fidélité à leurs engagements constants, en multipliant les argumentaires, auditions, colloques, publications, productions audio-visuelles. Parmi-elles, on peut citer la Fondation Jérôme Lejeune, les Associations familiales catholiques ou le Comité protestant pour la dignité humaine (liste non exhaustive).
Un collectif « jusqu’au bout solidaires » qui rassemble des « citoyens et soignants de gauche contre l’euthanasie » (JABS) a fait paraitre le 11 mai dans l’Humanité une tribune « La gauche doit s’opposer à une loi validiste et antisociale » qui enjoint les députés de gauche à s’y opposer.
Alors que les partisans de l’euthanasie tentent de la présenter comme un progrès social, des personnalités de gauche le contestent : « Non, l’euthanasie n’est pas une avancée sociale ! » répliquent des organisations et des personnalités qui pointent les « dérives validistes et âgistes » du texte, dans un système de santé plus que dégradé [1].
Une pétition « officielle » utilisant le droit de pétition a été lancée sur le site de l’assemblée nationale (lien pour y accéder ici).
Un fort courant protestataire est monté chez les soignants, en particulier à partir de la Société Française d’accompagnement et de soins palliatifs. Treize organisations scientifiques ou syndicales, de soignants se sont agrégées pour déclarer ensemble que « Donner la mort n’est pas un soin » [2]. Dans le prolongement d’autres appels ou manifestes ont émergé des textes rassemblant des professionnels de la santé mentale : plus de « 600 psys contre l’euthanasie » ont publié un appel : « Comment peut-on prétendre prévenir le suicide tout en légitimant la mort provoquée ? » Plus de quatre cents pharmaciens (profession de santé privée de toute clause de conscience) ont aussi protesté.
Des personnes porteuses de handicaps ont partagé leur crainte que la loi conduise à une profonde discrimination à leur égard. Depuis 2022, le collectif Soulager mais pas tuer a porté plusieurs actions : l’appel de Philippe Pozzo di Borgo, parrain du Collectif, « Aidons-nous à vivre, pas à mourir » lancé en décembre 2022 a recueilli plus de 34000 signatures. Le collectif a organisé une première mobilisation à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre la douleur « Toujours en vie »puis une seconde mobilisation « Je vis donc je suis » en avril 2023. Le tour de France de Caroline Brandicourt en 2023 dans les départements sans Unité de Soins Palliatifs a aussi mis en lumière les carences du dispositif de prise en charge. Les signatures pour l’appel de Philippe Pozzo ont été déposées en avril 2024 à l’Elysée, pour protester contre le projet de loi gouvernemental de l’époque. Plus récemment, autour de Magali et Cyrille Jeanteur, quelques centaines de personnes se sont retrouvées à Paris devant les Invalides. Sous le nom « les Éligibles », ce rassemblement entend dénoncer la stigmatisation que le texte de loi porte en ouvrant la possibilité du suicide assisté à de nombreuses personnes souffrant de maladies graves ou de handicaps. Des associations de personnes handicapées avaient déjà publié des alertes auparavant. Ainsi, le collectif « Un gros risque en plus » a recueilli des centaines de signatures dans une tribune publiée dans le Figaro.
Des personnalités ont exprimé leur opposition, analyses et alertes à l’image de Philippe Pozzo di Borgo (qui a inspiré l’histoire du film « Intouchables »), du romancier Michel Houellebecq, de l’homme d’affaires Alain Minc. Athée, ce dernier a insisté dans une interview sur l’aspect permissif de cette loi : « Je crois qu’on ouvrirait la boîte de Pandore. Et, comme toujours, il y aura un élargissement progressif des positions, de plus en plus de permissivité. Cela deviendra un permis de tuer octroyé aux médecins. Le débat au Parlement démontre que les barrières sont tombées presque une à une » . Des membres du CCNE avaient d’ailleurs co-signé une note contredisant l’avis 139 du comité, qui n’avait rien d’unanime.
Le collectif Démocratie, Ethique et Solidarité (DES), porté par Emmanuel Hirsch et Laurent Frémont, a régulièrement publié des tribunes. Dans un récent communiqué de presse, DES rappelle que le texte de loi « a également pour effet de remettre en cause les valeurs et le sens du soin, de la relation à l’autre, de nos solidarités humaines et sociales ». 575 juristes, dans une tribune ont souligné que « la loi sur l’aide à mourir fera de la mort une thérapie comme les autres ».
De l’étranger le professeur hollandais Théo Boer est venu témoigner en France de son revirement. Ancien membre de la commission de contrôle de la loi des Pays-Bas qu’il soutenait, il s’y oppose désormais et met en garde contre l’impossible canalisation de la levée législative de l’interdit de tuer. Il en avait témoigné lors d’une mobilisation d’Alliance VITA en mai 2024, soulignant le « populisme éthique » sous-jacent à ce projet. Populisme, car sous l’apparence de répondre à une demande « populaire », le projet de loi instaure une catégorie de citoyens dont la mort parait préférable à la vie.
Du côté des cultes, l’opposition est unanime. Un appel commun a été lancé le 15 mai. Les principaux responsables de cultes en France dénoncent « les dangers d’une rupture anthropologique » [3]. Les responsables de l’Eglise catholique ont par ailleurs pris la parole de façon constante et unanime. Le président de la conférence des évêques de France avait, par ailleurs, contesté l’argument du « moindre mal » avancé par le président de la République au début du mois de mai.
Les points de vue se multiplient. Ils convergent vers une certitude : la résistance à ce texte néfaste doit se poursuivre au nom de la solidarité avec les plus fragiles.
[1] Mathieu Bellahsen, psychiatre, André Bitton, président du CRPA et ancien président du Groupe information asile – Collectif Lutte et Handicap pour l’Egalité et l’Emancipation, Isabelle Hartvig, résidente d’Ehpad et militante ; Geneviève Hénault, psychiatre, Odile Maurin, pour le collectif Handi Social, Sara Piazza, psychologue, pour le collectif JABS, Laetitia Rebord, Les Dévalideuses, Elisa Rojas, avocate et militante.
[2] SFAP : Société française d’accompagnement et de soins palliatifs ; MCOOR : Association nationale des médecins coordonnateurs en Ehpad et du médico-social ; CNPI : Collège national professionnel infirmier ; AFSOS : Association francophone pour les soins oncologiques de support ; FNEHAD : Fédération nationale des établissements d’hospitalisation à domicile ; UNICANCER : Fédération des centres de lutte contre le cancer ; SPP : Société française de soins palliatifs pédiatriques ; ANFIIDE : Association Nationale Française des Infirmières et Infirmiers diplômés et Étudiants ; ARSLA : Association pour la recherche sur la SLA.
[3] La Conférence des Responsables des cultes en France – catholique, protestant, orthodoxe, juif, musulman et bouddhiste
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