Crise de la fécondité : l’UNFPA publie un rapport
L’UNFPA (United Nations Population Fund) a récemment publié un rapport intitulé » la vrai crise de la fécondité ». Organisme dépendant de l’ONU, il émet régulièrement des rapports et des recommandations qui ont une influence sur les politiques publiques de nombreux pays. Alliance VITA a décrypté en profondeur le rapport publié en 2022 sur la question des « grossesses non intentionnelles ».
La base du récent rapport est une enquête auprès de 14000 personnes dans 14 pays, conduite par le sondeur YouGov. Le sous-titre donne la thèse du Fond sur la question de la fécondité. Il s’agit d’assurer « l’autonomie reproductive dans un monde qui change ».
Fécondité : un monde qui change.
En 1968, un universitaire américain, Paul Ehrlich, publiait un livre « La Bombe P » (The population bomb) pour alerter sur ce qu’il prétendait être le premier danger : des famines à venir liées à la « surpopulation ». De fait, la population mondiale a plus que triplé depuis 1950 : de 2.5 à 8 milliards. Deux grands facteurs ont contribué à cette hausse : une espérance de vie en forte hausse, avec une fécondité qui restait au-dessus du seuil dit « de remplacement » (seul estimé classiquement à 2.1 par les démographes). L’espérance de vie à la naissance n’a cessé d’augmenter, atteignant 73 ans en 2019. Elle était à 46 ans en 1950. L’indice conjoncturel de fécondité, sur la même période, est passé de 5 à 2.3 environ. Comme le note justement le rapport, les prévisions alarmistes et la mentalité malthusienne ont longtemps prévalu dans les politiques familiales de nombreux pays. On connait les mesures liberticides prises en Chine, en Inde, et ailleurs pour imposer par la force un plafond aux naissances (stérilisation forcée, avortement …).
Cependant, de la peur de la « bombe population », l’attention est passée dans de nombreux pays à la peur d’un effondrement démographique. L’expression « hiver démographique » semble bien s’appliquer à des pays où l’indice de fécondité reste bas malgré des mesures d’incitation à la natalité. Le retournement de politique en Chine est sans doute un des exemples les plus frappants.
Les projections démographiques sont sujettes à beaucoup d’incertitude. Aux dernières projections, l’ONU prévoit un pic de 10 milliards vers 2080. Un rapport de l’Organisation publié en 1992 anticipait ce niveau de population pour 2050.
Des instituts privés ont fait des projections plus basses. L’IHME (Institute of Health Metrics and Evaluation) un Institut en partie financé par la Fondation Bill et Melinda Gates, annonçait en 2020 un pic de population en 2064 à 9.7 milliards avec un déclin ensuite à 8.8 milliards en 2100. La différence de projections réside essentiellement dans l’estimation de l’indice de fécondité: 1.66 pour l’IHME et 1.84 pour l’ONU.
Il n’y a pas de consensus sur la trajectoire de la population mondiale, et rien ne permet d’assurer qu’une situation d’indice bas peut se retourner durablement.
Nombre d’enfants désirés : écart dommageable entre le souhait et la réalité.
Le rapport de l’UNFPA prend donc en compte cette nouvelle donne : un indice de fécondité qui pourrait rester durablement bas et sous le seuil de remplacement dans de nombreux pays occidentaux, asiatiques etc. Les auteurs notent qu’ « une personne sur quatre vit actuellement dans un pays où la taille de la population est estimée avoir déjà atteint son pic. Le résultat sera des sociétés telles que nous ne les avons jamais vues auparavant : des communautés avec une proportion plus importante de personnes âgées, des parts plus petites de jeunes et, peut-être, des effectifs réduits« .
Logiquement, l’enquête a donc cherché à mieux percevoir si les adultes avaient le nombre d’enfants qu’ils souhaitaient. Le sondage apporte des éclairages à la fois pour les personnes en âge de procréer et pour les générations précédentes. Dans le groupe des personnes de plus de 50 ans, sur l’ensemble des 14 pays, 31% ont déclaré avoir moins d’enfants que ce qu’ils auraient idéalement choisi, et 12% ont déclaré en avoir plus. Ils sont 38% à déclarer avoir eu le nombre désiré, et 19% à ne pas se prononcer. Pour les générations en âge de procréer, 18% pensent qu’ils ne pourront pas avoir le nombre d’enfant désiré : 11% pensant qu’ils en auront moins, et 7% qu’ils en auront plus. Un tableau complet (page 16) sur les « barrières » qui conduisent à avoir moins d’enfants donnent des informations détaillées par pays. Les raisons économiques devancent largement les raisons de santé. 39% des sondés ont cité les « limitations financières » et 21% le chômage ou l’insécurité dans son emploi. L’infertilité ou des difficultés à concevoir est citée à hauteur de 12%. Ces pourcentages varient peu par pays : les pays aisés (Etats Unis, Suède…) comme les pays plus pauvres (Inde, Maroc). L’UNFPA propose donc son diagnostic : l’incapacité des individus à réaliser leurs objectifs de fertilité souhaités est la véritable crise de la fertilité – non pas la surpopulation ou la sous-population.
Une approche individualiste de la procréation.
Face à ce constat, que préconise le rapport ?
Selon ses auteurs, la solution réside dans le renforcement de l’autonomie individuelle pour les choix de procréation. Il s’agit de placer les choix des individus comme priorité pour les Etats : « Cette crise n’est pas enracinée dans des décisions reproductives individuelles qui ne correspondent pas aux besoins d’un État ou d’une économie. Au contraire, c’est une crise enracinée dans des environnements et des choix politiques qui ne s’alignent pas sur les désirs des individus« . L’importance de la liberté individuelle pour les choix les plus intimes ne fait pas de doute. L’UNFPA liste au long du rapport les besoins d’informations et de soins qui restent largement insuffisants dans tous les pays, à des degrés divers. De même, un meilleur équilibre dans le partage des tâches entre hommes et femmes, partage qui doit rester une décision de couple, est un facteur qui compte pour l’accueil d’un enfant.
Le rapport souffre cependant d’angles morts importants dans son analyse.
Le premier réside dans le choix de faire de la procréation une question individuelle et non une question de couples. La procréation n’est pas une activité au même titre que les autres. D’une part, l’accueil d’un nouvel être humain dépasse le cadre de toute analyse politique ou économique. D’autre part, la procréation se vit à deux, dans l’exercice de la sexualité femme/homme.
D’autres choix de l’UNFPA sont largement contestables : sous l’appellation générale « droit reproductif », la PMA sans restrictions, l’avortement sans délais sont inclus au même titre que l’information sur la sexualité, les soins nécessaires pour les femmes etc.
L’UNFPA appelle donc de ses vœux une nouvelle stratégie d’autonomie procréative, centré sur l’individu. Cette approche pose une question de fond : cette culture individualiste pourra-t-elle favoriser l’accueil d’un enfant, qui demande nécessairement de renoncer à des activités individuelles pour lui faire la place qu’il mérite ?
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