Soins palliatifs un bilan en demi-teinte des premiers accomplissements de la stratégie décennale

10/10/2025

Soins palliatifs : un bilan en demi-teinte des premiers accomplissements de la stratégie décennale

La Journée mondiale des soins palliatifs le 7 octobre est l’occasion de revenir sur les annonces de Catherine Vautrin en avril 2024  lorsque le Gouvernement avait présenté sa « stratégie décennale de développement des soins d’accompagnement ». Cette stratégie avait pour ambition de « garantir un accès plus juste aux soins d’accompagnement à tous nos concitoyens » alors que les besoins en soins palliatifs n’étaient couverts qu’à hauteur de 50 %. Dix-huit mois plus tard, si des moyens ont été mis et quelques progrès observés, notamment pour le développement de l’hospitalisation à domicile (HAD), force est de constater que l’accès aux soins palliatifs sur le territoire demeure très fragile et que les efforts restent timides pour atteindre les objectifs affichés

Une stratégie décennale présentée en avril 2024

En avril 2024, la ministre de la Santé dévoilait la stratégie décennale de développement des soins d’accompagnement, ou soins palliatifs, qui devait répondre à l’immense défi de rendre accessibles les soins palliatifs à tous les Français, alors qu’à ce jour, seuls 50 % des Français qui en avaient besoin y avaient accès. Dans un entretien au journal Le Monde, la ministre assurait que « avant l’ouverture de l’accès à l’aide à mourir, on aura augmenté les soins palliatifs. »

La stratégie prévoyait une dépense supplémentaire de 1,1 milliard d’euros dans dix ans. La dépense annuelle devra ainsi passer de 1,6 milliard d’euros par an à 2,7 milliards en 2034. Alors que 22 départements ne disposaient pas d’unité de soins palliatifs (USP) fin 2023, la ministre annonçait l’ouverture d’unités de soins palliatifs dans 9 départements qui en étaient dépourvus dès 2024 et que tous les départements disposeraient d’une unité de soins palliatifs en 2025. Elle prévoyait également d’augmenter le nombre d’équipes mobiles de soins palliatifs (EMSP) de 421 à 427 d’ici 2025. A côté de l’offre hospitalière, la ministre annonçait aussi vouloir développer l’hospitalisation à domicile qui passerait ainsi de 55 000 places en 2021 à 70 000 en 2024.

Premier bilan un an et demi plus tard

Dix-huit mois plus tard, où en sommes-nous ? Dès l’annonce de cette stratégie décennale, Alliance VITA avait dénoncé dans un communiqué le manque d’ambition et les insuffisances de cette stratégie. Le milliard annoncé sur dix ans est bien insuffisant pour répondre à tous les besoins, alors que 50 % ne sont pas couverts actuellement. Il aurait au minimum fallu doubler les crédits. Cette augmentation ne tient pas non plus compte du vieillissement de la population qui va encore augmenter les besoins en soins palliatifs.

De plus, les moyens annoncés ne peuvent être réellement mis en place que par le biais de la loi de financement de la Sécurité sociale qui est votée chaque année. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025 prévoyait cent millions d’euros supplémentaires pour les soins palliatifs. Néanmoins, Claire Fourcade, ancienne présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), rapportait lors de son audition au Sénat en juillet dernier que moins de 50 millions d’euros avaient effectivement été dépensés.

En mars dernier, la stratégie décennale a fait l’objet d’un « point d’étape » en comité de suivi en présence de Catherine Vautrin, toujours en charge du même portefeuille ministériel élargi aux familles, et de Yannick Neuder, ministre chargé de la Santé et de l’Accès aux soins. Ce point d’étape a permis d’évaluer l’avancement des réalisations par rapport aux objectifs annoncés un an plus tôt.

  • Ouverture d’unités de soins palliatifs dans tous les départements

Un an plus tard, les promesses n’ont pas pu être tenues. Seuls trois départements ont été dotés d’une USP en 2024, dans le Jura, le Lot et le Cher sur les 9 annoncées et l’ensemble des départements n’est pas pourvu. Lors de son « point d’étape », le Gouvernement a annoncé que « 6 départements dépourvus d’USP disposeront d’une USP d’ici fin 2025 et 4 de plus d’ici fin 2026 ». Mais, parallèlement à ces ouvertures, des unités ferment ailleurs faute de personnel : à Guérande (44) au début de l’année, à Chambon (17) et tout récemment à La Roche-sur-Yon (85), par exemple. « Il faut accélérer le mouvement, nous ne voyons pas arriver sur le terrain ce changement annoncé, que ce soit en région parisienne, où travaille ma collègue ou à Narbonne, où j’exerce », déplorait Claire Fourcade lors de son audition au Sénat en juillet.

  • 427 EMSP d’ici 2025

En mars 2025, le Gouvernement annonçait un chiffre de 420 équipes mobiles de soins palliatifs, un chiffre en deçà de l’objectif de 427 EMSP.

  • Développement de l’hospitalisation à domicile (HAD)

L’hospitalisation à domicile (HAD) connaît indéniablement un essor qui traduit une réelle volonté politique. Depuis 2022, le nombre de patients pris en charge en soins palliatifs a progressé de 22 %. Dans le cadre de la stratégie décennale, le ministère a commencé à déployer 15 premières « équipes rapides d’intervention en soins palliatifs » (ERI-SP) pour renforcer l’accès aux soins palliatifs, notamment en situation d’urgence, et éviter ainsi un transfert aux urgences. Ces équipes multidisciplinaires ont permis de maintenir 90 % des patients dans les 48 heures suivant l’intervention. Quinze équipes rapides supplémentaires doivent être financées en 2025. Un appel à manifestation d’intérêt à été lancé en juin dernier.

  • Ouverture d’unités de soins palliatifs pédiatriques (USPP)

Parmi les objectifs de la stratégie décennale figurait aussi l’ouverture d’une unité de soins palliatifs pédiatriques par région d’ici 2034. Deux premières unités doivent ouvrir en 2025 à Lyon et à Cayenne.

  • L’enjeu de la formation

Un des piliers de la stratégie décennale concernait la formation des soignants. En effet, lors de son audition au Sénat, Claire Fourcade rapportait qu’actuellement, sur dix ans d’études, « un médecin reçoit en moyenne entre sept et dix heures de formation sur la douleur et les soins palliatifs. » En 2018, une formation spécialisée transversale (FST) a été créée pour former à la médecine palliative des médecins spécialistes issus de toutes les spécialités médicales. 112 postes ont été ouverts à la rentrée 2024-2025. Malheureusement, cette formation peine à attirer des étudiants. Pourtant, former des professionnels est une condition essentielle pour pouvoir ouvrir de nouveaux lits de soins palliatifs.

  • Attentes et incertitudes autour des maisons d’accompagnement

Désormais, le Gouvernement entend avancer sur la mesure n°12 de la stratégie décennale qui prévoit la création de « maisons d’accompagnement », des structures hybrides entre sanitaire et médico-social permettant d’accueillir des personnes gravement malades dont le traitement est stabilisé mais qui ne peuvent pas rester chez elles, parce qu’elles sont seules par exemple. Lors de son audition en juillet, la SFAP revenait sur l’urgence de créer de telles maisons qui pourraient accueillir une part importante des patients actuellement hospitalisés dans des services de soins palliatifs alors que ces structures seraient beaucoup moins coûteuses. En avril 2024, Catherine Vautrin avait annoncé qu’un « appel à manifestation d’intérêt » allait être lancé dans l’année. Là aussi, le projet a pris du retard puisque le cahier des charges n’a été publié qu’en septembre 2025. Les Agences régionales de santé sont invitées à diffuser un « appel à projet ». Chaque structure sera financée à hauteur de 1 million d’euros.

Néanmoins, le projet de création de maisons d’accompagnement fait l’objet de questionnements sur la possibilité d’y pratiquer l’euthanasie ou le suicide assisté si la proposition de loi sur « l’aide à mourir » devait être adoptée. Cette possibilité, confirmée par la ministre Catherine Vautrin en mai 2024 lors des débats en commission spéciale, avait fortement divisé les parlementaires. Les soignants y sont également opposés.

Quoi qu’il en soit, les retards déjà accumulés sur la mise en œuvre des mesures contenues dans la stratégie décennale doivent alerter le futur Gouvernement dans un contexte d’accès de plus en plus difficile aux soins et de manque de personnel. Une poursuite de la navette parlementaire sur le texte autorisant une « aide à mourir » dès le mois d’octobre semble indécente vu l’état d’avancement de la stratégie décennale. La priorité est que tous les Français qui en ont besoin aient un accès effectif aux soins palliatifs. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 devra poursuivre l’engagement financier à hauteur de 200 Millions d’euros supplémentaires en faveur de leur développement sur tout le territoire.

 

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