Procès d’Ultime Liberté : un procès qui lève le voile sur un projet jusqu’au-boutiste

19/09/2025

Procès d’Ultime Liberté : un procès qui lève le voile sur un projet jusqu’au-boutiste

Lundi 15 septembre a débuté le procès de douze militants d’Ultime Liberté qui ont aidé des personnes, malades ou non, à se procurer un barbiturique dans de but de mettre fin à leurs jours. Par ce procès largement relayé dans les médias, l’association créée en 2009 espère faire entendre ses revendications sur le suicide assisté. Elles vont beaucoup plus loin que ce qui est prévu dans la proposition de loin sur la fin de vie qui pourrait être examinée prochainement au Sénat.

Un procès pour faire bouger la loi

Le principal avocat des prévenus, Me Arnaud Lévy-Soussan, ne s’en cache pas. Cette audience « est l’occasion de sensibiliser l’opinion publique aux problématiques de la fin de vie », selon des propos rapportés par le journal Ouest-France. La date du procès ne pouvait être mieux choisie puisque la proposition de loi qui prévoit d’instaurer une « aide à mourir » adoptée par l’Assemblée nationale en mai dernier pourrait être examinée par la chambre haute dès le mois d’octobre.

Les faits remontent au mois d’octobre 2019, lorsque la police judiciaire met la main sur une filière illégale d’importation d’un puissant barbiturique, le pentobarbital, entre le Mexique et la France. Une dose de deux grammes peut provoquer le décès d’un adulte. Au total, 145 personnes ont recouru à cette filière pour commander du pentobarbital. Une trentaine d’entre elles sont décédées. Pour l’essentiel, ces personnes sont issues d’un niveau social plutôt élevé et assez âgées puisque près de 80 % d’entre elles ont plus de 70 ans.

Âgés de 74 à 89 ans, les adhérents d’Ultime Liberté sont poursuivis pour avoir « accompagné » de façon active des personnes à se donner la mort, notamment en les renseignant sur la manière de se procurer le pentobarbital, voire en les aidant à passer commande sur leur ordinateur. Parmi eux, Claude Hury, la cofondatrice de l’association, se dit « très sereine » et « prête à payer le prix » : « toutes les actions que l’on me reproche, je les ai accomplies par empathie et au nom de la liberté de chacun de pouvoir disposer de son corps jusque dans sa mort, qui est un droit fondamental », selon des propos rapportés par le journal La Croix.

La première témoin auditionnée, Andrée Le Bras, 78 ans, assume ainsi totalement son implication pour aider sa cousine de 82 ans atteinte d’un cancer du pancréas à mettre fin à ses jours.

En amont de l’ouverture du procès, des membres de l’association ont manifesté devant le tribunal judiciaire de Paris. Monique Denis, épouse de l’un des prévenus, ne cachait pas ses attentes vis-à-vis du procès : « On est assez satisfaits qu’il y ait un procès pour pouvoir montrer (le sujet) à l’opinion publique, et peut-être aussi que l’opinion publique se manifeste en faveur d’un changement de la loi », a-t-elle déclaré à l’AFP.

Les militants bénéficient du soutien de plusieurs personnalités qui doivent intervenir lors du procès, telles que l’essayiste François de Closets, l’ancienne directrice du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV) Véronique Fournier, le philosophe André Comte-Sponville et l’ancien député Jean-Louis Touraine.

Des revendications jusqu’au-boutistes

Si le débat sur le texte sur « l’aide à mourir » doit avoir lieu prochainement au Sénat, il ne faut pas croire que l’adoption de ce texte, qui prévoit d’encadrer l’accès au suicide assisté ou à l’euthanasie pour des personnes atteintes d’une affection grave et incurable qui engage le pronostic vital, donnerait pleine satisfaction aux militants d’Ultime Liberté. En effet, leurs revendications vont beaucoup plus loin, assumant une vision ultra-individualiste fondée sur le droit de disposer sans contrainte de son corps du début à la fin de la vie.

Comme l’explique Claude Hury dans La Croix, l’association est née en 2009 d’une scission avec l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) : « Nous trouvions que l’ADMD n’allait pas assez loin dans le combat. Nous, nous défendons le droit au suicide assisté pour chacun, même si l’on n’a pas de maladie incurable, et nous prônons l’aide aux personnes qui souhaitent, librement, mettre fin à leurs jours. »

Les revendications de l’association sont présentées dans leur dossier de presse La fin de vie en France et dans le monde accessible librement sur leur site internet :

  • Le suicide doit être reconnu comme « une liberté du citoyen ».
  • Tout citoyen français majeur doit pouvoir accéder au suicide assisté, qu’il soit en fin de vie ou non.
  • L’arsenal juridique de prévention du suicide doit être intégralement révisé, notamment la loi de 1987 qui réprime la provocation au suicide.

L’association remet en question la dimension pathologique du suicide et s’oppose à une prise en charge psychiatrique pour des personnes se trouvant en situation de crise suicidaire.

D’ailleurs, si la plupart des personnes ayant recouru à la filière illégale d’importation de pentobarbital étaient âgées, ce n’était pas le cas de toutes. Ainsi, parmi les personnes décédées, on peut citer le cas de Lucas J., 25 ans, qui souffrait de dépression selon ses proches et a été retrouvé mort en 2018.

Il n’est pas surprenant que des personnalités comme André Comte-Sponville ou Jean-Louis Touraine prennent la parole lors de ce procès. André Comte-Sponville défend depuis longtemps un droit à « l’IVV, l’interruption volontaire de vie » et considère le « droit de mourir » comme un droit de l’homme. Dans une interview donnée en 2023 à France Inter, il plaidait pour un droit au suicide assisté ou à l’euthanasie quel que soit l’âge, même pour des personnes qui ne sont pas en fin de vie, et l’invoquait particulièrement pour les personnes âgées, faisant part de son souhait d’en bénéficier avant d’entrer en EHPAD. De son côté, une vidéo de Jean-Louis Touraine publiée sur les réseaux sociaux en mai 2025 [1] révèle ses intentions réelles et la stratégie d’un élargissement progressif de la possibilité de recourir à l’euthanasie et au suicide assisté : « Il faut obtenir le plus possible et surtout, une fois qu’on aura mis le pied dans la porte, il faudra revenir tous les ans et dire : « on veut étendre ça ». » Dans cette vidéo, il regrette notamment que la possibilité de recourir à l’euthanasie ou au suicide assisté ne soit pas ouverte aux mineurs, aux personnes atteintes de maladies psychiatriques ou de la maladie d’Alzheimer dans la proposition de loi.

Face à ceux qui souhaitent faire du procès d’Ultime Liberté une tribune pour faire avancer les débats sur l’instauration d’une « aide à mourir » ouvrant la possibilité du suicide assisté et de l’euthanasie, Alliance VITA souhaite alerter sur le projet réel de l’association Ultime Liberté qui remet en cause tout l’arsenal législatif français de la prévention du suicide. Alliance VITA rappelle que la prévention du suicide est par principe universelle et met en garde contre une légalisation du suicide assisté qui reviendrait à exclure certaines catégories de patients de la prévention du suicide.

[1]Lors d’une réunion publique organisée par l’association Le Choix, le 30 novembre 2024

 

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