Euthanasies en augmentation au Québec : toujours aucune évaluation des soins palliatifs
La Commission des soins fin de vie du Québec a publié son rapport d’activité annuel 2024-2025 qui indique une hausse continue des euthanasies (dénommées Aide médicale à mourir ou AMM). Cette province du Canada connait un taux record au monde : leur nombre a crû de 61% en 5 ans pour atteindre 6268 cas, soit 7,9% des décès pour la période du 1er avril 2024 ou 31 mars 2025.
Des euthanasies en augmentation
Parmi les personnes euthanasiées, on note que :
- L’euthanasie concerne un peu plus d’hommes (53%) que de femmes (47%).
- 15% des personnes avaient un pronostic vital de plus de 6 mois et 7% n’étaient pas en fin de vie.
- 97% des personnes disent souffrir d’une combinaison de souffrances physiques et psychiques.
- Les souffrances les plus évoquées concernaient la perte de capacité à effectuer des activités significatives » (97%), la perte de dignité (72%), la peur d’être un fardeau (50%) , la solitude (24%). La peur et les souffrances existentielles qui représentaient 35% des occurrences l’année précédente sont passées à 66%.
- 54% des patients ont évoqué un contrôle inadéquat de la douleur ou des peurs à ce sujet.
- 35% des souffrances jugées intolérables et inapaisables résultaient de refus des traitements.
Ces données sur les souffrances sont d’autant plus préoccupantes en l’absence de données sur l’offre de soins palliatifs et sur leur qualité. Ces situations de souffrance demanderaient temps et écoute pour répondre aux besoins sous-tendus.
Incapacité à évaluer l’accès aux soins palliatifs et leur qualité
Or sur la même période, la Commission n’a pu évaluer l’évolution de la situation des soins palliatifs faute de données fiables, contexte qui perdure depuis plusieurs années. L’association Vivre dans la dignité souligne que le Québec ne peut pas « naviguer à l’aveugle relativement à un enjeu aussi important ». Or 10% des euthanasies ont lieu dans des centres de soins palliatifs, chiffre en croissance par rapport à l’année précédente (6%).
Des délais d’exécution d’euthanasie jugés rapides
La Commission s’inquiète des délais très courts entre « la formulation de demande d’AMM » et l’administration du soin », «soin » qui est en fait un acte d’euthanasie. En effet 43% des personnes ont été euthanasiées en moins de 10 jours, dont 4% le jour même ou le lendemain de la signature du formulaire. Elle s’étonne également des disparités entre les régions et souhaiterait « mieux comprendre ces éléments ». Cette disparité est également observable pour les sédations dites palliatives continues jusqu’au décès dont le nombre s’élève à 2163, soit 2,4% des décès.
Inquiétudes sur l’accès aux soins
Dans ses conclusions, la Commission indique souhaiter veiller à ce que « l’AMM ne soit pas un soin choisi à défaut d’avoir accès à d’autres soins curatifs, palliatifs ou de fin de vie ».
Or comme en France, le contexte de l’accès aux soins au Québec est en crise. Le gouvernement Legault et le ministre de la Santé, Christian Dubé, ont opté pour une réforme controversée : le projet de loi 106, adopté en loi spéciale le 25 octobre 2025. Elle vise à garantir « un médecin de famille pour tous les Québécois ». L’objectif affiché : 16,5 millions de rendez-vous disponibles par an et une réduction des délais d’attente en chirurgie. Pour atteindre ces objectifs, la loi impose notamment aux médecins que 15% de leur rémunération soit liée à des indicateurs de performance, avec des quotas de patients à traiter). Un système dit de « responsabilité collective » qui force chaque département médical à prendre en charge tous les patients admissibles, notamment ceux sans médecin de famille. La nouvelle rémunération des médecins entrera en vigueur le 1er avril 2026. Les associations de médecins, dont la FMSQ et la FMOQ, s’opposent fermement à cette réforme s’indignant également du manque de moyens matériels accordés pour répondre à cette demande. Pour certains médecins, cette réforme risque de transformer la pratique médicale en un système basé sur le volume, au détriment du temps consacré aux patients. Le Dr Nacim Kerouch, médecin hospitalier, explique que désormais chacune de ses consultations ne pourra durer que 10 minutes au lieu de 30 comme il le faisait auparavant. Les soins palliatifs, qui nécessitent un suivi attentif et humain, sont particulièrement menacés.
Certains médecins spécialisés, comme le Dr Létourneau, expriment leurs inquiétudes face à cette loi. Pour lui, cette réforme de rémunération peut pousser les médecins à renoncer à la pratique des soins palliatifs. « Une partie de ma pratique est dédiée à une quarantaine de patients fragiles et confinés à domicile. Un suivi régulier exige du temps, que la nouvelle loi ne permet plus (…) Mourir dans la dignité, ça ne se fait pas avec un médecin qui fait ça à toute vitesse. ».
Comme le souligne l’association Vivre dans la dignité qui œuvre pour la promotion des soins palliatifs : « un sérieux coup de barre s’annonce urgent, entre autres pour protéger et améliorer l’accès aux soins palliatifs » Ce qui se passe au Québec doit alerter la France sur l’incompatibilité entre soins palliatifs et euthanasie alors que le gouvernement annonce un prochain examen de la proposition de loi sur « l’aide à mourir » au Sénat dès janvier prochain.
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