PJL Bioéthique : les enjeux de la recherche sur l’embryon

 

Extrait de l’audition, devant les sénateurs, de Blanche Streb, directrice de la formation et de la recherche d’Alliance VITA, en rapport avec le projet de loi bioéthique.

On ne peut plus raisonner aujourd’hui comme si l’embryon humain évoluait dans deux domaines distincts : d’un côté celui de la procréation assistée, et de l’autre celui de la recherche, dans lequel ces mêmes cellules sont instrumentalisées, détruites, mises en culture, intégrées à des protocoles de recherche ou des thérapies innovantes. Ces domaines, ces enjeux, se percutent désormais. Et se percuteront de plus en plus. Pourquoi ? Car nous sommes lancés dans une dynamique internationale d’une surenchère technicienne dans le domaine de la procréation artificielle et des biotechnologies, qui visent à contourner les importants problèmes d’infertilité. Il y a là d’immenses marchés à prendre.

Bébés génétiquement modifiés et gamètes artificiels

Vous le savez, à nos portes, les premiers bébés génétiquement modifiés sont déjà nés, pas seulement cette naissance contestée avec CRISPR, mais de manière déjà beaucoup plus fréquentes, de nombreux enfants sont déjà nés de la technique dite de “FIV-3 parents“.

Ces techniques sont désormais ouvertes, puisque le projet de loi, dans son article 17, ouvre la porte aux embryons transgéniques, dans le cadre de la recherche. L’étape suivante – nommons-la clairement, car quand une technique est déjà là, le basculement qu’elle contient aussi – l’étape suivante, contestée aussi, est celle de la thérapie embryonnaire. L’autre démonstration de cette dynamique, est celle de l’ouverture à la recherche sur les gamètes artificiels (articles 14 et 15).

Derrière ces perspectives, c’est la question du bébé à tout prix, à n’importe quel prix, qu’importe si ce prix à payer le sera par l’enfant à naître lui-même. Tout cela dans un contexte totalement contradictoire : on passe de plus en plus l’embryon et le fœtus au crible. On discute de l’extension du diagnostic pré-implantatoire, y compris pour des pathologies qui ne sont pas héréditaires. Les débats ont démontré la pression existante sur ce sujet. Tout cela, dans une dynamique de contrôle qualité de l’embryon, derrière une illusion qui s’installe : celle qu’il faudrait en passer par la technique pour faire un enfant.

On est dans un phénomène qui s’emballe, vers le glissement vers le “DPI pour tous” et le “DPI pour tout”. Il nous faut une grande vigilance,

Derrière tout cela, se dessine un véritable projet de société : celui de l’enfant accueilli sans condition, versus l’enfant programmé, bricolé.

Modification du régime qui encadre l’embryon

Passer à une simple déclaration pour les CSEh (cellules souches embryonnaires humaines) banalise toujours plus l’instrumentalisation de l’embryon humain. Cela élimine la nécessité de prouver qu’il n’y a pas d’alternatives à ces cellules. Cela pousse indirectement à la consommation d’embryon humain.

D’un côté, on fragilise toujours plus l’encadrement de l’embryon et des cellules souches embryonnaires CSEh, et de l’autre on ouvre à toujours plus de transgressions : comme les utiliser pour tenter de produire des gamètes artificiels et pour créer des chimères homme-animal, perspectives présentes dans ce projet de loi. Ce changement de cadre n’a qu’un seul objectif : faciliter le travail administratif de quelques chercheurs, regroupés en société savante pour appuyer sur cette loi bioéthique.

Cela nous questionne. Allons-nous entendre d’autres types de chercheurs, travaillant aussi sur des thérapies et des perspectives de médecine régénératrice, mais utilisant d’autres types de ressources ne présentant pas les mêmes problématiques éthiques ? Sont-ils invités pour présenter leurs travaux, leurs succès, leurs besoins ?

Perspective du développement de l’embryon humain jusqu’à 14 jours in vitro

C’est un stade de développement très avancé, où il y a l’apparition des premières ébauches du système nerveux central. L’implantation se fait avant le 7ème jour. Ce stade de culture permet de récupérer des cellules différenciées (par exemple, des cellules de foie, des cellules de la rétine). Le message envoyé est quand même celui-ci : des cellules issues d’êtres humains au commencement de leur vie pourraient servir à soigner d’autres êtres humains.

Sur ce point-là, comme sur d’autres, ce projet de loi envisage cela car quelques pays commencent à savoir le faire. Alors, « au cas où », autorisons-le. C’est, au fond, cela qui est assez nouveau dans ce projet de loi, dans plusieurs articles, « autorisons-le », ça servira peut-être à quelque chose, et on verra plus tard les conséquences, après la loi le déluge…

Si c’est la faisabilité technique qui ordonne la loi bioéthique : il n’y aura plus de limites. L’argument massue est celui de la compétitivité vis-à-vis de l’étranger et les perspectives des bénéfices à tirer. Est-ce que la compétitivité est un argument recevable quand on parle de bioéthique ?

Oui, il y a des perspectives, des bénéfices, y compris financiers, à instrumentaliser l’embryon humain, est-ce à dire que la bioéthique à la française doit vendre son âme au plus offrant ?

Il y a vraiment mise en souffrance de deux principes structurants, fondateurs de la loi bioéthique : celui de la protection de l’intégrité de l’espèce humaine (à cause de l’article 17 de ce PJL notamment) et celui de l’article 16 du Code civil, rappelons-le « la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie. »

Plus personne ne conteste qu’un embryon humain est un être humain, et qu’il n’y a nul autre point de l’espace et du temps qui définisse le point de départ de toute nouvelle vie humaine, que celui de la fécondation. L’embryon humain nous crie son humanité, et la manière dont il est convoité dans la PMA en est la plus forte démonstration. Il est déjà l’être humain qu’il deviendra et ce n’est pas perdre son étiquette de projet parental qui modifie quoi que ce soit dans sa nature.

Nous devons réfléchir ensemble à encourager la science, qui s’honore quand elle se met pleinement au service de l’homme, sans jamais le réduire à un objet

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