Accompagnement fin de vie en temps de coronavirus

La crise sanitaire liée au coronavirus peut-elle changer notre rapport à l’accompagnement des personnes en fin de vie et à la mort ?

La pandémie du COVID-19 est révélatrice de l’importance d’une réelle réflexion sur la relation aux mourants, tout spécialement dans le cadre institutionnel et hospitalier.

Comme le soulignent plusieurs représentants des sciences humaines et cliniciens, nous prenons soudainement conscience de l’ordre habituel et « invisible » sur lequel nous faisons reposer nos vies en temps de sécurité sanitaire (liens familiaux, sociaux, rites funéraires…). Ce qui nous était devenu familier et implicite prend toute son importance au moment où la crise et les mesures sanitaires nous le retirent. Ainsi l’épidémie prive les familles de la possibilité d’approcher librement leurs proches en fin de vie, et c’est aux médecins et aux soignants qu’est confié ce rôle supplémentaire d’accompagner la solitude des derniers instants, malgré les équipements de protection (masques… ) qui entravent le lien soignant-soigné.

Dans les siècles passés, il y avait une « familiarité domestique » avec les mourants car la “bonne mort” se passait à domicile et obéissait à un rituel coutumier, religieux, familial. Aujourd’hui 80 % des décès surviennent en institution: établissements médico-sociaux et hôpitaux. L’accompagnement des derniers instants est donc très souvent délégué aux professionnels de la santé. Cette médicalisation de la fin de vie montre à quel point la mort nous est devenue étrangère.

Marie de Hennezel, psychologue, décrit trois conséquences du déni de la mort dans une tribune récente :

Au niveau individuel, le déni de la mort appauvrit nos vies :

  • Il entretient l’illusion de la toute-puissance scientifique et technologique qui pourrait un jour avoir raison de la mort.
  • Il est responsable d’une perte d’humanité, car il conduit à ignorer tout ce qui relève de la vulnérabilité.

Une angoisse collective face à notre condition d’être humain vulnérable et mortel vient de ce que la mort est cachée dans notre société contemporaine.

Alors que la crise sanitaire a fait de la mort un sujet omniprésent, est-ce que cela permettrait de mettre fin à un tabou ? Ce n’est pas l’avis de Damien Le Guay, président du comité national d’éthique du funéraire, qui regrette que les morts ne soient évoqués que sous la forme d’un décompte anonyme: « Toute l’actualité tourne autour des morts sans nom du COVID-19 mais nous ne nous donnons pas les moyens de les accompagner, eux et leurs familles, dans un hommage national ».

Il évoque l’obsession du virus qui occulte les « exigences anthropologiques de la mort »: nécessité de rendre hommage à la personne disparue, se retrouver autour d’elle au travers de rites qui aident à surmonter l’insoutenable.

Ainsi, l’épidémie du COVID-19 rappelle simultanément les espoirs placés dans la technologie (réanimation…) et l’importance des relations humaines dans l’accompagnement du mourant et dans le deuil : deux aspects nécessaires pour la formation des soignants. Un bon accompagnement du deuil permet d’éviter des dépressions, des envies suicidaires… et d’aider à retrouver peu à peu le goût des choses simples de la vie, de la contemplation de la nature, de la solidarité humaine.

C’est pour y contribuer que, dans ce contexte inédit, des écoutants du service SOS Fin de vie participent à la plate-forme d’écoute « Mieux traverser le deuil » pour venir en aide 24h/24 aux personnes endeuillées.

 

 

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