Démographie : Publication d’un rapport par le Haut Commissaire au Plan

démographie France

Dans une note rendue publique le 12 mai dernier, le Haut-Commissaire au Plan, François Bayrou, aborde la question de la démographie comme une « clé pour préserver notre modèle social ».

Le poste de Haut-Commissaire au plan a été créé en septembre 2020 et confié à François Bayrou. Il est chargé d’animer et de coordonner les travaux de planification et de réflexion prospective conduits pour le compte de l’Etat et d’éclairer les choix des pouvoirs publics au regard des enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques et culturels.

Dans sa longue introduction au rapport, F. Bayrou rappelle les trois dimensions de la démographie, à l’intersection des choix personnels et familiaux, de l’appartenance à une communauté nationale et des équilibres internationaux. Le rapport souligne fortement la situation spécifique de la France qui a choisi, au sortir de la seconde guerre mondiale, un modèle social fondé sur le principe de « tous pour chacun ». Ainsi, le préambule à la Constitution de 1946 rappelle que « La Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à son développement ». Au-delà des systèmes de retraite avec le choix emblématique de la retraite par répartition et non par capitalisation, ce principe s’applique également au système de santé, de chômage et même d’éducation. Il se traduit par l’importance des dépenses publiques comparées aux autres pays. En même temps, le coefficient de Gini (indicateur d’inégalité de revenu), ou d’autres mesures, placent la France dans une situation favorable en ce qui concerne la protection économique et sociale des moins favorisés.

Le rapport présente le dynamisme démographique, en particulier le ratio entre actifs et non actifs, comme le pilier de ce système social où la redistribution et la répartition sont importantes.

Sur le plan national, le rapport souligne l’écart entre les enquêtes mesurant le désir d’enfants et la baisse de la fécondité : « le désir idéal d’enfants qui est mesuré régulièrement par des enquêtes montre que les Français continuent à vouloir trois enfants tout en en ayant, en moyenne, un peu moins de deux depuis quelques années ». L’INED souligne, dans un rapport connexe, que « les intentions positives de fécondité tendent à surestimer les comportements ». Autrement dit, l’intention d’avoir un enfant n’est pas suivie dans la réalité, en raison de multiples facteurs cités dans le rapport : articulation entre vie personnelle, professionnelle et familiale, famille dite «  monoparentale ». L’indice de fécondité français, en dessous du seuil de renouvellement des générations situé à 2,1, reste cependant parmi les plus élevés d’Europe à 1,89 en 2018. Mais ce niveau n’assure pas, à terme, l’équilibre du système de protection sociale.

Une partie du rapport est consacrée à l’étude des évolutions démographiques comparées, avec un possible poids plus important de la France au sein d’une Europe en perte de vitesse.

Le rapport préconise que les pouvoirs publics jouent sur les deux leviers possibles : la politique de soutien à la natalité, et l’immigration. Sur ce dernier sujet très discuté, le rapport rappelle que l’immigration n’est pas le facteur explicatif de la relative dynamique de la démographie française. Il appelle à une prise en compte politique, au sens large, de ce facteur, en soulignant les enjeux d’intégration et de cohésion pour la société.

Le rapport aborde aussi un des thèmes actuels à consonance malthusienne de « la population contre la planète » , avec les slogans de type « Ginks » (« Green inclination no kids », c’est-à-dire « tendance verte, pas d’enfant »). Le rapport estime qu’il faut relativiser ces approches pour deux raisons : la taille relative de la France (70 millions d’habitants sur une population mondiale proche de 10 milliards en 2050) et les décalages d’horizon : les enjeux climatiques sont à horizon de 20 à 30 ans alors que les tendances démographiques impactent sur un horizon plus long, et difficilement réversible comme le montre l’exemple de certains pays asiatiques.

Ainsi, la fin officielle de la politique de restriction des naissances en Chine, annoncée le 29 octobre 2015, a eu peu d’impact sur la natalité, comme le soulignait une dépêche AFP du 9 février suite à la publication des données par le ministère chinois de la Sécurité publique. La baisse des naissances s’est poursuivie : en 2020, ce pays a enregistré 10.04 millions de naissances, en baisse de 14.8% comparé à 2019.

De l’autre côté des Alpes, l’inquiétude sur les tendances démographiques était au centre des Etats généraux de la Natalité tenus à Rome. Le Président du Conseil, Mario Draghi, a annoncé la mise en place d’une allocation unique , proche du modèle français des allocations familiales. Le Pape François, présent à cet événement, a rappelé qu’une « société qui n’accueille pas la vie cesse de vivre » et qu’il faut « donner de la stabilité aux structures qui soutiennent les familles et aident les naissances ».

Share This