Notre rôle n’est pas d’apprendre à donner la mort !

24/04/2025

Notre rôle n’est pas d’apprendre à donner la mort !

Les voix qui se lèvent contre la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie se multiplient. Cette semaine, ce sont des professeurs de médecine, de chirurgie et de pharmacie qui font entendre la leur dans une tribune collective parue dans Le Figaro ce 20 avril 2025.

Si l’euthanasie et le suicide assisté étaient légalisés, s’alarment-ils, « cela dévoierait notre rôle d’enseignants au service des plus vulnérables ». Leur revendication est aussi simple que percutante :

« Nous ne souhaitons pas enseigner aux étudiants comment provoquer la mort. Nous devons, en revanche, continuer à enseigner la prévention du suicide, ce qui pourrait devenir impossible si le « délit d’entrave à l’aide à mourir », prévu dans la proposition de loi qui sera présentée en mai prochain au Parlement, était voté ».

Or, justement, il est particulièrement inquiétant de relever que lors de l’examen en Commission du texte relatif aux soins palliatifs, un amendement imposant aux étudiants une formation à « l’aide à mourir » a été ajouté et adopté. Pourtant, le terme « aide à mourir » n’a pas été défini et concerne l’autre texte, à savoir la proposition de loi dite Falorni et « relative à la fin de vie » dont l’examen en Commission n’avait pas encore commencé au moment du vote de cet amendement, soutenu  par Agnès Firmin Le Bodo, député Horizons, ex rapporteure du projet de loi fin de vie en 2024, et par le co-rapporteur de la présente loi François Gergnigon.

On est donc là à l’opposé des revendications portées par ces professeurs, dont l’objectif est de rappeler qu’ils veulent juste continuer à « transmettre l’exigence d’une médecine de qualité et l’attention aux plus vulnérables » et rappeler que « leur mission est d’enseigner aux étudiants non seulement les bases théoriques et scientifiques de la médecine, mais aussi la pratique, le savoir-être du médecin et sa place, le travail en collaboration avec les autres soignants et la réflexion éthique ».  Le professeur des Universités Casalino Enrique avait partagé cet appel à contributeurs en expliquant que «  le texte de loi en cours de préparation sur le suicide assisté/euthanasie remet en question nos valeurs fondamentales et le sens de notre travail et nos missions de soignants et d’enseignants ». Il précisait avoir participé à la rédaction de cette tribune « avec un groupe d’enseignants après avoir constaté que nos valeurs sont bafouées ».

Puisqu’ils sont là pour accompagner les étudiants jusqu’à la soutenance de leur thèse, ces professeurs n’oublient pas de remettre en avant l’importance des serments prononcés par les nouveaux docteurs en médecine et en pharmacie :

Pour les médecins, c’est le serment d’Hippocrate qui les engage. Les mots sont forts, clairs, déterminés et déterminants : « Je ne prolongerai pas abusivement les agonies » – ce qui signifie très précisément qu’on doit éviter tout acharnement thérapeutique ou obstination déraisonnable, interdits par la loi – et également : « Je ne donnerai jamais la mort délibérément », ce qui est clairement en opposition absolue avec ce que prévoit la proposition de loi, dont l’examen a commencé en Commission spéciale le 11 avril dernier, sous l’appellation « aide à mourir ».

Pour les pharmaciens, chargés de préparer ou délivrer les médicaments, c’est le serment de Galien, qu’ils énoncent et qui les oblige : « en aucun cas je ne consentirai à utiliser mes connaissances et mon état pour (…) favoriser des actes criminels ». La pression exercée sur les pharmaciens est d’autant plus forte que le texte envisage de les exclure de toute clause de conscience. Cette injustice avait été dénoncée dans une tribune d’une soixantaine de pharmaciens et de juristes en mai dernier.

Pour aller plus loin :

  • Début de l’examen de la PPL fin de vie en commission, un premier basculement majeur, 17 avril 2025
  • Décryptage : la nouvelle proposition de loi fin de vie d’Olivier Falorni, 14 mars 2025
  • La proposition de loi soins palliatifs amendée en commission, 16 avril 2025
  • Décryptage loi soins palliatifs et d’accompagnement, 21 mars 2025
notre rôle n’est pas d’apprendre à donner la mort !

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