Don de sperme, une pratique à risque

PMA
19/06/2025

Don de sperme, une pratique à risque

Le don de sperme est une pratique à risque. C’est ce qu’une information récente venant de Belgique met de nouveau en lumière.

Un donneur de sperme, porteur d’un risque de cancer élevé.

Chez notre voisin belge, le sperme d’un donneur danois a servi pour la conception de 52 enfants. Cet homme se trouve porteur d’une mutation rare d’un gène (TP53) qui prédispose à l’apparition d’un cancer. A l’heure actuelle, on a identifié en tout 67 enfants engendrés par ce donneur, tous pays confondus. 23 enfants sont porteurs de la mutation et 10 sont diagnostiqués d’un cancer. La société privée danoise qui collecte le sperme « Banque Européenne de Sperme » (ESB) a été créée en 2004 et livre régulièrement les gamètes mâles dans plusieurs pays. Selon les médias, l’affaire a été révélée à l’occasion d’une réunion de biologistes à Milan, et rendue publique par le ministre belge de la Santé. 37 femmes en Belgique seraient concernées par l’utilisation de ce sperme vendu par l’ESB entre 2008 et 2017. Fait aggravant: la loi belge prévoit un plafond de 6 enfants par donneur. Cadre qui n’a donc pas été respecté.

Sur le site de l’ESB, une affirmation rassurante s’inscrit en première page : « Chaque donneur est soumis à un processus de sélection minutieux, et chaque candidature est validée individuellement par notre équipe médicale, composée d’experts en génétique clinique. En choisissant parmi nos donneurs, vous bénéficiez de la plus haute qualité disponible« . Que vaut cette assurance ? La question se pose après les révélations récentes. Le génome humain contient plus de 20000 gènes et il parait illusoire de pouvoir contrôler l’ensemble, d’autant que tout n’est pas encore connu et que, régulièrement, les découvertes en génétique révèlent de nouveaux liens entre mutations et prédispositions à des maladies.

Il est donc parfaitement mensonger de prétendre offrir une forme d’ « assurance qualité » sur la santé des enfants conçus par don.

Par cet exemple, on mesure que « l’utilisation » massive d’un même donneur pour la conception de dizaines d’enfants vient fragiliser la biodiversité humaine et contribue à diffuser des prédispositions génétiques qui seraient naturellement limitées dans le cadre de naissances au sein d’un couple.

Une longue liste de faits divers préoccupants.

Ce nouveau fait divers s’inscrit dans une liste longue et préoccupante pour cette pratique. On peut citer ainsi :

  • Scandale des donneurs en masse aux Pays Bas,
  • Cas délirant de l’homme natif de Hollande « aux mille enfants »,
  • Gynécologues utilisant leur propre sperme à l’insu des femmes désireuses d’une AMP (Assistance Médicale à la procréation) en France.
  • Cette fraude s’est réalisée aussi aux Etats Unis. Au moins 50 médecins sont accusés d’avoir secrètement utilisé leur sperme pour des patientes. Des années après, une jeune femme du Connecticut, un Etat de la côte Est, a réalisé qu’elle avait eu une relation avec un demi-frère.

La pratique du don de sperme : 4 questions éthiques à poser.

Toutes ces informations soulèvent une question de fond : le don de sperme est-il une pratique éthiquement satisfaisante ?

Quatre enjeux se dégagent pour répondre à cette question.

Un cadre réglementaire peut-il tenir sans dérives sérieuses ?

Comme le montrent les exemples anciens et récents, poser un cadre réglementaire ne suffit pas. Au contraire.

En premier lieu, ce cadre s’est trouvé régulièrement contourné. Ainsi du plafond en Belgique à 6 enfants, ou du plafond hollandais à 25 puis 12 enfants.

Par ailleurs, un cadre existant n’empêche pas des pratiques dites « sauvages », à savoir sans aucun cadre. Récemment, la gendarmerie française a interpellé un homme à Lille. Cet homme est soupçonné d’avoir alimenté un site clandestin pour du don de sperme et « exploité la vulnérabilité des victimes et perçu diverses rémunérations grâce à cette activité ». Ce site aurait été fréquenté par 7000 membres. La gendarmerie a rappelé à cette occasion que « la pratique non encadrée du don de gamètes peut exposer les parties concernées à de multiples dangers (risques sanitaires, de consanguinité, génétique…) et à des comportements abusifs (infractions à caractère sexuel) ». Aux Etats Unis, en France, de nombreux Réseaux sociaux abritent des groupes d’échanges pour des échantillons de sperme.

Loin d’être arrêtée par la présence d’une réglementation, la pratique peut au contraire s’étendre. Cet effet est connu dans de nombreux domaines. Ainsi, concernant la GPA, la spécialiste Cécile Revel-Dumas le rappelait lors d’une Université de la vie : l’illégal se sert du légal.

Un autre exemple plus exotique : une étude scientifique publiée en 2016 a établi que l’autorisation de chasse légale d’une espèce régulée (les loups dans deux états américains) augmentait le taux de braconnage. Si cela semble contre-intuitif, les chercheurs ont pointé sur un « effet feu vert » lié à l’autorisation donnée par la réglementation qui pose un cadre.

Plus généralement, la loi n’a pas qu’un effet dissuasif pour défendre ou interdire une pratique. Elle a un côté prescriptif: ce qui est légal est plus facilement considéré comme normal, voire moral.

Peut-on éviter la marchandisation du don ?

La réglementation française est explicite et rappelée régulièrement : le don de gamète est gratuit et les donneurs ne sont pas rémunérés. Pourtant, comme le montre le récent exemple français, derrière le « don », c’est tout une chaîne marchande qui se met en place, dans les échange « sauvages » comme dans des banques de sperme accréditées. Le site de Cryosbank dans sa page pour les donneurs potentiels affiche un slogan : « aidez les autres. Gagnez jusqu’à 800 euros par mois ».

Le site de l’ESB explicite ses tarifs : une paillette « MOT20+ » (c’est-à-dire contenant plus de dix millions de spermatozoïdes) coute 1110 euros si le donneur est révélé. C’est 810 euros pour un don anonyme.

En France, la forte hausse de la demande pour des paillettes pourrait-elle conduire à l’importation de gamètes mâles venant de banques privées? Dans le cas belge, des cliniques avancent le chiffre de 75% des paillettes utilisées provenant du Danemark. Une offre marchande se met en place et évolue ensuite selon les demandes. Pour rassurer face au scandale des donneurs aux multiples enfants, le site de l’ESB propose des « packs » promettant une limite de famille (« family limit options »). Le site affirme que « la majorité de nos donateurs ont une limite de 75 familles, mais sur certains marchés (le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Australie et les Pays-Bas), nous offrons également des donateurs avec une limite mondiale de 25 familles. Pour ceux qui préfèrent une limite familiale encore plus basse, nous avons des donateurs qui aident un nombre plus restreint de familles« . Si vous souhaitez limiter le nombre de familles (pas d’enfant…) à 15, il vous en coûtera 11,000 euros. Pour 5 famille, c’est 25,000 euros et pour une promesse d’exclusivité : 39,000 euros. Le cas délirant du « donneur en série » montre pourtant que certains hommes peuvent ne pas tenir une promesse d’exclusivité à une banque de sperme, privée ou publique.

Dans un article du magazine Elle à destination de femmes cherchant un donneur aux Etats Unis, la journaliste constate que « acheter du sperme, c’est vraiment comme acheter n’importe quoi d’autre en ligne« . Si la France résiste pour le moment à cette marchandisation à outrance, les besoins, et la culture consumériste, pourraient pousser dans cette direction.

Le tri des donneurs : un risque supplémentaire de dérive eugéniste ?

Sur le site de l’ESB, on constate que les donneurs passent des tests psychologiques et médicaux avant d’être approuvés par une banque. Ils se retrouvent aussi listés sur une page du site. En donnant son adresse email, une femme peut ensuite « utiliser toute une variété de filtres pour trouver le donneur présentant les caractéristiques physiques recherchées« . Les femmes peuvent sélectionner une taille, des couleurs des yeux, et en payant un supplément, entendre la voix du donneur et accéder à une photo du donneur à l’âge adulte.

Des annonces venant de donneur potentiels peuvent mettre en avant des qualités plus intellectuelles ou une catégorie socio-professionnelle : « cadre financier, fils de médecin, Bac + 5, revenus confortables« .

Dans les années 70, une « banque de prix Nobel » avait fait scandale pour son projet de proposer des paillettes supposées venir d’hommes ayant un QI élevé. Les dérives eugénistes avaient été dénoncées, d’autant qu’un des rares donneurs, le Prix Nobel William Shockley, affichait des idées eugénistes et racistes.

En favorisant une analyse par filtres sur de nombreux critères, le risque est de favoriser une culture déshumanisante, qui occulte la personne au profit de certaines caractéristiques « recherchées » (apparence physique, aptitude intellectuelle supposée etc).

Est-ce une bonne chose de séparer engendrement et responsabilité paternelle ?

En séparant la capacité de devenir père biologique et la coresponsabilité, avec la mère, de l’éducation de l’enfant, le don de sperme opère une dissociation majeure. De nombreux témoignages ont pourtant montré le besoin, et le désir, des enfants nés de don de sperme de connaître leur père biologique. La loi bioéthique en 2021 a renversé la réglementation précédente en instituant l’accès aux données de façon systématique pour les enfants, une fois adulte. Preuve que le donneur n’est pas un simple donneur, et que donner un gamète n’est pas du tout du même ordre que donner son sang.

De plus, la paternité naturelle au sien d’un couple assure dans les faits une limite effective que la réglementation n’a pas réussi à imposer. La responsabilité éducative, avec toutes ses implications matérielles, psychologiques et émotionnelles, constitue une sauvegarde contre les dérives constatées dans la pratique du don de sperme, en particulier les risques génétiques pour de nombreux enfants, et la méconnaissance des antécédents familiaux.

Par ailleurs, le don de sperme constitue une atteinte aux droits de l’enfant. Notre pays – qui a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant qui pose le droit, pour tout enfant, dès sa naissance, à un nom, une nationalité et, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux – se dédit. Notre loi, qui organise par avance et de manière délibérée la conception d’un enfant d’une manière qui fait disparaitre le père et permet seulement à l’enfant de connaitre « l’identité » de son géniteur à sa majorité, n’est assurément pas respectueuse de ce droit.

Conclusion.

Le désir d’enfant est un puissant moteur derrière l’expansion des pratiques d’assistance médicale à la procréation. La pratique du don de sperme n’est pourtant pas sans risque. A chaque fait divers scandaleux, les médias pointent une absence de contrôle du cadre. Mais après des décennies d’expérience, la question se pose : peut-on fixer un cadre qui tient ? Et qui peut contrôler le respect de la réglementation en vigueur ? D’autres questions s’ajoutent. Quelle information faut-il assurer aux enfants nés de cette pratique ? Jusqu’où la sélection des donneurs est-elle acceptable ? L’absence de réponse définitive et satisfaisante à tant de questions jette un doute sérieux sur la pratique même de don du sperme.

 

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