L’urgence de la prévention du suicide, avec Corine Rondel à l’Université de la vie

UDV

L’urgence de la prévention du suicide, avec Corine Rondel

Avec ses 9000 décès et ses plus de 200 000 tentatives par an en France, le suicide est un drame qui frappe des milliers de familles, proches, soignants et avec eux, toute la société. Face au risque suicidaire, Il y a un grand besoin de sensibilisation et de formation de tous et une vraie urgence à cette prise de conscience que tout le monde peut agir, c’est l’enseignement fort et éclairant qu’a délivré Corine Rondel, formatrice Premiers secours en santé mentale et en Prévention du suicide lors de l’Université de la vie 2025, sur le thème « Être humain, et le rester demain », lors de la troisième séquence « Rester solidaire ».

Corine Rondel est infirmière, elle a été cadre de santé dans un établissement public de santé mentale, spécialisée en alcoologie, traumatisme psychique et suicidologie. En 1999, elle a été détachée sur une mission de Santé publique confiée par l’État, en prévention du suicide. Elle a animé sur le territoire nord de la Charente-Maritime un réseau, des formations, de l’accompagnement et du développement de projets sur cette problématique. Depuis, elle est formatrice Premiers secours en santé mentale et Prévention du suicide.

Malgré les campagnes de prévention depuis les années 2000, on constate que le sujet reste encore difficile à aborder.

En matière de suicide, il y a de nombreux tabous, de nombreuses fausses représentations qui perdurent et bien sûr de nombreuses peurs, que Corine Rondel développe. Le sujet reste difficile, comme si en parler portait malheur. De fait, seul l’homme est capable de poser un tel acte sur lui-même, dans un moment de souffrance aigüe. Pour la plupart des personnes qui traverse ces moments, les pensées suicidaires n’arrivent pas d’un seul coup. Elles sont souvent le résultat d’une souffrance graduelle, qui peut être plus ou moins exprimée par la personne : signaux de changements de comportements, d’émotions fragiles, d’une humeur morose qui dure, de propos sombres. Les idées suicidaires, fugaces au début, vont commencer à s’installer, puis prendre toute la place et vont devenir pour la personne qui souffre « la solution possible » pour arrêter cette souffrance. Ces passages sont extrêmement dangereux. A ce moment-là, ce n’est pas leur vie qu’elles veulent arrêter, c’est leur souffrance. Chez les adolescents ou les personnes impulsives la tolérance à cette tension peut être réduite et le passage à l’acte malheureusement très rapide

Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que ce moment est une crise, une acmé de douleur psychologique et que cette crise est temporaire et réversible. Et nous savons que nous pouvons agir avant, si nous repérons les signes avant coureurs, et si nous osons parler, nous mettre à l’écoute. En cas de pensées suicidaires, il faudra protéger celui qui souffre, en mettant en place un filet de sécurité autour de lui, le temps de cette crise.

Pour conclure son intervention, Corine Rondel partage un témoignage poignant. Il illustre l’importance vitale d’être attentifs à ceux qui nous entourent, et d’oser aller leur parler.

« Maryse est professeur d’université. Elle avait suivi une journée de sensibilisation sur ce sujet, ce qui avait changé son regard sur cette douleur. Un jour, dans une de ses promotions d’étudiants, elle a repéré un jeune homme qui semblait aller très mal. Elle s’est autorisée à aller vers lui, à lui parler, à l’aider à exprimer sa souffrance, à poser la question des idées suicidaires. Et finalement elle a pu le mettre en sécurité. Ce jeune homme lui témoignera plus tard que ce jour-là, elle lui avait sauvé la vie ».

Madame Rondel conclut son intervention avec cet appel nécessaire : « Ne banalisons jamais une idée suicidaire. Il n’y a que le silence qui tue »

Pour aller plus loin

Le 3114

Numéro national de prévention du suicide, soutenu par l’État. Ce numéro gratuit et accessible 24h/24 sur tout le territoire existe depuis 2019. Les personnes ou l’entourage peuvent appeler et recevoir de l’aide. Des professionnels experts au téléphone évaluent la crise suicidaire et soit la désamorcent, soit envoient les secours.

Une formation en prévention du suicide

Il existe des formations qui s’adressent aux personnes concernées par le mal-être des autres et à même d’entrer en relation avec eux, ainsi qu’aux professionnels prenant en charge les personnes en souffrance : médecins généralistes ou psychiatres, psychologues, infirmiers, etc. Réactualisée en 2019, elle vise à créer dans les territoires des réseaux de personnes-relais, capables de repérer les personnes à risque et d’agir en lien avec les professionnels de la prise en charge. Trois rôles, donc trois fonctions, à articuler entre elles, ont été identifiées

La sentinelle :

Elle est capable de repérer et d’orienter la personne. (vers un évaluateur ou vers un intervenant de crise ou le samu).

La formation « sentinelle » s’adresse à des citoyens ou des professionnels non cliniciens, tandis que les deux autres formations, qui requièrent une intervention spécialisée, ciblent des professionnels de santé ou des psychologues travaillant de manière régulière en suicidologie.

L’évaluateur :

Qui peut faire une évaluation clinique du potentiel suicidaire de la personne et l’orienter vers le soin ou toute autre solution adaptée à ses besoins.

L’intervenant de crise :

Qui a une fonction d’évaluation clinique du potentiel suicidaire, mais qui a aussi des connaissances spécifiques pour désamorcer une crise suicidaire, éviter un passage à l’acte et orienter la personne vers un accompagnement adapté.

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