Baisse de la natalité : la France face à un défi de société

31/10/2025

Une mission d’information parlementaire explore les causes et conséquences de la baisse de la natalité et lance une consultation citoyenne.

Pour la première fois en 2024, le nombre de décès a rattrapé celui des naissances en France. Face à ce basculement démographique, la Conférence des présidents de l’Assemblée nationale a confié à une mission d’information, présidée par la députée Constance de Pélichy, le soin d’analyser les causes et les conséquences de cette évolution, et de proposer des pistes pour l’avenir. Une consultation citoyenne est également ouverte depuis le 23 octobre 2025.

Plusieurs constats et propositions émergent des 9 premières auditions menées depuis le début du mois de juillet.

Les constats

1. Un phénomène durable et mondial

Les premiers intervenants, issus de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), ont présenté les tendances générales de la démographie en France.

L’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF), proche de 2 enfants par femme au début des années 2000, est tombé à 1,62 en 2024, son plus bas niveau depuis l’après-guerre. En 2024, 663 000 bébés sont nés, soit 21 % de moins qu’en 2010.
Pour la première fois, le nombre de naissances est inférieur à celui des décès, désormais estimés à plus de 700 000 par an.

Cette évolution s’inscrit dans une tendance mondiale, liée à des facteurs économiques, culturels et environnementaux.

« Ce qui est récent, c’est la prise en compte du fait qu’il s’agit d’un phénomène mondial. Nous avons montré que la baisse de la natalité est généralisée en Europe, mais c’est vrai partout dans le monde. Aucun continent, à l’exception de l’Afrique, ne renouvelle ses générations. », a expliqué le chercheur à l’Ined, Milan Bouchet-Valat.

2. Des enfants plus tard et moins nombreux

Les données de l’INSEE confirment un vieillissement des maternités :

  • âge moyen au premier enfant (âge moyen des femmes à l’accouchement de leur premier enfant) : 29,1 ans ;
  • âge moyen à la maternité (âge moyen des femmes à la naissance de leurs enfants, pas uniquement le premier enfant) : 31,1 ans ;
  • âge moyen à la paternité (âge moyen des hommes à la naissance de leurs enfants, pas uniquement le premier enfant) : 34 ans.

Ce décalage a un effet mécanique sur la descendance finale : les femmes nées en 1990 ont, à 35 ans, significativement moins d’enfants que les générations précédentes, et ne rattraperont probablement pas cet écart.

Les chercheurs observent également une homogénéisation du modèle des “deux enfants”. Autrefois, les jeunes adultes déclaraient vouloir « trois enfants ou plus » ; aujourd’hui, la norme se resserre autour de deux, parfois un seul.

3. Des freins économiques, sociaux et psychologiques
  • Difficultés d’accès au logement : le coût de l’immobilier, notamment dans les grandes villes, retarde l’installation des jeunes adultes.
  • Instabilité professionnelle.
  • Poids de la charge mentale.
  • Effets de la maternité sur les carrières des femmes.
  • Inquiétudes liées à l’avenir et au climat.
  • Santé mentale : selon des études de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) et de l’INED, près d’un quart des femmes repoussent leur projet d’enfant par peur de ne pas tenir psychologiquement.
4. Une politique familiale généreuse mais à bout de souffle

La France reste l’un des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui investit le plus dans la politique familiale (plus de 3 % du PIB).
Mais cette générosité budgétaire ne suffit plus à inverser la tendance.

Les experts convergent :

  • les “baby bonus” ou primes à la naissance ont un effet limité dans le temps ;
  • les services de garde et de conciliation travail-famille ont un impact bien plus durable ;
  • la stabilité et la lisibilité des politiques publiques conditionnent la confiance des familles.

« Le désir d’enfant n’est pas réductible à une politique publique ou à une allocation », rappelle Clément Beaune, haut-commissaire à la stratégie et au plan.
« Il suppose avant tout de pouvoir se projeter sereinement dans l’avenir. »

5. Un phénomène global et culturel

Les comparaisons internationales menées par l’OCDE montrent que les facteurs économiques expliquent en partie des variations de fécondité entre pays.
Mais le reste relève de la culture : transformation du rapport à la parentalité, individualisation des choix de vie, montée de l’exigence éducative et écologique.

Stéphane Carcillo, chef de la division Emploi et revenus à l’OCDE a bien précisé que « Les statistiques ne mesurent pas l’évolution des attitudes envers l’épanouissement personnel et la vie familiale. On observe toutefois une acceptation croissante par la société de l’absence d’enfant, une importance accrue accordée à des objectifs de vie autres que la famille et les enfants, et une évolution des normes vers une parentalité plus intensive. Aujourd’hui, les parents sont soumis à une pression importante et à des attentes nombreuses en matière d’éducation. Une norme contraignante quant à leur implication attendue peut décourager certains jeunes ménages d’avoir des enfants. »

Dans une note sur la baisse de la natalité, Alliance VITA évoquait aussi, parmi les facteurs jouant un rôle dans l’évolution de la fécondité, les normes procréatives (l’arrivée d’un enfant est soumise à des critères comme le fait d’être installé dans la vie, avec des diplômes, un emploi stable, un logement et une vie de couple stable) et l’évolution des normes, exigences et injonctions parentales / éducatives qui pèsent sur les potentiels parents.

« Les normes ont changé : on ne mesure plus la réussite d’une vie au nombre d’enfants qu’on a », observe l’économiste Alain Villemeur (Université Paris-Dauphine).

Les chercheurs rappellent qu’aucun pays, pas même ceux ayant déployé d’importantes politiques natalistes (Hongrie, Russie, Corée du Sud), n’a réussi à remonter durablement son taux de fécondité.

Des pistes pour redonner confiance

Les auditions ont dégagé plusieurs pistes d’action :

  1. Faciliter la conciliation vie professionnelle / vie familiale
  2. Rendre le logement accessible aux jeunes ménages
  3. Renforcer la santé mentale périnatale et la valorisation de la parentalité
  4. Stabiliser les politiques publiques
  5. Accepter une double logique: soutenir le désir d’enfant quand il existe, mais aussi adapter les institutions (retraites, santé, éducation, aménagement du territoire) à la transition démographique.

Une consultation citoyenne pour donner la parole aux Français

Depuis le 23 octobre 2025, l’Assemblée nationale a lancé une consultation citoyenne ouverte à tous sur le site assemblee-nationale.fr.
Objectif : recueillir le point de vue des citoyens sur la parentalité, les freins à la natalité et les politiques familiales.

Jusqu’au 4 décembre 2025, chacun peut y déposer son témoignage, partager ses difficultés, formuler des propositions concrètes.
Les contributions alimenteront le rapport final de la mission d’information.

« La natalité n’est pas qu’une question statistique, c’est une question de société. C’est pourquoi nous avons besoin de la parole des Français », rappelle Constance de Pélichy.

La baisse de la natalité ne se résume pas à un indicateur démographique. Elle reflète une transformation profonde de la société : la façon dont elle perçoit l’avenir, le travail, la famille, et la possibilité de transmettre.

Redonner le goût d’accueillir un enfant suppose de revaloriser la famille comme lieu d’espérance et de solidarité, d’offrir des conditions de vie dignes et stables, et de soutenir les parents dans leur mission éducative.
Cela passe par des politiques cohérentes, mais aussi par un changement culturel : reconnaître la valeur inestimable de chaque naissance, non comme un indicateur économique, mais comme une promesse d’avenir.

 

 

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