Euthanasie et suicide assisté en Europe : seuls 7 pays de l’Union européenne les autorisent

28/11/2025

Euthanasie et suicide assisté en Europe : seuls 7 pays de l’Union européenne les autorisent

En Europe, l’euthanasie et le suicide assisté restent des pratiques très minoritaires : seuls 7 pays sur 27 au sein de l’Union européenne les autorisent. Le 23 novembre 2025, les Slovènes ont d’ailleurs rejeté par référendum la légalisation du suicide assisté, confirmant une tendance générale : la grande majorité de l’Europe refuse la mort provoquée.
Alors que le débat français s’intensifie autour de la proposition de loi sur « l’aide à mourir », certains affirment que la France serait « en retard » par rapport à ses voisins. Mais que disent réellement les législations européennes ?

Suicide assisté et euthanasie : définitions essentielles

Avant de comparer les lois européennes, il est indispensable de clarifier les termes souvent utilisés de manière imprécise, parfois volontairement, dans le débat public.

Le suicide assisté

Le suicide assisté est l’acte par lequel une personne provoque elle-même sa mort grâce à un produit ou un dispositif mis à sa disposition à cet effet.

L’euthanasie

L’euthanasie consiste à provoquer intentionnellement la mort d’une personne, soit par un acte direct (injection, administration de substance), soit par une abstention délibérée de soins essentiels (alimentation, hydratation), dans l’intérêt allégué de cette personne.

La sédation : un cadre distinct

La sédation consiste à diminuer ou supprimer la conscience pour soulager une souffrance. La loi française prévoit qu’exceptionnellement, elle puisse être maintenue de manière continue jusqu’au décès de la personne, quand tout autre moyen s’est révélé inopérant pour soulager les souffrances réfractaires d’une personne en toute fin de vie ayant un pronostic vital engagé à court terme.  Le critère de l’intention est essentiel : la sédation profonde et continue jusqu’au décès doit toujours être destinée à soulager, jamais à provoquer la mort. Dans ce cadre précis, la sédation profonde et continue jusqu’au décès illustre la « voie française » sur le sujet de la fin de vie, qui tient une ligne de crête entre refus de l’obstination déraisonnable et refus de la mort provoquée.

Quelle réalité en Europe ? Une cartographie loin des idées reçues

Contrairement à ce qui est souvent affirmé dans les médias, l’Europe n’a pas massivement légalisé l’euthanasie et /ou le suicide assisté. Le paysage européen est composé de situations variées, mais une constante demeure : la légalisation reste marginale.

Trois pays ont légalisé à la fois le suicide assisté et l’euthanasie

  • Les Pays-Bas (2001)
    Premier pays européen à formaliser une loi sur le « contrôle de la vie sur demande et l’aide au suicide ». Depuis, le nombre d’euthanasies a été multiplié par cinq et les chiffres présentés chaque année par les comités régionaux d’examen de l’euthanasie montrent une interprétation toujours plus large des conditions requisespar la loi de 2001.
  • Le Luxembourg (2009)
    Autorisation de l’euthanasie et de l’assistance au suicide pour les malades incurables.
  • L’Espagne (2021)
    Autorisation de l’euthanasie et l’assistance au suicide sous certaines conditions.

Un pays autorisant exclusivement l’euthanasie

La Belgique (2002)
Dépénalisation de l’euthanasie pour les adultes par la loi du 28 mai 2002 et étendue aux mineurs en 2014. La clause de conscience a été restreinte et les établissements ne peuvent plus s’opposer à l’euthanasie dans leurs murs.
En vingt ans, le nombre d’euthanasies a été multiplié par quinze.

Quatre pays autorisent seulement le suicide assisté

  • La Suisse (pays non membre de l’Union européenne)
    L’article 115 du code pénal interdit depuis 1937 l’assistance au suicide pour un motif intéressé, mais tolère de facto l’aide au suicide, médicale ou non, en l’absence de mobile « égoïste ». Ce sont des associations qui en gèrent la logistique et en l’absence de réglementation fédérale déterminent elles-mêmes les critères de santé qu’elles jugent nécessaires, encadrés par les directives médico-éthiquesrédigées par l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM). Certains cantons ont depuis 2012 intégré des dispositions dans leurs politique de santé.
  • L’Autriche (2022)
    Légalisation du suicide assisté fin 2021, suite à une décision de la Cour constitutionnelle autrichienne, qui, en décembre 2020, avait jugé contraire au « principe de libre arbitre » la pénalisation de l’assistance au suicide. Depuis le 1er janvier 2022, les autrichiens de plus de 18 ans atteints de « maladies incurables » ou « graves et permanentes avec des symptômes persistants dont les conséquences affectent durablement la personne concernée tout au long de sa vie » peuvent obtenir une aide afin de mettre fin à leur jour.
  • L’Italie (2019)
    Le suicide assisté est possible depuis un arrêt de la Cour constitutionnelle de 2019 sous quatre conditions : les patients demandeurs doivent être « maintenus en vie par des traitements vitaux et atteints d’une pathologie irréversible, source de souffrances physiques ou psychologiques jugées insupportables, mais pleinement en mesure de prendre des décisions libres et conscientes ».
  • L’Allemagne (2020)
    Le suicide assisté a été autorisé par un arrêt de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe reconnaissant le droit à une « mort autodéterminée ». Le suicide assisté peut être organisé par des médecins ou des associations.

Seuls 8 pays européens au total autorisent une forme de suicide assisté et/ou d’euthanasie dont 7 au sein de l’Union européenne.

Slovénie : un rejet de la légalisation en 2025

Le référendum du 23 novembre 2025 en Slovénie constitue un signal politique important : le vote des citoyens contre la légalisation du suicide assisté vient contredire l’idée d’un mouvement européen inéluctable vers la mort administrée.

Pourquoi la France n’est pas “en retard” par rapport à l’Europe

Le débat politique français est aujourd’hui sous tension. L’examen en première lecture de la proposition de loi sur « l’aide à mourir » est annoncé au Sénat pour le 12 janvier.
Face à l’incertitude du calendrier parlementaire, certains réclament un référendum. L’éditorialiste de France Inter Patrick Cohen affirme même que « la France est l’un des derniers pays d’Europe à prohiber le suicide assisté ».

Pourtant, les données montrent exactement l’inverse : la France se situe dans la majorité européenne, non dans une exception.

 

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