Démographie : la fin de « l’exception française »
Les chiffres de l’INSEE sont tombés et confirment la fin d’une « exception » démographique française. En 2025, il y a eu plus de décès (651 000) que de naissances (645 000) en France. Le dernier pic de naissance date de 2010, avec 833 000 bébés. En 2024 le solde naturel était déjà négatif pour le territoire métropolitain.
La France rejoint un groupe d’une vingtaine de pays en Europe qui sont dans ce solde naturel – calculé comme le nombre de naissances moins le nombre de décès – négatif. Pour 2025, il s’établit donc à -6000. En Europe, en 2014, 16 pays sur 27 affichait un solde naturel positif. En 2024, il en restait 7, dont la France.
Etat des lieux démographiques
« Hiver démographique », « démocalypse » – contraction de « apocalypse démographique »- les qualificatifs sont nombreux pour décrire cette situation. Les comparaisons chiffrées sont éloquentes. L’indice conjoncturel de fécondité (ICF), est tombé à 1.56 en 2025. Il était à 1.62 en 2024.
C’est l’indice le plus bas depuis 1917, selon l’INSEE. Un chiffre de fécondité en temps de paix égal à un chiffre en temps de guerre, où de nombreux hommes sont mobilisés, frappe les esprits. Il est important de noter que cet indice n’est pas une prévision pour les années futures, mais le résultat d’un calcul sur les chiffres des naissances de l’année. Sa trajectoire est fluctuante. On avait déjà atteint un point bas en 1994 à 1.66.
Cet indice était remonté ensuite, reflétant l’âge plus tardif des premières maternités. L’âge moyen au premier enfant est à 29.1 ans en 2023 contre 24 ans en 1974. Un recul de 5 ans en cinquante ans d’histoire.
Alliance VITA a proposé une analyse approfondie de cet indice et son évolution ici. Du fait des réalités biologiques humaines, repousser longtemps le choix d’avoir un enfant ne réduit pas seulement le nombre désiré d’enfants mais également la probabilité d’avoir les enfants souhaités.
Les experts soulignent par exemple que le risque d’infertilité augmente pour les femmes au-dessus de 35 ans.
Les explications de cette baisse de la fécondité sont multiples. Les auditions de la Mission d’information sur les causes et les conséquences de la baisse de la natalité à l’Assemblée nationale ont été l’occasion d’entendre différentes analyses. On peut citer entre autres :
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- Des arguments de type économique : coût du logement accru pour les nouvelles générations, baisse du soutien de la politique familiale,
- Des arguments de type plus sociologique : travail salarié des femmes et difficultés à conjuguer vie professionnelle et vie familiale, nouvelles normes pour l’accueil d’un enfant (situation de couple stable, travail et logement stabilisé également…)
- Des arguments sur la culture de la société : prisme plus individualiste, éco-anxiété… Une étude de l’INED cette année a souligné que les Français veulent moins d’enfants que par le passé : 2.3 contre 2.7 au début des années 2000. Il reste cependant un écart non négligeable entre les souhaits et la réalité actuelle, avec l’indice de fécondité à 1.56. Un autre exemple d’impact de la culture globale de la société est visible en Chine. Après avoir imposé par la force la politique de l’enfant unique, la Chine a changé sa politique. Bien que cette politique ait pris officiellement fin en 2016 et que des règles viennent même encourager un troisième enfant, le taux de natalité poursuit sa baisse. En 2025, il est au plus bas depuis 1949, à 5.63 naissances pour 1000 habitants. En comparaison, le taux de natalité en France en 2025 est de 9.2 selon l’INSEE.
Notre article publié en juillet dernier donne des précisions sur cette question.
Des experts soulignent aussi l’écart entre les prévisions et la réalité. Liée au « Baby-boom » d’après-guerre, cette inversion entre naissance et décès était anticipée, mais à une date plus tardive. L’INSEE avait cité 2035 il y a quelques années. La baisse plus rapide des naissances précipite cette tendance.
Un « hiver démographique » aux multiples impacts
La forte baisse de la fécondité est une tendance lourde mondiale (voir sur ce sujet notre article suite au rapport de l’UNFPA cette année). Les prévisions démographiques, par définition incertaines, ont pu aussi s’appuyer sur une hypothèse contestable, que nous avons analysée en 2022.
Beaucoup de modèles de prévision estiment que l’indice de fécondité se situera à moyen terme autour de 2, chiffre représentant le renouvellement naturel – c’est-à-dire sans immigration – des générations. Cette hypothèse est démentie dans de nombreux pays à faible fécondité depuis des décennies : Corée du Sud, Italie, Allemagne etc.
Les impacts de la baisse marquée de la natalité se font sentir et les effets se poursuivront dans les années, voire les décennies à venir. Déjà, le système scolaire est impacté. On estime à un demi-million d’enfants en moins à l’école primaire, sur les dix dernières années. Regroupement de classes, fermetures d’école en milieu rural se poursuivent.
Des répercussions sont attendues aussi sur le plan économique : baisse de nombre de travailleurs, même si l’allongement des carrières peut atténuer cet effet. L’Unedic, qui gère l’assurance chômage en France a publié un sondage en mai 2025 sur le sujet, notant les inquiétudes de la population active.
L’équilibre de notre système social, qui repose sur le soutien des retraités par les actifs, est impacté également. La question des retraites est régulièrement commentée dans l’actualité. Certains économistes font également un lien entre vieillissement de la population et baisse des innovations.
Au-delà des aspects économiques, c’est le visage de la société qui change. Une accélération du vieillissement a des répercussions dans la vie quotidienne. Une anecdote pour l’illustrer : au Japon, pays où la fécondité est constamment sous le seuil de 2 depuis 1975, des villages ont installé des mannequins grandeur nature pour diminuer le sentiment d’isolement.
Un grand absent des débats : l’accueil de la vie et la prévention de l’avortement
Si le sujet de la « dénatalité » est largement débattu depuis quelques temps, la question de l’accueil de la vie et de la prévention de l’avortement reste un angle mort du débat. Les IVG ont atteint en 2024 un nouveau record absolu depuis que des données publiques sont disponibles : 251 270 avortements.
Ces deux chiffres concomitants – faible natalité et nombre record d’IVG – devraient interroger les décideurs.
Alliance VITA plaide pour une politique globale d’accueil des vies commençantes, en donnant aux femmes et aux couples les moyens et les soutiens nécessaires. L’avenir de la société – et pas seulement l’économie – se dessine avec l’accueil de chaque vie humaine.
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