PMA
27/03/2026

Autoconservation des ovocytes : une consultation qui passe à côté des vraies questions

 

Quelles sont les connaissances et les perceptions de cette pratique désormais autorisée sans aucune raison médicale ? C’est ce que prétend dévoiler une enquête, non encore publiée dans son intégralité, de l’institut Viavoice réalisée à la demande de l’Agence de la Biomédecine (ABM), chargée de l’encadrement et de la promotion de cette pratique sur notre territoire. Ce 16 mars 2026, l’ABM a communiqué les conclusions de ce sondage sur son site.

 

Qui a été consulté ?

L’enquête a été menée en ligne sur une semaine en 2025 sur un échantillon de 1000 femmes âgées de 25 ans à 44 ans. Il s’agissait d’un public féminin de la tranche d’âge directement concernée (celles entre 29 et 37 ans), ou potentiellement concernée à moyen terme (25-29 ans) ou encore légalement en âge d’utiliser leurs gamètes congelés (37 à 44 ans).

 

Que révèle l’enquête ?

3 % des femmes interrogées ont déclaré avoir déjà congelé leurs ovocytes ou être en cours de démarche. Elles ont évoqué deux motivations : celle de se « préserver » une chance supplémentaire de grossesse en cas d’infertilité et celle de vouloir « prendre le temps ». Parmi les « déclencheurs » identifiés dans cette enquête, on relève la prise de conscience de l’altération de la fertilité après un certain âge et l’absence de stabilité conjugale.

Par ailleurs, 35 % des femmes interrogées se sont déclarées comme intéressées par le sujet à titre personnel. Cet intérêt serait plus marqué (41%) chez les plus jeunes (celles âgées de 25 à 34 ans) et chez les femmes homosexuelles.

 

Que savent les femmes interrogées ?

85 % des femmes âgées de 25 à 44 ans déclarent en avoir déjà entendu parler et 57 % indiquent savoir précisément de quoi il s’agit.

 

Qu’ignorent les femmes interrogées ?

La compréhension du dispositif reste partielle, seules 28 % des femmes se sentent suffisamment informées. Plus de la moitié (60%) ignorent par exemple qu’il faut avoir minimum 29 ans pour congeler et qu’elles peuvent les utiliser jusqu’à 44 ans maximum.

Fait notable : parmi celles qui l’ont déjà fait ou sont en cours de procédure, 28 % affirment ne pas avoir été informées, et donc n’avoir pas réfléchi, sur la problématique qui concerne leurs ovocytes qui ne seraient pas « utilisés » par elles-mêmes dans le cadre d’une procréation assistée ultérieure (au cas où trop d’ovocytes auraient été congelés ou au cas où elles n’en auraient pas besoin, du fait de grossesses conçues naturellement avec leurs conjoints, par exemple).

Cela questionne sur l’information donnée et donc sur le consentement préalable à une telle procédure. En effet, faire don de ses gamètes n’est pas anodin, cela ne peut pas être considéré d’emblée comme une suite logique. Donner ses gamètes, c’est potentiellement devenir parent biologique d’un enfant qui pourrait, l’âge de 18 ans, venir toquer à la porte, pour de très bonnes raisons : connaître celui ou celle dont sa vie est issue, comprendre la raison de son don et découvrir l’existence potentielle de demi frères ou sœurs biologiques.

Plus grave, les femmes ne semblent pas suffisamment éclairées sur le fait que cette procédure ne constitue en rien une « assurance maternité ». Près de la moitié (47%) croient qu’une tentative de FIV à partir d’ovocytes congelés aurait des chances élevées d’aboutir. Seules 20% savent qu’en réalité les chances sont faibles. Pourtant, des études montrent le faible taux de succès, taux qui décroit en plus à mesure que les ovocytes sont prélevés tardivement et que les tentatives ont lieu à un âge plus avancé.

L’enquête n’évoque pas non plus la connaissance des femmes sur les risques qu’elles prendraient pour leur santé et leur fertilité future, alors même que cette pratique est lourde : injection d’hormones, prélèvement chirurgical sous anesthésie. Quelle prévention en santé, quelle sobriété en médecine ? Elle n’évoque pas cette donnée majeure révélée par les études menées à l’étranger : deux femmes sur trois ne reviennent jamais « chercher » leurs ovocytes.

Elle n’évoque pas non plus l’information des femmes face à leur perte d’autonomie procréative : par cette technique, elles confient leurs gamètes, porteuses de vie, à des banques de stockage, ce qui les contraint à recourir secondairement à une fécondation in vitro. Savent-elles réellement que repousser volontairement une grossesse à plus tard constitue en réalité une perte de chance ? La baisse de la fertilité liée à l’âge est globale et ne concerne pas que les gamètes. Les grossesses tardives sont aussi plus à risque pour la santé de la mère comme celle de l’enfant.

Alors même que le gouvernement envisage de légaliser cette pratique pour les centres à but lucratif, la manière dont est évoquée cette proposition technique donne des signaux de plus en plus inquiétants : celui d’ouvrir un nouveau marché sur le ventre des femmes, marché qui s’appuie sur l’instrumentalisation des corps, des peurs et des désirs des femmes. Mais surtout, elle constitue une mauvaise réponse à de vraies questions.

 

Pour aller plus loin :

Les enjeux cachés de la congélation des ovocytes

Congeler ses ovocytes ? On n’épargne pas sa vie

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