03/04/2026

Le débat sur l’élargissement du diagnostic préimplantatoire (DPI) refait surface

 

L’annonce de Marine Tondelier dans la presse de sa grossesse qu’elle qualifie de miraculeuse a fait grand bruit. En marge de cette bonne nouvelle, elle confie les souffrances de son parcours, au cours duquel elle a vécu une fausse couche et les échecs en parcours de PMA. Dans son entretien pour le magazine Elle, elle a déclaré :

« Aujourd’hui, on transfère les embryons, sans analyser leur potentiel. Le DPI-A permettrait de vérifier le nombre de chromosomes pour savoir si la grossesse a des chances d’être menée à terme. Ce n’est pas pertinent pour toutes les femmes, mais, pour certaines, dans un cadre bien défini, cela permettra d’éviter une forme d’acharnement à implanter des embryons non viables. Ce qui est très douloureux humainement, mais aussi très coûteux pour la sécurité sociale. Pourquoi est-ce possible en Belgique, en Espagne, mais pas en France ? ».

Sa question a relancé le débat sur l’élargissement du diagnostic préimplantatoire (DPI) en France, dans un contexte d’Etats généraux de la bioéthique qui pourraient aboutir à mettre ce sujet dans la prochaine révision de la loi bioéthique.

 

Diagnostic préimplantatoire, où en est-on, en France ?

En France, le diagnostic préimplantatoire est possible mais très réglementé. Son accès pour des personnes souhaitant devenir parent s’inscrit principalement dans un contexte d’antécédents familiaux, il n’est autorisé qu’à titre exceptionnel et sous certaines conditions. Celle où le couple a une forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d’une maladie génétique d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic. Le diagnostic ne peut être utilisée que pour vérifier la présence ou l’absence de la maladie concernée.

 

Qu’est-ce qui est remis en débat ?

L’élargissement du DPI à des populations plus larges (comme les couples en parcours de PMA pour raisons d’infertilité ou de fausses couches à répétition), mais également la recherche des Aneuploïdies (anomalies du nombre de chromosomes, DPI-A), qui ne sont pas des maladies héréditaires.

 

Qu’est-ce que ça change ?

C’est un point de bascule très important : ouvrir le DPI-A et l’élargissement du DPI sans raison médicale revient à considérer comme légitime le contrôle des embryons « a priori », en l’absence de tout risque identifié.

La sélection par principe des embryons est un sujet grave, qui engage toute la société. Le regard de la société sur la procréation et l’enfantement serait profondément transformé. L’impact à long terme sur les mentalités ne peut être balayé d’un revers de main.

 

Quels impacts possibles ?

  • Sur les parents ? Entretenir le mythe du bébé « zéro défaut » est risqué. Quelle réaction si, malgré la sélection, il arrive quelque chose ? Trier ses embryons conditionne inévitablement une posture et transforme la relation interpersonnelle. Une forme d’égalité devant la naissance est fragilisée.

 

  • Sur les enfants ? Ce n’est pas la même chose, dans la manière dont on se construit, d’avoir bénéficié du « droit de vivre » grâce au fait d’avoir passé le tamis génétique.

 

  • Sur la société ? Une société qui se ferme à la vulnérabilité (caractère inhérent à la vie humaine) perd en humanité. Quel impact, sur les mentalités, face à des politiques sanitaires et économiques qui décident d’associer technique et dépenses d’argent public pour éviter que certaines vies ne voient le jour ? L’acclimatation à un eugénisme technologique et libéral serait aggravée et d’autres formes d’accueil utiles à la vie sociale (soutien aux aidants familiaux, aux enfants ayant un trouble du spectre de l’autisme ou un handicap, inclusion des personnes porteuses de handicap…) risquent de se dessécher.

 

Attention aux fausses promesses !

Il est hasardeux de laisser véhiculer l’idée qu’on pourrait attendre des biotechnologies qu’elles garantissent un bébé zéro défaut. L’efficacité réelle du DPI n’est pas démontrée. Sa capacité à améliorer la réussite en AMP et la réduction des fausses couches est discuté. Le docteur Stéphane Viville, responsable de l’unité de génétique de l’infertilité des hôpitaux universitaires de Strasbourg, explique dans Le Monde : « Sur le papier, le concept est très bon. Il s’agit de tester l’embryon pour voir s’il n’y a pas d’anomalie chromosomique. Mais en réalité, cela n’améliore pas le taux de grossesse ». Les fausses couches, d’ailleurs, ne sont pas toujours liées à des anomalies chromosomiques.

Le DPI n’est pas infaillible. Notamment, à cause du phénomène de mosaïcisme : parmi les cellules prélevées, toutes n’ont pas le même nombre de chromosomes et l’interprétation est donc complexe. Il peut y avoir des faux positifs, et même, des faux négatifs car les cellules peuvent se réparer au stade embryonnaire.

 

Méfions-nous du toboggan eugéniste

L’existence de ces techniques peut générer une anxiété chez les couples, derrière l’idée que seule la technique pourrait permettre d’avoir un enfant en bonne santé. Le risque bien connu, dans le domaine de la procréation assistée, est que l’offre crée la demande. En élargissant le DPI et le DPI-A, il est probable que les couples, qui ne souffrent pas d’infertilité ni de risques de santé particuliers (ce qui malgré tout reste l’immense majorité de la population) soient conduits à demander à en passer par une FIV dans l’objectif de trier aussi leurs embryons.

Le DPI pour tous, et pour tout ? Au risque pour les couples de perdre toute autonomie procréative ? Alors même que les Etats généraux ont mis sur la table les questions de sobriété en médecine et de prévention en santé, ce débat apparait comme déconnecté des besoins et de la réalité.

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