L'inclusion des personnes handicapées est un facteur de progrès social

03/12/2025

L’inclusion des personnes handicapées est un facteur de progrès social

A l’occasion de la journée mondiale des personnes porteuses de handicap, l’ONU souligne que leur inclusion dans la société, est « au centre du progrès social », selon ses propres termes.

Dans son communiqué pour cette année, l’ONU rappelle les nombreuses difficultés auxquelles les personnes atteintes de handicap font face : plus grand risque de pauvreté, accès limité à des emplois, à la protection sociale, préjugés sociaux… La question de leur dignité est centrale : l’inclusion dans la société de ces personnes passe par une participation entière à la vie de la société.

La dignité humaine, un fondement sans exception

Le mot dignité est facilement employé, dans des définitions qui peuvent être contradictoires. Alliance VITA a consacré son Université de la vie en 2021 à réfléchir sur cette notion (la Dignité, mieux la comprendre, mieux la défendre). Le philosophe Martin Steffens y rappelait que « la modernité a fait le pari que la dignité était quelque chose qu’il fallait prendre absolument. Pour le dire autrement, un humain est digne, il n’est pas digne à condition de…». Cette conception, que des spécialistes appellent « ontologique », est un fondement important de tout notre droit. Dans un arrêt célèbre en 1995, le Conseil d’Etat avait interdit une activité de « lancer de nain », soulignant que « l’attraction de « lancer de nain » consistant à faire lancer un nain par des spectateurs conduit à utiliser comme un projectile une personne affectée d’un handicap physique et présentée comme telle ; que, par son objet même, une telle attraction porte atteinte à la dignité de la personne humaine ». A l’époque, la personne atteinte de nanisme se disait consentante et c’est sa dignité qu’elle invoquait également : ce travail lui aurait « redonné sa dignité », car auparavant elle vivait du RMI. L’arrêt du Conseil d’Etat s’appuie sur un point important : dans les droits fondamentaux, ce qui est permis ou non affecte l’ensemble de la société, et pas seulement une personne, qu’elle soit consentante ou pas. Dans ce cas, il s’agissait de la dignité des personnes handicapées qui étaient en jeu.

La dignité, intrinsèque à tout être humain, doit être distinguée du sentiment de dignité. Ce sentiment peut être mis à mal par les épreuves de la vie, le regard sur soi ou le regard des autres. Ce dernier, d’ailleurs, peut influer fortement sur le regard que chacun porte sur soi. Et sur cette question du regard des autres, un sondage Odoxa en 2024 pour une Fondation a mis en lumière que « les préjugés restent élevés et n’ont quasiment pas reculé en 10 ans ». Ainsi, 52% des Français jugent que les travailleurs handicapés sont difficiles à intégrer dans une entreprise, et, plus inquiétant encore, ce pourcentage est en hausse de 8 points en 10 ans selon l’institut de sondage.

Cette question du regard sur les personnes handicapées est revenu également dans le récent arrêt de la Cour de Cassation qu’Alliance VITA a décrypté : « En exigeant d’un médecin qu’il indemnise (indirectement) des frères et sœurs pour n’avoir pas rendu possible l’élimination anténatale – par leurs parents – d’un petit frère handicapé, les magistrats n’ont fait que donner sa pleine mesure à la logique eugéniste ».

Fondamentalement, si naître avec un handicap constitue un préjudice pour la famille, et plus largement pour la société, le mot inclusion devient ambigu, voire trompeur.

La dignité sans exception, une assurance contre le risque d’exclusion

Cette exigence de l’inclusion vaut aussi à l’autre bout de la vie. Alors que les débats législatifs sur la fin de vie pourraient reprendre début 2026, les partisans de l’euthanasie poursuivent leur revendication au nom d’une conception subjective de « mourir dans la dignité ». Dans une récente publication de la Fondation Fondapol, deux médecins interrogent les préjugés qui pèsent lourd sur les personnes handicapées comme sur les personnes âgées.  « De nombreuses voix associent handicap et vieillissement à indignité. Ce discours implique une dévalorisation de cet état. Il exprime même une forme de dédain mortifère ». Les auteurs regrettent qu’une « méconnaissance générale des principaux repères éthiques et médicaux contribue à la diffusion à bas bruit d’une musique qui sous‑entend que toute diminution physique implique que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue ». Ces repères éthiques sont nécessaires pour que l’accueil et l’inclusion ne soient pas des mots creux. Eric Fiat, auteur d’un « Petit traité de la dignité » le soulignait déjà dans un entretien publié sur le site de la Société Française d’Accompagnement et de soins Palliatifs (SFAP) en 2021 : « Si, en grammaire, l’exception confirme la règle, ce n’est pas vrai en matière de morale : prévoir des exceptions à des interdits fondamentaux, c’est courir le risque d’oublier l’ampleur de la transgression en jeu ».

Cette inquiétude devant les propositions de légalisation du suicide assisté est portée aussi par le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU (voir notre article ici).

Soutenir l’accueil des personnes handicapées

L’accueil des personnes atteintes par un handicap est à la fois une exigence éthique et un facteur de progrès. Le message de l’ONU pour cette journée mondiale est précieux. Contre la réduction du handicap à une charge, un poids à supporter, la parole de personnes porteuses d’un handicap et de leurs proches témoignent directement de leur dignité inaliénable. Elise Rojas, Louis Bouffard, Cyrille Jeanteur, engagés contre l’euthanasie et le suicide assisté sont des exemples récents. Dans le monde du travail, parmi d’autres initiatives, on peut citer l’association « Action Philippe Streit ». Inspirée par une personne handicapée, cette association locale travaille à l’inclusion des personnes en situation de handicap dans le monde du travail.

Le mot « handicap » vient du terme anglais « hand in cap » (la main dans le chapeau), en référence à un jeu pratiqué au XVIème siècle en Grande-Bretagne. Ce jeu consistait à échanger des biens à l’aveugle pour assurer l’égalité des chances entre les joueurs.

Le principe d’égalité implique de donner la chance de vivre, et de vivre avec le soutien de la société. Sans nier les difficultés et les souffrances liées au handicap, il est bon de rappeler aujourd’hui que l’attention et la solidarité envers les plus fragiles est un marqueur de progrès et d’humanité d’une société.

 

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