Hommage à Jacques Ricot, le penseur de la fin de vie
Chercheur associé à l’université de Nantes et membre de la Société française de soins palliatifs, Jacques Ricot avait humblement repris ses études à l’âge de la retraite, en bouclant une magistrale thèse de doctorat : « Penser la fin de vie ». Il avait aussi publié des solides tribunes et de précieux ouvrages permettant de décortiquer les mots clés du débat : la dignité, la compassion, le suicide etc.
Il dénonçait en toute logique le « hold up sémantique » opéré par les partisans de l’euthanasie sur le mot dignité : « C’est le propre du philosophe que de mettre de l’ordre dans les concepts. » Même travail à propos de la liberté. Comme Axel Khan il récusait avec force la caractérisation du suicide comme liberté : « On ne peut pas parler de liberté du suicide, parce que celui qui passe à l’acte n’aperçoit pas d’autre horizon, ni d’autre solution ».
Sans se départir de sa douceur, il savait alerter avec force contre les messages subliminaux véhiculés par certaines institutions : « Le fait que les mutuelles, dont la fonction est de protéger les personnes les plus vulnérables, soutiennent l’euthanasie instille le doute ». En filigrane, il voyait poindre en soubassements de l’offensive de l’euthanasie l’influence délétère, quoiqu’à ses yeux « inconsciente », des enjeux démographiques et économiques.
Récusant tout complotisme, il citait alors Marx : « Les hommes font leur propre histoire mais ils ne savent pas qu’ils la font. » Dans l’un de ses derniers livres « Faut-il sauver l’homme ou le chien ? », il s’opposait à la dissolution des frontières entre l’homme et l’animal.
L’euthanasie, soulignait-il est absente du code pénal mais présente dans le code rural, à sa place. Il ne faut pas s’étonner qu’un enseignant, fervent adepte de l’écoute se soit mué, à sa retraite, en homme de radio. Il recevait ses invités pour le compte de Radio Fidélité. Après les avoir lus ou entendus, crayon en main, il les interrogeait avec finesse pour mieux s’effacer devant leur parole. Homme de foi, Jacques Ricot laisse de nombreux écrits passionnés et passionnants, aussi intemporels que son exemple.
Université de la vie 2022 : Quelle liberté de « choisir sa mort » ? – Jacques Ricot
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