Sondage Fin de vie : priorité aux soins, pas à l’euthanasie
Priorité aux soins et à l’accompagnement, pas à l’euthanasie ou au suicide assisté. C’est l’enseignement clair du dernier sondage que le CNSPFV (Centre National des Soins Palliatifs et de la Fin de vie) a rendu public récemment.
Le CNSPFV est un organisme dépendant du ministère de la Santé, chargé d’une meilleure connaissance en France des sujets de fin de vie et des soins palliatifs. En 2022, alors que les débats sur la fin de vie étaient relancés, il avait publié un sondage sur la compréhension des situations de fin de vie et les attentes des Français. Ce sondage est mis à jour dans cette édition 2025. Cette enquête menée par l’Institut BVA s’est faite sur un échantillon de 1000 personnes, effectuée en mars et avril cette année. Elle cherche à décrypter :
- Les représentations des Français sur la fin de vie
- Leurs attentes
- La connaissance de leurs droits
Que veut dire « fin de vie » pour les Français ?
Interrogés sur « quelle période s’étend la fin de vie pour vous », les réponses des sondés sont assez dispersées. Pour 26%, il s’agit des derniers mois, ils étaient 20% en 2022. 22% optent pour « les dernières heures de vie », un chiffre également en hausse. En 2022, ils étaient 15% à choisir cette formulation. Dire que la fin de vie concerne « les dernières années de vie » recueille 15% des suffrages, contre 30% en 2022, une baisse vraiment significative.
Au total, entre « derniers mois », « dernières semaines », « derniers jours », et « dernières heures », la fin de vie est une échéance rapprochée pour 74% des Français, contre 62% en 2022. Ce changement peut être vu comme positif. Assigner à la fin de vie des années entières est un glissement sémantique dommageable pour le regard porté sur les personnes âgées ou gravement malades.
Ces réponses se recoupent difficilement avec une autre question : « Pour vous à quel moment commence la fin de vie ? ». Il s’agit d’une nouvelle question comparée à 2022. Au lieu de critères relativement objectifs, la question glisse vers celle des ressentis personnels, sur des situations aux contours souvent peu définis : « Perte de votre autonomie », « diagnostic d’une maladie grave et incurable », « aggravation importante d’une maladie grave et incurable ».
Ces réponses possibles sont vagues et anxiogènes. Les médecins savent dire que des personnes atteintes de cancer grave peuvent vivre plusieurs années. Quant à la perte de l’autonomie, que désigne-t-elle : l’impossibilité de maintenir toutes ses activités, le fait de ne plus marcher, ou des déclins cognitifs ? La référence à des notions aussi imprécises et teintées de peurs entretient le discours validiste à connotation eugéniste dénoncé par le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU cet été.
Une autre nouvelle question se penche sur la définition des soins palliatifs. Après plusieurs années de débats, une Convention citoyenne, une belle campagne d’affichage de la Société Française d’Accompagnement et de soins Palliatifs (SFAP) sur le sujet, 59% savent répondre « Une approche globale pour soulager les douleurs physiques et psychologiques de la personne malade et de ses proches », contre 28% qui les associent à « Des soins accessibles uniquement en fin de vie », et 18% à « Des soins accessibles uniquement à l’hôpital ».
Les attentes des Français pour leur fin de vie.
Le temps de la fin reste difficile à envisager. 40% des Français disent qu’ils n’ont pas personnellement réfléchi à leurs souhaits pour la fin de vie, une proportion en baisse comparée à 2022 (45%). Les interlocuteurs préférés pour aborder ce sujet restent les proches, puis les professionnels de santé. Ce sujet reste délicat, et les Français n’ont pas envie d’en parler en avance d’un problème de santé. Seuls 13% disent qu’ils souhaiteraient en parler avant d’y être confrontés (par exemple lors d’une visite médicale de routine). Ils étaient 18% en 2022.
A la question « Quels sont les éléments qui comptent le plus pour vous dans le cadre de votre fin de vie ? En premier ? Et ensuite », les préférences sont claires. Sont citées en premier : le soulagement de la souffrance physique à 28%, le fait d’être entouré par des proches qui comptent pour vous à 21%, 14% le fait d’être assuré du respect de vos volontés et de vos droits. La « possibilité de choisir le moment de votre décès » recueille 12% comme premier choix.
Quand on additionne les choix multiples, ce choix de l’euthanasie est en cinquième place, après les trois demandes citées plus haut, et « la prise en compte des besoins des proches ». On est loin d’une demande sociale d’euthanasie, tant martelée par ses partisans dans les médias et pendant les débats au Parlement. Il est bon de le redire : il n’y a ni grande demande, ni urgence à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté quand la demande prioritaire porte sur les soins et le soulagement de la souffrance.
La connaissance des droits en fin de vie.
Les autres questions de l’enquête portent sur les directives anticipées et la connaissance des dispositifs législatifs autour de la fin de vie. 46% des Français s’estiment mal informés. 59% ne savent pas ce que sont les Directives Anticipées, et 27% les connaissent mais ne savent pas précisément ce que c’est.
Même parmi ceux qui connaissent plus ou moins le dispositif, une forte majorité (81%) n’a pas envie de les rédiger. La sédation profonde et continue est connue, précisément ou pas, par 54% des répondants. La synthèse apportée par l’Institut de sondage parle de « connaissance assez lacunaire des dispositifs de la fin de vie ».
Le dernier volet de l’enquête porte sur les « attentes ». Les opinions sont partagées. 41% des sondés pensent que les lois actuelles concernant la fin de vie garantissent le respect de leurs volontés et préférences pour leur fin de vie, contre 44% non, et 15% qui ne savent pas. En 2022, ils étaient 46% à dire oui, 48% à dire non, et 6% à ne pas savoir.
Ainsi, après 3 ans de débats, c’est la part des incertains qui a monté. On est loin, là aussi, d’une vague de soutien à l’euthanasie. Enfin, pour les sondés qui ont été confrontés à une situation de fin de vie dans l’année écoulée (30% des sondés), ils sont deux tiers qui considèrent que l’accompagnement a été bon.
Compte tenu des carences en soins et notamment palliatifs sur le territoire, on peut en déduire qu’une véritable politique de soins adaptés et de soulagement de la souffrance est la réponse adéquate pour les personnes en fin de vie et leurs proches.
Besoins de soins, d’information, d’accompagnement. Ce sondage récuse toute demande sociétale de légalisation de la mort administrée.
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