Production in vitro de spermatozoïdes humains ?

Kallistem, une société lyonnaise qui travaille sur la biologie de la reproduction, a annoncé, ce mardi 5 mai, la création in vitro de spermatozoïdes humains, à partir de prélèvements testiculaires de patients ne contenant que des cellules germinales immatures (spermatogonies).

D’après Kallistem, la technique repose sur deux technologies innovantes brevetées qui permettent de prolonger la spermatogenèse, c’est-à-dire la maturation de ces cellules en spermatozoïdes fonctionnels. Cette technique pourrait ensuite permettre de réaliser des fécondations in-vitro par la méthode de l’ICSI : l’injection intra cytoplasmique du spermatozoïde dans l’ovule ; et de contourner ainsi certaines formes d’infertilités masculines. Elle permet d’envisager aussi la cryo-conservation de biopsies testiculaires pour préserver la fertilité d’adultes ou de jeunes garçons pré-pubères soumis à un traitement gonadotoxique, comme les chimiothérapies.

Cette information présentée par le laboratoire comme une première mondiale n’a cependant pas fait l’objet de publications scientifiques. La société à ce stade ne peut donc démontrer l’absence de risques pour les embryons et enfants à naître ainsi fécondés. Comme l’écrit Jean-Yves Nau[i], il pourrait à nouveau s’agir ici non pas d’un essai clinique « sur l’homme » mais bien d’un « essai d’hommes ».

Selon les estimations de la start-up lyonnaise, le traitement de l’infertilité masculine pourrait représenter un marché supérieur à 2,3 milliards d’euros avec plus de 50 000 nouveaux patients par an.

Ce type de pratique pose plusieurs questions, notamment celle des profits annoncés qui risquent de ralentir une véritable recherche visant à prévenir l’infertilité masculine.

Il convient de s’interroger sur les causes de l’explosion de l’infertilité masculine dans nos pays et sur la quasi absence de politique de prévention.

Selon l’Inserm, une baisse de la concentration spermatique a été rapportée en Amérique du Nord et en Europe. En France, les études menées à partir des données des Centres d’études et de conservation des œufs et du sperme (Cecos) indiquent dans certaines régions, une baisse significative de la concentration spermatique et une baisse de la mobilité des spermatozoïdes morphologiquement normaux. Les scientifiques attribuent la croissance de l’infertilité à des facteurs environnementaux (pesticides et pollution) ou aux modes de vie (tabagisme, sédentarité, etc.).

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[i] Docteur en médecine, chroniqueur médical et scientifique sur le site Slate.fr et sur son blog.

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