Suicide Assisté

Deux informations récentes sont venues illustrer les dérives du suicide assisté en Suisse, confirmant les pressions croissantes pour sortir du cadre légal au nom de l’autonomie individuelle, même en l’absence de maladie grave ou terminale.

Tout d’abord, l’Office Fédéral des Statistiques a annoncé que 742 cas de suicides assistés avaient eu lieu en 2014. Le nombre de décès pour cette cause a été multiplié par 2,5 par rapport à 2009, et représente désormais 1,2% de l’ensemble des décès dans ce pays.

D’autre part, début octobre, deux frères ont saisi le tribunal civil de Genève en urgence contre l’association Exit, l’une des deux principales associations organisant ces suicides (l’autre étant Dignitas). Cette démarche visait à stopper le suicide assisté demandé par un troisième frère de 83 ans : d’après les deux frères, ce dernier ne souffre d’aucune pathologie grave, et son souhait serait le fait d’une dépression passagère. L’homme qui souhaite mourir évoquait par contre « les handicaps » dus à son âge et la tristesse d’avoir perdu « une femme merveilleuse ».

Le suicide assisté, qui était programmé le 18 octobre, a donc été suspendu par le tribunal. Une audience a eu lieu le 24 octobre, et la famille est en attente de la décision des juges.

Ce conflit familial grave met en lumière ce que les deux frères appellent « l’idéologie Exit » : « La population doit savoir qu’il existe des cas comme celui-ci ». Ils ajoutent qu’ils préfèrent « être en conflit avec un frère vivant plutôt qu’en harmonie avec un frère mort ».

C’est la première affaire qui est portée devant la justice depuis que l’association Exit a décidé, en avril 2014, d’élargir ses conditions et de prendre en charge les personnes souffrant de multiples maladies handicapantes souvent liées à l’âge. Pour l’avocat des deux frères, les normes d’éthique de l’Académie suisse des sciences médicales ne sont plus respectées : « Les critères sont très stricts. Il faut que la fin de vie soit proche et que tous les traitements aient échoué. »

Exit estime au contraire que ces normes « n’ont pas force de droit ». D’après son avocat, « le droit à mourir de cette personne est bien plus fort que le droit à l’affection de ses deux frères. La mort est une affaire personnelle, autant que ce soit fait dignement ».

Bertrand Kiefer, rédacteur en chef de la Revue médicale suisse, analyse l’affaire ainsi : « Lorsqu’un désir de suicide est exprimé, il devrait se créer une tension entre, d’une part, l’obligation d’assistance et, d’autre part, le respect de l’autodétermination. (…) Ces affaires sont toujours complexes. Annoncer son désir de suicide peut être un message ambivalent. L’entourage est en droit de se demander si elle ne signifie pas un appel à l’aide. (…) L’entourage vit le suicide assisté comme un traumatisme, il en est aussi victime. »