Anonymat

Le parlement allemand vient d’adopter un texte qui crée un registre central des donneurs de sperme et des femmes receveuses. Dès 2018, chaque jeune de plus de 16 ans conçu par insémination artificielle avec donneur pourra avoir accès au fichier de ses origines. Ces données devront être conservées pendant 110 ans.

Environ 1200 enfants naissent chaque année en Allemagne de fécondations in vitro avec don de gamètes, et seulement environ 20% des parents racontent à leurs enfants leur origine.

Mais le fait de raconter ses origines à un jeune qui a été conçu par procréation médicalement assistée avec don de sperme n’est pas toujours chose aisée : les pères diagnostiqués stériles peuvent avoir du mal à révéler ce côté intime de leur vie à leur enfant, ou bien « beaucoup de pères « sociaux » ont peur de raconter la vérité de peur d’être rejetés par leur enfant » confie Anne, une jeune fille à la tête de l’association « Spende Kinder » qui rassemble une centaine de jeunes allemands nés d’un don. Une autre jeune fille, Nina, oeuvrant aussi pour cette association, a eu la chance de retrouver et de rencontrer le donneur, ce qui a enclenché en elle « un sentiment de libération, comme si je sortais d’une prison ».

Le don de gamète pose de multiples questions éthiques. La découverte récente par deux jeunes amis britanniques qu’ils étaient issus du même donneur a marqué les esprits.

L’association PMA (Procréation médicalement anonyme), créée en France à l’initiative d’enfants nés de dons, dénonce depuis sa fondation les abus du système de l’anonymat ; elle a salué la décision de l’Allemagne, en déplorant le retard de la France sur ce terrain. En effet, en France l’anonymat du don est inscrit dans la loi et les demandes d’enfants devenus majeurs désireux de connaître leurs origines sont régulièrement rejetées. Ainsi, en novembre 2015, Audrey Kermalvezen avait été déboutée de sa demande d’informations sur son père biologique devant le Conseil d’état.

Le témoignage de son mari dans son ouvrage paru en 2008,  « Né de spermatozoïde inconnu », lui-même étant né d’un don, avait levé le voile sur les difficultés et injustices que peuvent ressentir certains enfants.

Alors que l’Agence de biomédecine multiplie les campagnes de dons de gamètes anonymes comme si ce mode de procréation était anodin, les évolutions actuelles montrent que l’anonymat du don est source d’injustice pour certains enfants.  L’émergence d’associations d’aide en recherche de paternité biologique et le recours grandissant de la médecine actuelle à la connaissance des antécédents familiaux rendent l’anonymat difficilement tenable à terme. La levée de l’anonymat ne peut néanmoins résoudre entièrement le malaise originel ressenti.

Alliance VITA plaide pour que la recherche sur l’infertilité s’intensifie, spécialement concernant la prévention de l’infertilité masculine et pour que les femmes soient mieux informées sur leur fertilité qui baisse avec les années, l’âge maternel étant la cause principale des demandes d’ovocyte.

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Voir aussi la vidéo « Ethique et don de gamètes »

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