Les suicides en France : mieux les connaître pour mieux les prévenir

À l’occasion de la journée nationale de la prévention du suicide, le 5 février 2019, l’agence sanitaire Santé publique France a publié plusieurs articles très documentés sur les suicides et les tentatives de suicide en France ces dernières années.

La France présente un taux de suicide élevé.

En 2015, il y a eu 8.948 décès par suicide en France métropolitaine, selon les données du Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc-Inserm).
Ce nombre est en baisse par rapport au début des années 2000  1, même si on estime généralement qu’il est sous-évalué d’environ 10%.
La moyenne nationale des morts par suicide est de 15,8 pour 100.000 habitants. Ce chiffre recouvre de fortes disparités, notamment selon les régions. Quatre régions du quart nord-ouest sont largement au-dessus, sans qu’il soit aisé d’en déterminer précisément les causes : la Bretagne (24,7), les Pays-de-la-Loire (21,3), les Hauts-de-France (20,7) et la Normandie (19,5). A l’inverse, l’Ile-de-France a le taux le plus bas (7,6 soit moitié moins que la moyenne nationale).
Une étude des certificats de décès entre 2000 et 2014 montre par ailleurs que les suicides représentent 1,9% du total des décès et touchent en majorité les hommes (74%). 40% des suicides étaient associés à la présence de troubles mentaux. Il s’agissait en grande majorité de troubles dépressifs (38% chez les femmes et 28% chez les hommes). Ceux-ci étaient 41 fois plus fréquemment associés aux suicides qu’aux autres décès.
D’autres études antérieures ont par ailleurs montré des disparités importantes selon l’âge, la profession, l’environnement familial, etc.

L’analyse des tentatives de suicide

En 2017, le Baromètre de Santé publique France a interrogé 25 319 personnes de 18 à 75 ans sur les pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois, ainsi que les tentatives de suicide au cours de la vie et des 12 derniers mois.
Les principaux résultats sont les suivants :

  • 7,2% des personnes interrogées avaient tenté de se suicider au cours de leur vie.
  • 4,7% ont déclaré avoir pensé à se suicider au cours des 12 derniers mois. Le facteur le plus associé aux pensées suicidaires est d’avoir vécu un épisode dépressif caractérisé au cours de l’année.
  • Le fait d’être une femme, les situations financières difficiles, le fait d’être célibataire, divorcé ou veuf, l’inactivité professionnelle ainsi que les évènements traumatisants (problèmes intrafamiliaux, violences sexuelles…) sont les facteurs les plus associés aux comportements suicidaires.
  • La plus grande partie des adultes qui ont déjà tenté de se suicider l’ont fait entre 15 et 19 ans chez les femmes, 30% ont eu lieu à cet âge (19,5% chez les hommes).
  • Il y a plus de tentatives de suicide chez les femmes (9,9% d’entre elles disent être passées à l’acte) que chez les hommes (4,4%). Pourtant, il y a plus d’hommes que de femmes qui meurent après un suicide, ceux-ci utilisant des moyens plus létaux (armes à feu, pendaison).

 

L’urgence de mieux prévenir les suicides

Dans l’éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire qui publie les études évoquées, Pierre Thomas, professeur de psychiatrie à Lille, insiste sur le drame national que représentent les morts par suicide : « Chaque suicide est une catastrophe, à l’origine de beaucoup de douleur et de traumatismes chez les proches, et il peut être l’un des évènements les plus pénibles auxquels sont confrontés les professionnels de santé. On considère qu’un suicide endeuille en moyenne sept proches et impacte plus de 20 personnes. Or, il est démontré que le risque de suicide augmente significativement dans l’entourage d’une personne suicidée (famille, camarades de classe, collègues de travail, etc.) ».
Les auteurs du baromètre de 2017 concluent, quant à eux, en insistant sur la priorité de poursuivre une politique ciblée de prévention : « Nos résultats confirment l’intérêt d’engager une politique de prévention du suicide ciblée sur les personnes à haut risque et d’intervenir en amont de la crise suicidaire, dans une logique de repérage et de prise en charge précoce des situations de souffrance psychique. Ils plaident également pour une prise en charge multidisciplinaire et intersectorielle (sanitaire, sociale, médicosociale), en particulier à destination des populations vulnérables. »
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1
Selon le 3ème rapport de l’Observatoire national du suicide, publié en février 2018, 8 885 décès par suicide ont été officiellement enregistrés en France métropolitaine en 2014, soit un par heure en moyenne ; un chiffre en diminution de près d’un quart (– 26 %) par rapport à 2003.

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