Vivre avec la bipolarité – Florian Dosne, grand témoin de l’Université de la vie
Florian Dosne est atteint comme 12 millions de français par une maladie psychiatrique. Celle avec laquelle il doit vivre s’appelle la bipolarité, comme il en témoigne personnellement dans cet entretien de l’Université de la vie 2025, sur le thème « Être humain, et le rester demain », lors de la deuxième séquence « Être vulnérable ».
« Lors de mes crises dépressives incessantes, si on m’avait dit : “Tu as l’occasion de mourir par euthanasie, en douceur, sans souffrir”, j’aurais dit oui. Et aujourd’hui je suis vivant, je suis marié, j’attends un enfant, j’ai des amis qui sont revenus, j’ai une famille aimante, et je dis que ce n’est pas possible de laisser faire ça. »
Vivre avec la bipolarité
Florian Dosne est stabilisé depuis 5 ans. Mais à travers son histoire, nous comprenons que l’errance diagnostique peut parfois être longue pour ce type de maladie. Et à quel point la maladie mentale fait peur. Après le déni vient la colère : « Pourquoi moi ? Pourquoi je tombe malade ? Pourquoi je perds des amis ? Pourquoi mon discours est incohérent, pourquoi les dépressions sont foudroyantes ? ». Avec le recul, il a constaté qu’« il s’agit d’une étape normale et nécessaire. Puis quand le diagnostic se dessine, on peut passer au soin. S’il est essentiel d’être suivi par un psychiatre et de prendre un traitement, cela ne suffit pas. Être accompagné psychologiquement par un thérapeute et maintenir un rythme de vie équilibré, c’est ce qui permet de ne pas se définir uniquement par sa maladie mais de se tourner vers la vie ».
Mobilisé contre l’aide à mourir
Auteur de Ma vie aux deux extrêmes (Mame, 2022), Florian s’est fortement mobilisé contre la loi, adoptée en première lecture, qui ouvre la voie au « droit à l’aide à mourir ».
Pour lui, concerné par une maladie incurable, « ce projet de loi n’est pas une avancée. C’est un abandon organisé. Ce texte fait violence à ceux qui luttent pour vivre. Il affaiblit la société dans son devoir le plus noble : accompagner les plus fragiles jusqu’au bout. Il ne garantit ni collégialité réelle, ni discernement objectif, ni délai protecteur. (..) Ce projet, au nom de la liberté individuelle, organise un abandon collectif. Beaucoup demanderont à mourir pour ne plus être un poids. Et personne n’aura le droit de leur en empêcher. On sacrifie la solidarité sur l’autel du désespoir ».
Prévenir le suicide
Alors qu’environ 20% des personnes atteintes de bipolarité présentent le risque de se suicider au cours de leur vie, il y a urgence à sortir les maladies mentales du tabou qui les entoure. Parce qu’il a traversé des moments très difficiles, Florian sait que « derrière toute demande de mort, il y a une détresse qui dépasse ce que la personne peut contenir psychiquement ».
Pour lui, « une société sans vulnérabilité serait une société de forts ; et ça serait une société morte, parce que la vulnérabilité crée du lien entre les gens et est un élément qui peut donner l’impulsion de la charité. »
« L’appel des psys »
Son appel personnel fait écho à celui du monde de la psychiatrie. Les professionnels de ce secteur sont en effet de plus en plus nombreux à redouter la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté envisagée par cette loi, qui doit arriver en première lecture au Sénat dans les prochains mois.
Tous ces professionnels de la santé mentale ont conscience du risque induit par la valorisation du suicide sur la population, notamment des plus souffrants, fragiles, isolés. Un effet de contagion, nommé effet Werther, a été décrit.
Ils ont lancé un appel pressant :
« Nous, psychologues, psychiatres et psychothérapeutes, refusons de devenir les témoins impuissants d’un système qui renonce à soigner, à accompagner ; qui abandonne en somme. Chaque jour, nous luttons pour redonner espoir à ceux que le désespoir submerge. Et nous savons que la souffrance psychique n’épargne personne ; surtout pas les personnes fragilisées par l’âge, l’isolement ou la maladie. Valider la mort comme réponse à cette souffrance psychique, c’est trahir nos patients. C’est inciter au suicide, c’est piétiner nos efforts, nos engagements, nos valeurs. Nous disons non. Sans compromis ».
Redonner espoir
Florian témoigne pour aider ceux qui traversent la maladie bipolaire et qui, peut-être, n’ont pas le soutien suffisant :
« Je suis un survivant. Et je témoigne. Le soleil s’est levé un jour sur ma nuit. Ma vie, traversée par les extrêmes, est devenue limpide. Je veux que d’autres puissent, eux aussi, retrouver l’espérance ».
Pour aller plus loin
Décryptage PPL « aide à mourir » : entre aggravation et atténuations cosmétiques – 28 mai 2025
Euthanasie et suicide assisté : inquiétudes en psychiatrie – 6 mai 2025
L’effet Werther ou la contagion suicidaire – 23 septembre 2022
Bipolarité France
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