Plan Grand Âge : un nouveau report préoccupant
Très attendue par les professionnels du secteur, la présentation du Plan Grand Âge par le Gouvernement, qui devait avoir lieu le 12 février, a finalement été reportée sine die du fait de la démission de la ministre en charge de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Charlotte Parmentier-Lecocq. Ce nouveau report pose question alors qu’un nouveau rapport de la Drees estime à 365 000 le nombre de places en Ehpad supplémentaires nécessaires en 2050.
Initialement annoncé pour l’automne 2025, puis déjà reporté au début de l’année 2026, le Plan Gran Âge devait être présenté le 12 février par le gouvernement. Ce Plan Grand Âge doit apporter des réponses aux défis posés par le vieillissement de la population et l’augmentation du nombre de personnes en perte d’autonomie, en construisant avec les acteurs du secteur « une politique du grand âge lisible et ambitieuse ». Quelques orientations du plan sont connues : transformer les Ehpad, développer l’habitat intermédiaire et soutenir les services à domicile, notamment.
Cependant, la démission de la Ministre en vue des prochaines élections municipales a eu raison de ce plan, dont la présentation est reportée sine die. Cela représente une nouvelle déception pour les acteurs du secteur, en attente d’une loi grand âge depuis 2019 et la remise du rapport « Grand âge et autonomie ».
En outre, ce report intervient alors même qu’un rapport de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) apporte de nouvelles projections sur les besoins d’emplois et de places supplémentaires en Ehpad pour les personnes âgées d’ici 2050.
2,8 millions de personnes âgées en perte d’autonomie en 2050
Les projections sur le nombre de personnes âgées en perte d’autonomie en 2050 sont légèrement revues à la baisse, avec 2,8 millions de personnes, soit 738 000 personnes supplémentaires entre 2021 et 2050.
365 000 places supplémentaires en Ehpad nécessaires
En revanche, les projections sur le nombre de personnes admises en Ehpad sont revues à la hausse. En 2021, les Ehpad hébergaient 608 000 seniors, soit 30 % des seniors avec un besoin d’aide à l’autonomie. En gardant la même proportion de personnes âgées vivant en Ehpad, le rapport estime qu’il faudrait, en 2050, 365 000 places supplémentaires en Ehpad, soit une augmentation de 56 %. Or, entre 2019 et 2023, le nombre de places a plutôt diminué.
Dans l’hypothèse où de nouvelles places en Ehpad ne seraient pas créées, et où les Ehpad se concentreraient sur l’accueil des personnes ayant un besoin d’aide important, le rapport estime à 2,1 millions le nombre de personnes âgées avec un besoin d’aide à l’autonomie vivant à domicile, soit 698 000 de plus qu’en 2021. Dans cette hypothèse, le nombre de bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) à domicile augmenterait de 65 %.
Entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires nécessaires en 2050
En fonction de l’hypothèse retenue, le rapport estime entre 150 000 et 200 000 le nombre d’emplois supplémentaires qui seront nécessaires pour répondre au besoin d’aide des personnes en perte d’autonomie. Sans création de places en Ehpad, 156 000 emplois supplémentaires seraient nécessaires pour prodiguer les soins nécessaires aux personnes dépendantes vivant en Ehpad ou à domicile. Dans l’hypothèse où l’on créerait de nouvelles places en Ehpad, c’est 202 000 professionnels qui seraient nécessaires.
Les besoins en personnel seraient donc moins importants avec une politique de fort soutien au maintien à domicile. Toutefois, le rapport reconnaît quelques incertitudes dans ces écarts de projection. Il est possible que les besoins de professionnels pour les personnes maintenues à domicile soient plus importants, notamment si le nombre de personnes âgées isolées augmente du fait de l’augmentation des divorces ou de la baisse du nombre d’enfants. Un rapport de l’IGAS de mars 2024 avait déjà pointé le risque de diminution du nombre de proches aidants potentiels.
Ces besoins en recrutement posent un énorme défi, alors que le secteur connaît actuellement d’importantes difficultés de recrutement. Une enquête publiée en septembre 2025 par la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (FNADEPA) menée auprès de 1 600 directeurs d’EHPAD, de services à domicile et d’habitats intermédiaires montre que 51 % d’entre eux manquent actuellement de personnel. Le rapport de la Drees relève que de nombreuses aides à domicile devront être renouvelées d’ici 2050 car en 2022, un tiers d’entre elles étaient âgées de 55 ans ou plus.
Dans ces conditions, le report du Plan Grand Âge semble d’autant plus préoccupant et laisse entendre que la prise en charge des personnes âgées n’est pas une priorité. Pour la Fédération Hospitalière de France (FHF), le report du plan Grand Âge « nourrit un sentiment d’abandon des politiques publiques en direction du grand âge ».
Pour Jean-Christophe Amarantinis, président du Synerpa, un syndicat qui regroupe les acteurs privés des Ehpad, habitats intermédiaires et services et soins à domicile, « le grand âge est devenu la variable d’ajustement de l’instabilité politique ». Il rappelle que le plan qui devait être présenté « n’était pas à la hauteur » et à appelle à une « transformation profonde ».
Alliance VITA alerte depuis de nombreuses années sur l’urgence d’une loi grand âge qui contienne des moyens suffisants pour prendre soin de nos aînés. Ce nouveau report doit interroger le gouvernement sur ses priorités, alors que l’examen de la loi pour autoriser l’euthanasie ou le suicide assisté, avec tous les risques que cette loi comporte pour les personnes les plus vulnérables, ne subit, lui, aucun retard.
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