13/02/2026

Plan fertilité : une logique technicienne et consumériste

 

Les co-rapporteurs d’un rapport de 2022 sur les cause de l’infertilité, Salomé Berlioux et Samir Hamamah, président désormais un comité de pilotage qui s’est réuni pour la première fois ce 5 février 2026. L’objectif annoncé est d’ « accompagner la ministre de la Santé dans la mise en œuvre du plan fertilité », par « des mesures concrètes autour de la prévention, du dépistage et de l’accompagnement » des personnes touchées par cette difficulté, à la frontière de l’intime et de la santé.

Ce plan inclut 16 actions, que le groupe a classées en 4 axes : la sensibilisation et la prévention ; la détection précoce et l’amélioration du diagnostic de l’infertilité ; la promotion et l’élargissement de l’assistance médicale à la procréation (AMP) et de sa prise en charge ; et enfin la volonté de faire de la France « un leader dans la recherche et l’innovation sur la fertilité ».

 

Des mesures floues ou qui posent question

Si les intentions affichées semblent à première vue louables, la plupart des mesures restent floues. Parmi les annonces, nombreuses sont celles qui posent question, voire qui suscitent la polémique. A commencer par celle de la décision portée par le gouvernement d’envoyer une lettre à tous les Français de 29 ans avant la fin de l’été pour « permettre à chacun de faire ses choix intimes de manière éclairée »

Ce courrier contiendrait « des informations « sur l’offre d’aide médicale à la procréation et d’autoconservation de gamètes », mais aussi « sur la contraception et la santé sexuelle » : deux messages contradictoires que la lettre veut faire passer en même temps. Le gouvernement annonce également qu’il souhaite encore renforcer « l’éducation à la santé reproductive en milieu scolaire, en lien avec l’Education nationale ». Mais est-ce du ressort du gouvernement de se glisser dans l’intimité des personnes ?

Si l’actuelle ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist essaye de temporiser en précisant que : « le rôle du politique n’est pas de dire s’il faut avoir des enfants ou encore à quel âge. Ce qu’il faut éviter c’est continuer à entendre : « Si j’avais su » », en réalité, une telle immixtion n’est pas neutre. Par ailleurs, le « si j’avais su » face aux solutions proposées, semble bien restreint.

Le soutien aux jeunes couples, aux femmes enceintes encore étudiantes, le respect du corps et de sa temporalité, la promotion de techniques d’assistance médicale à la procréation qui respectent la dignité de la femme, de l’homme, du couple, de l’enfant et de l’embryon et qui visent à la restauration de la fertilité naturelle… ces solutions seront-elles suffisamment abordées et promues ?

Qui contrôle la fiabilité de l’information ?

Par ailleurs, le gouvernement annonce la « création d’un portail national de référence rassemblant des informations fiables, validées scientifiquement ». Mais qui sera chargé de classer en fiables, ou non fiables, les informations ? Actuellement, l’onglet « Sources et partenaires » est vide.

 

Une incompréhensible promotion d’une technique critiquable

3,3 millions de personnes seraient touchées par l’infertilité, un phénomène malheureusement en augmentation. En 2022, un rapport rendu au gouvernement établissait le recul de l’âge de la maternité comme la cause majeure de la hausse de l’infertilité. Pourtant, parmi les informations et recommandations, le Comité affiche la volonté de promouvoir l’autoconservation des ovocytes. Justement, l’âge auquel sera envoyée la lettre de l’Etat, 29 ans, correspond à l’âge à partir duquel l’autoconservation des gamètes sans raison médicale est autorisée chez la femme.

Or cette pratique ne constitue en rien une assurance maternité et oblige par la suite à recourir à la fécondation in vitro pour concevoir un enfant.

Elle constitue en outre en elle-même un encouragement implicite à reporter son projet de grossesse, ce qui constitue donc une perte de chance. Dans cette « logique » technicienne et consumériste, une mesure du plan prévoit le déploiement de 30 centres nouvellement autorisés d’autoconservation des ovocytes, dans le but d’atteindre 70 centres en France d’ici à 2028. Malgré tout, reconnaissons au site « officiel » d’avoir, sur ce point, une réponse honnête à la question «Si je congèle mes ovocytes, je pourrais avoir un enfant quand je veux ? ».

Il rappelle que « l’autoconservation des ovocytes ne garantit pas d’avoir un enfant », précisant que même si les possibilités d’autoconservation des gamètes existent, « elles ne sont pas une solution miracle ». Le site donne même ce chiffre : « le taux moyen d’accouchement après une tentative de FIV est d’environ 10 % chez les femmes de 41 à 42 ans ».

 

La fragilisation d’un pilier du droit de la bioéthique

Sur ce même sujet, le plan recommande, comme l’avait déjà fait Emmanuel Macron en mai 2024 puis Catherine Vautrin, ex-ministre du Travail et de la Santé, des Solidarités et des Familles en juin 2025, l’ouverture de l’autoconservation des ovocytes aux centres privés à but lucratif. Une telle mesure constituerait une fragilisation du principe de non-marchandisation du corps humain.

 

L’embryon et les gamètes réifiés

Par ailleurs, le plan envisage une « banalisation » du don de gamètes et d’embryons, avec la mise en place d’un système d’information national de gestion de ces dons, pour améliorer la transparence, la traçabilité et l’efficience du système. Les embryons humains congelés sont traités comme de simples produits.

Alors même que le besoin de connaître ses origines n’est plus à démontrer, la promotion de techniques qui coupent volontairement l’enfant de ses origines n’est pas compréhensible. La France a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), à valeur contraignante, qui pose dans son article 7 le droit, pour tout enfant, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux. En institutionnalisant l’AMP avec donneur sans partenaire masculin, le gouvernement français prive par avance de père les enfants ainsi nés.

S’il est impossible de garantir à tous les enfants la possibilité de connaître ses parents et d’être élevés par eux, il est certain que l’Etat doit au minimum s’abstenir d’adopter des mesures qui les en empêchent. Ce qu’il a pourtant fait en adoptant la loi bioéthique de 2021. Or cette législation qui organise la conception d’enfants d’une manière qui écarte délibérément le père ne peut etre considérée comme respectueuse de leurs droits.

 

De mauvaises réponses à de bonnes questions

Enfin, le gouvernement annonce enclencher également un chantier national sur la santé périnatale et maternelle. Ses premières conclusions seront remises d’ici à juin 2026, avec l’objectif de concilier sécurité, qualité et équité des soins périnataux sur tout le territoire. Pourtant, de nombreux travaux, commissions, enquêtes ont déjà été menés depuis 2019 dans le cadre du « Rapport 1000 premiers jours – Là où tout commence » initié à la demande du Président Emmanuel Macron. La mortalité infantile augmente dans notre pays, avec un taux de 4,1 décès pour mille naissances. La France fait figure de mauvaise élève de l’Union européenne. Le temps n’est peut-être plus aux enquêtes et aux rapports, mais aux moyens à consacrer aux soignants.

 

Pour découvrir les 16 mesures du plan de lutte contre l’infertilité : Lancement de la première réunion du comité de pilotage du plan fertilité et des travaux ministériels sur la santé périnatale et maternelle

plan fertilité : une logique technicienne et consumériste

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