13-12-2011

Raisons féministes

Novembre 2009, Elisabeth Badinter publie Le conflit – La femme et la mère (Flammarion). France Inter lui consacre alors une journée d’antenne. L’émergence de la théorie du genre est l’occasion de scruter les ressorts du féminisme égalitariste, qui participe de son origine.

Pour Madame Badinter, un grand danger pèse sur les femmes occidentales : le retour de l’idéologie du naturalisme, qui tend à identifier les femmes à la maternité ; ses préceptes s’imposent aujourd’hui plus sournoisement qu’hier… En sociologue, elle décrit le nouveau dictat de l’allaitement maternel et l’injonction sociale d’être une  « bonne mère », avant de se réjouir de l’émergence du courant « childfree » : des femmes « libérées d’enfant ».

Elisabeth Badinter pointe avec précision la crise identitaire que connaissent les hommes et les femmes, depuis qu’ils assument des fonctions communes dans la vie professionnelle et sociale. Elle dénonce avec justesse les répercussions de la crise économique sur les femmes. « La maternité, explique-t-elle finalement, implique des devoirs accrus à l’égard de l’enfant que l’on a choisi de faire naitre ».

Mais voilà qu’Elisabeth Badinter constate aussi, à propos de la maternité que « rares sont les femmes qui se livrent lucidement au calcul des plaisirs et des peines » ! Pour décider de l’accueil d’un enfant, la liberté qu’elle prône est présentée comme un choix argumenté de la raison. Et de stigmatiser les impératifs d’antan qu’elle réduit à l’instinct maternel et au sens du devoir. Or, cette conception de la liberté n’enferme-t-elle la femme dans l’illusion ? La voici placée devant l’exigence absolue de « maitrise » : maitrise de sa fécondité, de l’enfant lui-même et de sa propre réaction maternelle vis-à-vis de lui. Comme si tout cela pouvait se calculer par avance ! Faire injonction d’une telle maîtrise, est-ce vraiment libérateur ? Au contraire, pareille exigence fait peser sur la femme une responsabilité insupportable.

Exercer une véritable liberté nécessite de concilier l’accueil de la réalité et la confiance. Une confiance qui se permet de parier sur l’avenir. Voire – puisqu’il s’agit ici, non pas d’objets, mais de personnes – sur l’amour.

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