14-02-2012

Déjouer la victimisation

A force d’être confronté, dans les débats médiatiques, aux accusations de contradicteurs, j’ai fini par sentir grossir au fond de mon estomac… une petite bulle de culpabilité.

Je l’ai laissé remonter pour comprendre. Sans trop m’étonner, car nous savons que l’objectif ultime des maîtres de la dialectique manipulatrice est de conduire leurs adversaires à la conscience malheureuse, grâce au lavage de cerveau. Cette conscience malheureuse, c’est ce qui explique que dans les grand procès staliniens, les prévenus soient allés jusqu’à s’auto-accuser.

Toute proportion gardée, il n’est pas toujours facile d’avoir la conscience tranquille quand on se retrouve seul contre tous, dans un dîner ou un débat, objet de ricanements, accusé des malheurs du monde, comme, par exemple de laisser souffrir les mourants en refusant l’euthanasie…

Posons-nous donc quelques questions de conscience.

1/ En nous opposant à l’euthanasie, sommes-nous vraiment coupable de toutes les maladies et des souffrances physiques ou morales endurées par les personnes dépendantes ou en fin de vie ?

Non. Nous sommes pour qu’on lutte contre la douleur et qu’on soulage la souffrance, et considérons d’ailleurs que l’euthanasie est une mort violente dont les auteurs et les témoins ont du mal à se remettre.

2/ En contestant le mariage homosexuel, sommes-nous vraiment coupable de toute la souffrance morale des personnes qui désirent donner naissance à un enfant alors que les relations qu’ils entretiennent rendent biologiquement impossible l’assouvissement d’un tel désir ?

Non. Nous ne sommes pas maitres de la nature qui empêche ces relations d’être fécondes. Entretenir un fantasme d’homoparentalité n’est pas un service à rendre aux personnes homosexuelles, ni aux enfants qu’on priverait d’un père ou d’une mère.

3/ En récusant la gestation pour autrui, sommes-nous vraiment responsable de la souffrance d’une femme que sa physiologie empêche d’enfanter ?

Non. Nous en sommes désolés. Cependant, une telle maladie n’est pas une raison pour décider pour un enfant, avant même sa conception, qu’il aura sa vie saucissonnée entre deux voire trois mamans. De quel droit lui imposer cette injustice ? Et de quel droit faire du corps d’une femme et de la vie de l’enfant qu’elle porte un objet de contrat ?

Chacun peut continuer thème par thème, afin de résister à cette « victimisation » qui consiste à faire porter la responsabilité d’un mal dont quelqu’un souffre sur celui dont on veut éliminer le point de vue gênant.

Partout où l’on revendique une transgression avec comme argument une souffrance, il convient de revenir à la réalité :

–  d’abord je ne suis pas la cause de cette souffrance.

–  ensuite, supprimer une épreuve n’est légitime, qu’à condition que cela ne provoque pas d’injustice. Simplement parce que la fin ne justifie pas les moyens, tous les moyens n’étant pas bons.

Certains revendicateurs n’en finissent pas de gémir sur leurs épreuves personnelles comme si nous devions en endosser la responsabilité. Amis de la vie, pour ne pas se laisser pigeonner par cette victimisation, il ne faut pas oublier que nous avons, nous aussi, une vraie vie, une vraie mort, des joies, des peines et des deuils. Des souffrances et des frustrations. Comme tout le monde ! Sans oublier nos engagements solidaires : n’hésitons pas à en témoigner car la technique de victimisation vise à nous isoler comme si nous n’étions pas des vraies personnes.