24-06-2014

Pourquoi une mobilisation contre l’euthanasie ?

Pourquoi cette mobilisation ?

Deux affaires médiatisées laissent croire que certaines personnes fragiles, lourdement handicapées ou très âgées, auraient fait leur temps. Il faudrait accepter qu’on leur administre la mort, soit par arrêt d’alimentation ou d’hydratation, soit par une « sédation terminale ». Et l’on nous explique qu’il faut pour cela une mutation de la loi de 2005. C’est donc l’équilibre de la loi fin de vie qui est menacée.

Nous lançons donc une mobilisation pour défendre l’esprit de cette loi Leonetti. Elle renvoyait dos-à-dos l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie et prévoyait la généralisation d’une culture palliative. L’urgence, c’est de rendre les soins palliatifs accessibles à tous. C’est cette promesse du président Hollande dont nous attendons la réalisation.

 

C’est à Jean Leonetti que François Hollande a demandé de réfléchir à l’évolution de sa loi. N’est-ce pas rassurant ?

Malheureusement non. Jean Leonetti avait fait un remarquable travail pour ce texte voté à l’unanimité en 2005. Comme à l’époque, il est associé au socialiste Alain Claeys. Or, ce dernier ne cache pas sa volonté de faire évoluer cette loi vers le suicide assisté et certaines formes d’euthanasies. Et Jean Leonetti lui-même nous a paru évoluer. Il récuse le modèle belge, mais il a déjà validé une interprétation euthanasique de sa propre loi: l’arrêt d’alimentation et d’hydratation destiné à provoquer la mort. Nous l’avons toujours contesté, car c’est l’intention et le résultat qui définissent l’euthanasie. Son idée de « directives anticipées opposables » inquiète par ailleurs ceux qui savent combien c’est au jour le jour que le dialogue médecin-patient doit conduire à décider les traitements ajustés.

Il se murmure que le président de la République compterait sur Jean Leonetti pour cautionner le basculement de sa loi vers une forme d’euthanasie… Nous souhaitons rencontrer de toute urgence ce dernier pour avoir des éclaircissements.

 

Le Premier ministre n’a-t-il pas promis une réforme consensuelle ?

Certes, mais les hésitations des leaders politiques nous ont échaudés. Et l’appel à l’UMP Jean Leonetti peut être un piège. C’est trop souvent au travers de considérations politiciennes que les choses sont tranchées. Avec parfois d’étranges volte-face. Les personnes très âgées ne sont pas organisées comme un syndicat… Les associations de personnes traumatisées crâniennes ont été peu entendues, alors qu’elles témoignent de la valeur de la vie, malgré les séquelles d’un accident. D’où l’importance de se mobiliser dès maintenant.

 

Des situations de vie comme celles de Vincent Lambert sont-elles défendables ?

Respecter son humanité en prenant soin de lui sans l’exclure de la société est essentielle.

Vincent Lambert n’est pas en fin de vie, mais très gravement handicapé, et désormais mal pris en charge. Pourquoi est-il hébergé dans un lit dépendant d’un service de soins palliatifs ? Et, si l’on met en œuvre sur lui un protocole de mort, quel message pour les quelque 1 500 personnes qui vivent en état de conscience altérée dans notre pays, à leurs proches et aux soignants qui se dévouent autour d’eux !

Je souligne un paradoxe : ceux qui avaient salué en son temps le geste de Marie Humbert sur son fils Vincent, la veille de la sortie d’un livre veulent aujourd’hui imposer à une autre mère — celle d’un autre Vincent — la mort de son fils… Et compter sa parole pour négligeable !

Beaucoup de Français se rendent aussi compte que la façon dont notre société traite la fin de vie des personnes âgées est indigne. Le procès Bonnemaison a montré qu’il est urgent de soigner les personnes dépendantes sur leurs lieux de vie, ce qui suppose d’en donner les moyens, soit à domicile, soit dans les EHPAD qui les hébergent.

 

Pensez-vous à un mouvement social comparable à celui de 2013 ?

Notre scénographie symbolique de mardi n’est qu’un premier avertissement. Elle montre notre diversité et notre vigilance. Le gouvernement sait que nous sommes prêts à lancer une mobilisation massive contre l’euthanasie et pour la défense des plus fragiles. Des personnes qui ne sont pas descendues dans la rue en 2013 sont prêtes à se mobiliser. Je pense à de nombreux professionnels du milieu médical et social, de toutes sensibilités politiques et culturelles. Mais aussi à tous les français qui se sentent concernés par la fin de vie.

C’est le propre des grands mouvements sociaux d’unir hors de tout autre clivage.