Quatre « surprises démographiques », qui sont en fait des évolutions connues, sur la période 1968-2018 sont détaillées dans le numéro de mars de Population et Sociétés à l’occasion des cinquante ans de publication de ce bulletin d’information scientifique : l’augmentation de l’espérance de vie ; le report des naissances ; l’augmentation des naissances hors mariage et le succès des pacs.

 L’augmentation de l’espérance de vie

L’espérance de vie a augmenté de 11 ans en l’espace de 50 ans, passant de 71,5 ans en 1967 à 82,5 ans en 2017 sexes confondus. En revanche, elle a tendance à progresser moins vite depuis quelques années ce qui laisse penser que l’allongement de la vie pourrait atteindre ses limites bientôt (+2 mois depuis 2010 contre +3 mois en moyenne ces cinquante dernières années).

Le recul de la mortalité infantile peut expliquer en partie cette progression : elle a baissé de moitié de 1950 à 1960 et a continué de diminuer  pendant la décennie suivant pour atteindre 18 ‰ en 1970. Cependant, elle ne représente maintenant qu’une faible part de la mortalité et même si le recul se poursuit, il n’a presque plus d’effet sur l’espérance de vie.

Cette dernière progresse grâce au succès rencontrés dans la lutte contre la mortalité adulte et en particulier aux âges avancés où se concentrent davantage les décès. A l’époque, on pensait que la mortalité à ces âges ne pouvait diminuer et que l’espérance de vie butterait rapidement sur un plafond biologique. Il faut noter ici la part importante des progrès médicaux (actions de prévention, traitement et diagnostics précoces) depuis ces dernières années. A l’heure actuelle, les maladies cardiovasculaires et les cancers sont les causes principales de mortalité.

L’espérance de vie à 60 ans n’a cependant plus progressé au cours des trois dernières années : elle se maintient à 23,2 ans pour les hommes en 2017 comme en 2014, et baisse légèrement pour les femmes (27,7 ans en 2014, 27,6 ans en 2017).

Le report des naissances

Depuis la fin du baby-boom, les femmes mettent au monde environ deux enfants en moyenne. L’âge des mères à la naissance n’a cessé de progressé depuis 1977. Alors qu’il était de 24 ans en moyenne pour un premier enfant, il est de 30,7 ans en moyenne en 2017. Il peut y avoir plusieurs raisons associées à ces maternités de plus en plus tardives : l’allongement de la durée des études, la progression de l’emploi des femmes et à la volonté de plus en plus forte de n’avoir d’enfant qu’une fois bien installés dans sa vie. Il faut noter également l’impact de la diffusion des différents moyens de contraception ainsi que de la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse, comme le souligne l’INED.

Il n’est pas exclu que cet âge moyen à la maternité continue à se décaler pour atteindre 32 ans. C’est presque le cas en Espagne où il est de 31,9 ans en 2015.  A noter, si les femmes attendent trop avant de devenir mères, elles pourraient ne plus pouvoir enfanter lorsqu’elles le souhaiteraient. Le risque moyen de ne pas pouvoir enfanter croît avec l’âge : 4% à 20 ans ; 14% à 35 ans, 35% à 40 ans et près de 85% à 45 ans. Si certaines femmes en incapacité de concevoir sont tentées par une assistance médicale à la procréation, peu sont conscientes que la médecine reste impuissante passée 40 ans,  souligne le bulletin. Les naissances de mères de 40 ans ou plus ne représentent que 4% des naissances en 2016.

L’augmentation des naissances hors mariage

En 1966, seulement 6% des enfants nés en France métropolitaine avaient des parents non mariés lorsqu’ils sont nés. Ils sont 58,5% en 2016, soit 435 000 sur les 745 000 naissances. Force est de constater que la norme sociale a changé : les naissances hors mariage sont désormais plus nombreuses que les naissances de parents mariés. Elles surviennent également le plus souvent au sein des couples stables. Ces naissances hors mariage nécessite une reconnaissance paternelle : 5/6 enfants le sont en 2005 contre 1/5 au début des années soixante-dix. Au total, moins de 4% de l’ensemble des enfants ne sont pas reconnus dans l’année de leur naissance.

L’augmentation des pacs

De 20 000 en 2001, le nombre de pacs a très fortement augmenté passant à 192 000 en 2016. A l’origine le pacs a été instauré en partie pour permettre aux couples de même sexe de faire enregistrer leur. Or, la forte hausse est due pour une bonne partie à l’essor des pacs pour les couples homme-femme, multiplié par douze en 15 ans (184 000).

En parallèle, le nombre de mariage diminue, de 296 000 en 2001 à 2 33 000 en 2016. En revanche, si une partie des pacs sont conclus pour des simples raisons juridiques ou fiscales, ce n’est pas le cas pour la plupart des mariages.