Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a appelé le gouvernement à lancer un grand débat public sur la dépendance, dans un avis remis à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, le 24 avril.

Le CESE s’est auto-saisi de la question du vieillissement et de la dépendance, en pleine crise sur le personnel des maisons de retraite, qui a abouti au vote d’un avis, intitulé « Vieillir dans la dignité », assorti de quinze recommandations lors de son assemblée plénière du 24 avril. Alors que les personnels des EHPAD sont en grande souffrance à cause du manque d’effectif et de conditions de travail dégradées, le CESE reprend notamment la recommandation-phare d’une mission parlementaire qui est de doubler les effectifs d’aides-soignants et infirmiers d’ici quatre ans.

L’offre d’hébergement et de services pour personnes âgées « n’est pas adaptée aux besoins et aux attentes », souligne ce rapport. Il convient « d’ouvrir sans tarder un large débat public sur les sources de financement de la prise en charge collective de la perte d’autonomie », estime le CESE parmi 15 recommandations de cet avis. Le CESE recommande également de réunir l’ensemble des acteurs du secteur pour « déterminer les grands principes d’un financement solvable et pérenne des services d’aide à domicile ». Il suggère de réaliser des études pour mieux cerner « les disparités sociales et territoriales dans les plans d’aide » octroyés par les départements, afin de rapprocher les niveaux de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA).

Enfin, l’avis met l’accent sur la nécessité de la prévention de la perte d’autonomie, « tout au long de la vie » et « notamment au travail » afin de « limiter ou de retarder les effets liés au vieillissement ». Le CESE recommande également de « lever très rapidement » les obstacles à l’utilisation des dispositifs de répit créés pour les aidants. Le rapport insiste également sur le maintien du lien social et la lutte contre l’isolement.

L’ensemble des préconisations contribue positivement à la large réflexion entreprise depuis plusieurs mois en France sur la prise en charge du vieillissement. En revanche, cette position du CESE est fragilisée par un récent avis sur la fin de vie, hautement controversé, qui préconisait de légaliser l’euthanasie, en l’assimilant à un soin.

En effet, comme le soulignait Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA* : « Il y a aujourd’hui des personnes âgées qui sont en marge de la société ; quelle tentation pour nous de considérer que leur vie ne vaut pas la peine d’être vécue ! Lorsqu’elles entrent dans un processus de glissement, quelle tentation d’utiliser des moyens pour qu’enfin elles puissent être « débarrassées » de cette vie qui leur pèserait trop ! C’est un énorme risque ! C’est dans les moments les plus difficiles que le fait de savoir qu’on ne passera pas à l’acte nous oblige à une solidarité beaucoup plus inventive que celle de procédés expéditifs. »

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* Extrait du discours prononcé lors de la Table ronde sur la fin de vie organisée par la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, le 18 avril 2018