Bioéthique : Caroline Roux, invitée de KTOTV le 13 septembre 2019

Caroline Roux, déléguée générale adjointe d’Alliance VITA, était invitée à débattre, le 13 septembre, des enjeux de la loi bioéthique avec Marie Tamarelle-Verhaghe, députée LREM, le Professeur Didier Sicard, président d’honneur du CCNE, et Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif pour tous.

Verbatim extraits de l’émission :

« Nous sommes très mobilisés sur les questions de bioéthique, puisque nous sommes nés des lois de bioéthique en 1994. Nous accompagnons chaque année presque 2 500 femmes et couples pour des questions de maternité, sur la question de l’infertilité et de l’annonce du handicap, et c’est vrai que ce projet de loi nous inquiète.

On voit s’effondrer plusieurs digues éthiques qu’on avait prétendu poser ,autour de la procréation, de la PMA, de la suppression du critère d’infertilité mais aussi autour de la protection de l’embryon, et puis, autour de l’eugénisme : on peut dire qu’on en a le record avec le diagnostic prénatal. Presque 96% des fœtus diagnostiqués trisomiques sont avortés aujourd’hui.

Notre délégué général, Tugdual Derville, qui a été invité par le président Macron, a pu lui en parler, il y a un an, lors d’un dîner organisé par l’Elysée, autour de l’eugénisme, qui est un grand secret de famille, et autour de la priorité qui devrait être donnée à la recherche de l’infertilité. 

Je trouve dommage que l’on n’ait pas assez abordé la question de la technique par rapport à la procréation. Aujourd’hui, on va ouvrir la PMA avec donneur, insémination ou FIV, pour des femmes et c’est ainsi qu’on fait disparaître le père. L’AMP avec donneur est très minoritaire aujourd’hui : 4% des naissances par don de sperme. Ca n’est pas simple pour les enfants ; on va vers la levée de l’anonymat parce que, depuis 25 ans, on s’est aperçu que des enfants parfois retrouvent l’identité du donneur et ont un malaise existentiel.

Nous qui accompagnons des personnes confrontées à l’infertilité, nous sentons vraiment que le désir des couples serait de pouvoir être guéris, et au fond cette fuite en avant vers la PMA n’a pas été évaluée dans les différentes lois de bioéthique. C’est un vrai manque aujourd’hui : il faudrait s’engager sur des recherches réelles sur les causes de l’infertilité, les moyens de la prévenir, de restaurer la fertilité. 

La fausse promesse de l’autoconservation ovocytaire, qui est dans le projet de loi, pourrait permettre à des femmes à un âge jeune de congeler leurs ovocytes pour procréer plus tard par PMA, mais ça n’est pas une assurance maternité : avec le don d’ovocytes dans un corps qui aurait vieilli, ce sont 3 femmes sur 4 qui n’auront pas d’enfant.

Le signe qui nous est donné, c’est toujours plus de PMA, alors qu’il y a vraiment à ressaisir notre société pour informer les jeunes sur la condition de la fertilité, sur l’horloge biologique : dans notre service d’écoute, nous avons des filles qui ont 25 ans et qui se posent la question de poursuivre la grossesse car elles se pensent trop jeunes. Il y a quelque chose à rééquilibrer dans notre société. 

Le DPNI qui serait permis sur toutes les naissances : ce diagnostic non invasif qui permet d’analyser quand même notre code génétique prénatal, à partir des cellules du fœtus. Là, il y a quelque chose à encadrer sûrement très fortement. Ces dépistages visent très souvent la trisomie, mais si l’on trouve une autre maladie génétique, on va le dire à la femme. 

Les grossesses sont devenues très anxiogènes et quand on annonce un handicap plus ou moins grave à des parents, c’est une explosion dans les couples ; notre préoccupation c’est de voir comment on accompagne ces couples dans notre société. 

Un amendement qui permet d’ouvrir à des établissements privés lucratifs la conservation des ovocytes a été voté hier, contre l’avis du gouvernement.

Marcel Gauchet disait « l’enfant du désir c’est celui qui est refusé » et on le voit bien dans nos services d’écoute, le désir peut devenir complètement totalitaire, enfermant. Que ces femmes aient un désir, on l’entend, mais à une autre époque elles n’auraient jamais pensé à avoir des enfants ; c’est la technique qui va le permettre au prix d’un sacrifice, c’est-à-dire de priver l’enfant de père. Je pense qu’il faudrait ré-interroger la place du désir. Il y a des interdits qui sont vraiment fondateurs et protecteurs pour les femmes.

Je crois qu’on n’a jamais été aussi loin dans un choix de société, en fait. Aujourd’hui ce n’est presque pas de la bioéthique qu’on fait, mais un choix de société où l’on ouvre des voies qui vont se perpétrer sur les générations à venir et qui font peur. 

 

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