PPL euthanasie : Tugdual Derville, invité de CNEWS le 8 avril 2021

Tugdual Derville, porte-parole du collectif Soulager mais pas tuer, était l’invité de CNews le 8 avril 2021 pour débattre de l’euthanasie, face à Marine Brenier, députée LR des Alpes Maritimes.

Quelques verbatim extraits du débat :

Soulager mais pas tuer, contre l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie, est un mouvement destiné à répondre à cette angoisse, qu’on a tous, et qu’ont beaucoup de Français qui croient souvent qu’il faudrait avoir le choix entre souffrir et mourir.

Nous disons Non à la douleur, à la souffrance : il faut l’accompagner, la juguler par des soins de plus en plus efficaces – les soins palliatifs notamment – mais Non aussi au passage à l’acte de décider de faire mourir quelqu’un, car c’est la porte ouverte à énormément de souffrances, c’est une forme de violence aussi.

Notre porte-parole et parrain, Philippe Pozzo di Borgo, à l’origine du film « Intouchables », vient de lancer un appel en disant ‘Attention, en nous disant, à nous, les grands souffrants, eh bien vous avez une sortie honorable qui est l’euthanasie, vous nous rejetez, vous nous excluez, vous laissez entendre que nous ne sommes plus dignes de vivre.’

On dit que c’est un choix, mais quel est le sens d’une liberté si je souffre, si je suis mal accompagné, si j’ai une pression de mon environnement, de la société qui laisse entendre que ma vie ne vaut plus la peine d’être vécue ? Quel est le sens d’une liberté qui va me priver de ces derniers instants ?

Avec SOS Fin de vie, nous accompagnons des personnes en situation de grande souffrance en fin de vie, et ces personnes, bien souvent, vivent, en toute fin de vie, des moments qu’elles n’auraient jamais imaginés : des moments où on se parle, des moments où il y a la possibilité d’un mieux, que la sagesse populaire appelait ‘la rémission’. 

Si je décide d’évacuer cette fin de vie, par peur – et on peut bien comprendre-, qui dit que je ne suis pas privé, moi, et mes proches, et la société, de tous ces moments qu’en soins palliatifs on vit de façon beaucoup plus paisible qu’on ne le croit ?

On est dans un contexte très difficile en ce moment et nous disons ‘Au moment où tant de soignants se battent pour sauver des vies, cette proposition de loi est indécente. D’autant plus que le gouvernement a reporté la loi grand âge et autonomie !’

Le plus souvent, ce sont les proches qui demandent l’euthanasie, cela peut être aussi les soignants épuisés, très exceptionnellement ce sont les patients. Le plus souvent, ces demandes dissimulent des souffrances, des angoisses, des peurs, des douleurs mal traitées, mal accompagnées.

Attention au message qu’on adresse quand on applaudit des formes de suicide assisté : on donne à toutes les personnes qui sont dans les mêmes situations de souffrance, de détresse, le message que, finalement, la mort est la solution à leur détresse.

Nous avons fait un sondage, avec Soulager mais pas tuer, sur ce que souhaitent les personnes en fin de vie : ne pas souffrir, ne pas subir d’acharnement thérapeutique, être bien accompagné.

Dans les pays qui ont légalisé l’euthanasie, le cadre a totalement dérivé. En Belgique, le système de contrôle est inopérant, aux mains des partisans de l’euthanasie. Les euthanasies clandestines ont prospéré (40 des euthanasies en Flandre ne sont pas déclarées selon une récente étude). On euthanasie légalement des enfants depuis 2014. Une dépression, en Belgique, peut permettre à une personne d’être euthanasiée.

On dit ouvrir pour des cas extrêmes, mais en entrouvrant cette porte, vous levez l’interdit de tuer et pour les personnes fragiles et souffrantes, c’est éventuellement une incitation à demander cette forme de suicide. On glisse d’un droit à un devoir comme pour ce patient dont m’a parlé un médecin belge que ses enfants avaient convaincu de demander l’euthanasie : en face à face, dans son cabinet, il a demandé : « Docteur, est-ce que j’ai le droit de vivre encore un peu ? » La porte qu’on disait entrouverte est très vite battante.

 

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