Enquête : Plongée au cœur du salon désir d’enfant

Après une première édition dénoncée l’année dernière par plusieurs associations qui considéraient que le salon faisait la promotion de la GPA, pratique illégale en France, l’espace Champerret a de nouveau ouvert ses portes aux acteurs de la procréation internationale les 4 et 5 septembre derniers.

Cliniques spécialisées, banques de gamètes, coachs en fertilité et même un spécialiste en expédition d’embryons, ovules et spermatozoïdes, pas moins de 40 exposants au total sont venus présenter expertises, techniques et témoignages pour accompagner le « voyage vers la parentalité » ainsi que le promet le Fertility Center de San Diego.

À l’entrée du salon samedi matin, les visiteurs doivent franchir une ligne rouge déployée par la Manif pour tous et signe de la ligne éthique dépassée par les organisateurs. D’autres associations comme Osez le féminisme manifestent également contre la marchandisation du corps des femmes.

Une fois à l’intérieur, on peut vaquer d’un stand à l’autre et choisir de suivre une conférence parmi la vingtaine organisée dans 3 salles dédiées.

Illustration avec Utah Fertility Center qui par les voix d’Aurélien, Crystal et Clélia nous explique comment fonder sa famille aux Etats-Unis. Le premier, père de deux enfants nés par GPA, vient présenter les différentes étapes du parcours des parents d’intention aux Etats-Unis. Se voulant rassurant sur ce qu’il décrit comme étant « une aventure humaine », il insiste sur le caractère primordial de la confiance qui doit imprégner les relations avec la clinique pour la partie médicale et avec l’agence, pour la partie contractuelle et relationnelle avec la mère porteuse. Tout au long de son témoignage il reviendra sur l’importance du lien noué avec la mère porteuse en dépit de la distance géographique. Il décrit la puissance d’une relation qui grandit pendant neuf mois au fil de la grossesse à tel point qu’il considère aujourd’hui cette personne comme un membre à part entière de sa famille. L’accent est mis également sur l’aspect légal dont on sent le caractère essentiel à travers le besoin exprimé par Aurélien à plusieurs reprises d’être rassuré et sécurisé juridiquement sur la filiation établie au moment de la naissance. A l’arrivée de l’enfant, lui et son compagnon se sentent vraiment considérés comme parents dans le regard de l’équipe médicale.

Place ensuite à Crystal, mère porteuse des deux enfants d’Aurélien, qui expose les différentes étapes d’un parcours de GPA au sein d’Utah Fertility Center puisqu’elle est en réalité aussi la coordinatrice principale du programme international Nevada Fertility. De son expérience de mère porteuse il n’en sera pas question dans cette partie essentiellement tournée vers la promotion des services du centre.

On enchaine avec Clélia pour la partie juridique qui commence par rappeler qu’en droit français, donner un enfant en échange d’une rémunération est une provocation à la vente d’enfant et une atteinte à la filiation. Mais immédiatement elle rassure les demandeurs potentiels puisqu’à partir du moment où les parents suivent un parcours de GPA à l’étranger et dans un cadre légal, ils savent qu’il n’y a pas d’infraction pénale qui puisse aboutir à une condamnation sur le sol français.

Son credo : inciter les parents dits d’intention dès le début du processus à consulter un avocat pour sécuriser le processus et l’état civil de l’enfant au regard du droit français.

La conférence s’achève avec l’album photo de l’aventure extraordinaire vécue par Aurélien avec Crystal, mère porteuse de ses deux enfants. L’émotion de ce père est bien là, la volonté de convaincre son auditoire aussi.

Reste bien sûr une mer de questions :

Quid de la relation nouée pendant la grossesse entre la mère porteuse et le bébé ? Quid du traumatisme durable généré par cette séparation provoquée ? Quid de la disparition de la mère sur l’acte de naissance, simulant deux hommes comme parents ? Quid de la commercialisation du corps des femmes ? Quid du grand principe de la bioéthique française de l’indisponibilité du corps humain ? Quid des contrats aux mille lignes, n’oubliant pas le droit à exiger un avortement ? Qui de la filiation explosée de l’enfant, avec une mère génétique d’un côté (la donneuse d’ovule), une mère porteuse de l’autre, puis aucune mère dans sa vie quotidienne ?

Quant au budget il n’est pas question d’en parler puisque comme le répète l’organisatrice Anne-Laure Guichard, Désir d’enfant n’a pas de vocation promotionnelle mais vise seulement à informer les parents potentiels.

Pourtant en face à face, les chiffres tombent : ce sera 150 000 euros pour une prestation de GPA dans un centre de fertilité dans l’Oregon.

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