Stérilisation masculine : une pratique en hausse

15/02/2024

Stérilisation masculine: une pratique en hausse

 

Bien qu’elle reste rare – environ 0,15% des hommes de moins de 70 ans ont fait ce choix en 2022 – le nombre de vasectomies augmente fortement en France, avec un taux annuel multiplié par 15 en 12 ans. On est ainsi passé de 1 940 vasectomies (en 2010) à 30 288 (en 2022).

C’est ce que révèle une étude qui vient d’être rendue publique. Elle se fonde sur des données du Système national des données de santé (SNDS) et est portée par le Groupement d’intérêt scientifique EPI-PHARE constituée de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et de l’assurance maladie (CNAM).

Elle montre qu’entre 2010 et 2022, le recours à la vasectomie a concerné des hommes de plus en plus jeunes (41,7 ans en moyenne, l’âge moyen ayant diminué tout au long de la période d’étude), et aux  profils de niveau socioéconomique plus favorisés.

Qu’est-ce que la vasectomie ?

La vasectomie est un geste qui vise à stériliser un homme. Il consiste en la section et l’occlusion des canaux déférents, ce qui empêche les spermatozoïdes de rejoindre l’urètre et, par conséquent, d’être éjaculés. Ce geste est considéré comme étant à visée contraceptive, mais s’en distingue par son coté définitif, quand la contraception, elle, est en principe réversible et temporaire. Cette technique doit donc être présentée et considérée comme irréversible, car elle l’est, la plupart du temps.

Stérilisations masculines en hausse, féminines en baisse

Il est intéressant de noter que le nombre de stérilisations féminines est lui, en baisse. Il a été divisé par deux, passant de 45 138 stérilisations en 2013 à 20 325 en 2022, après une augmentation initiale entre 2010 et 2013. Pour la première fois depuis la légalisation de la stérilisation en France, un croisement des courbes de stérilisation féminine et masculine a été observé en 2021.

Ainsi, en 2022, 3 stérilisations masculines ont été pratiquées pour 2 stérilisations féminines.

Efficacité et effets secondaires

La vasectomie est considérée comme une méthode contraceptive très efficace (indice de Pearl à 0,1, soit 0,1 grossesse non-planifiée sur 12 mois pour 100 femmes ayant un partenaire avec une vasectomie). Mais elle n’est pas efficace immédiatement (une azoospermie ne peut être observée qu’à partir de 8 à 16 semaines après la section des canaux déférents) ni efficace à 100%.

D’après les données de l’étude, l’échec de la vasectomie est estimé à 1 sur 2 000 interventions. La présence de spermatozoïdes 3 à 6 mois après l’opération est constatée dans 0,2 à 1,5% des cas, et après cette période dans seulement 0,05 à 1% des cas. On relève aussi quelques échecs à distance de l’intervention par reperméation des canaux déférents nécessitant éventuellement une réintervention.

Même s’il s’agit d’une intervention chirurgicale courte, pratiquée de façon croissante en chirurgie ambulatoire (99,2% en 2022) des complications sont possibles : infections locales, hématomes, douleur. L’incidence des échecs et des taux de complications varie en fonction de la technique opératoire utilisée.

En France : conditions

La stérilisation est autorisée depuis 2001 en France. Elle est soumise à quelques conditions. L’homme qui la demande n’a pas besoin d’être déjà père pour y avoir droit, ni besoin d’être en couple.

Dans le cas de personne dite « capable », elle ne peut être pratiquée que si la personne majeure a exprimé une volonté libre, motivée et délibérée en considération d’une information claire et complète sur les conséquences. La loi exige un délai de réflexion de 4 mois. La loi prévoit aussi la possibilité de stérilisation de personne majeure dites « incapable », cette décision est subordonnée à une décision du juge des tutelles. En revanche, la stérilisation contraceptive d’une personne mineure est interdite, et ne souffre aucune exception.

Une clause de conscience prévoit que le médecin n’est jamais tenu de participer à une stérilisation à visée contraceptive.

Incohérence ? La congélation de sperme avant stérilisation

Théoriquement, la vasectomie s’adresse aux hommes qui n’ont pas ou plus l’intention de procréer. Pourtant, il existe des situations de « regret post-vasectomie ». Ce qui traduit la légitime difficulté que l’être humain peut avoir à se projeter dans le futur, lorsque sa situation change, par exemple. Ce phénomène serait estimé entre 6% (99–101) et 7,4% des hommes, notamment chez ceux qui n’avaient pas d’enfants avant la stérilisation.

Par ailleurs, cette pratique n’est pas sans incohérence. Censée être réservée aux hommes qui ne veulent pas ou plus d’enfants, il est proposé au demandeur d’une vasectomie, lors du premier rendez-vous urologique, d’effectuer une autoconservation de spermatozoïdes (congélation de sperme) qu’il pourra utiliser plus tard en cas de désir d’enfant via une procédure d’Assistance Médicale à la Procréation (AMP).

Cette mise en place d’une autoconservation de sperme avant vasectomie, sans motif médical, est possible pour les hommes de leur 29ème anniversaire jusqu’à leur 45ème anniversaire. L’homme peut demander que ses gamètes soient ainsi conservés jusqu’à l’âge de 60 ans. L’acte de dépôt et de congélation est remboursé mais la conservation des gamètes est chaque année financièrement à la charge du bénéficiaire.

L’étude a montré qu’avec leur vasectomie, en moyenne 6,8% des hommes optent pour faire au préalable congeler du sperme. Et ce chiffre est en constante augmentation.

La demande de réversibilité ou d’accès à l’AMP

Entre 2010 et 2022, sur l’ensemble de la cohorte – 109 944 hommes – ayant eu une vasectomie, 125 ont demandé par la suite à ce que leur soient prélevés des spermatozoïdes par voie transcutanée ou par abord direct (ponction).

Et 207 hommes ont demandé un acte de réversion (vasovasostomie), pour essayer de restaurer leur fertilité naturelle. Une procédure dont l’efficacité est moindre.

 

Pour aller plus loin : Analyse des variations de la fécondité en France.

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