Accès aux soins : une dégradation inédite selon la Fédération Hospitalière de France (FHF)
Article mis à jour le 27 mai 2026 avec les données Doctolib / Fondation Jean-Jaurès
La Fédération Hospitalière de France (FHF) qualifie la dégradation de l'accès aux soins de situation inédite. Ce constat est publié le 17 mars 2026 à l'occasion du troisième baromètre de l'accès aux soins mené par l'Institut de sondage BVA. La FHF réunit la plupart des établissements publics de santé et des établissements publics médico-sociaux. Dans son communiqué de presse, la Fédération met en avant deux chiffres clé pour mesurer la situation :
- Près de 3 Français sur 4 disent avoir déjà renoncé à un soin ces cinq dernières années ;
- 1 Français sur 2 indique qu’il s’est déjà rendu aux urgences sans être en situation d’urgence médicale.
Mise à jour – 19 mai 2026 : les Cartes de France de l’accès aux soins de Doctolib confirment une dégradation durable
Les constats dressés par la Fédération Hospitalière de France sont aujourd’hui confirmés et approfondis par de nouvelles données publiées le 19 mai 2026 par Doctolib, en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès.
S’appuyant sur plus de 230 millions de consultations réalisées en 2025 et sur une enquête menée auprès de près de 8 000 patients, cette étude met en évidence une dégradation persistante de l’accès aux soins.
Les délais d’obtention de rendez-vous restent particulièrement élevés pour certaines spécialités :
- 42 jours en cardiologie
- 32 jours en dermatologie
Ces délais, déjà importants, ne tiennent compte que des rendez-vous effectivement obtenus, laissant de côté les patients n’ayant trouvé aucun créneau disponible.
L’étude souligne également des inégalités territoriales très marquées, avec des écarts allant :
- de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers en cardiologie
- de 5 jours en Seine-Saint-Denis à 153 jours dans le Gers en ophtalmologie
Autre enseignement majeur :
63 % des patients déclarent avoir déjà renoncé à chercher un rendez-vous, un phénomène qui touche l’ensemble de la population, y compris les plus jeunes et les catégories sociales favorisées.
Enfin, faute de solutions :
- 23 % des patients se sont rendus aux urgences
- tandis que 20 % y ont renoncé grâce à un rendez-vous pris en ligne
Ces données confirment que les difficultés d’accès aux soins ne relèvent plus seulement de situations locales, mais bien d’un enjeu structurel à l’échelle nationale, comme le suggéraient déjà les analyses de la FHF.
Rappel - Résultats du sondage de la FHF - mars 2026
Le sondage publié comporte 3 volets :
- Inquiétude et colère des Français sur la situation ;
- Délai aggravé ou renoncement aux soins ;
- Un recours aux urgences trop souvent injustifié.
Inquiétude et colère des Français sur la situation
Le constat est quasi unanime et sans appel :
- 90% de "oui" à la question "Je suis en colère face au manque de moyens alloués à l'hôpital public et aux conditions de travail du personnel soignant".
- 89% de "oui" à la question " Je pense que sans un rapide et réel investissement financier dans le système de santé, nous courrons à la catastrophe".
- Et 85% répondent "oui" à "Je suis révolté par les inégalités d'accès aux soins qui persistent sur le territoire".
L'Institut n'a pas publié de données détaillées par catégorie socio-professionnelle ou par âge. Mais les données régionales ne montrent pas d'écart important entre région. La FHF signale également que "le renoncement aux soins atteint 85 % des moins de 35 ans".
La situation dégradée impacte les sentiments des Français face aux soins. 73% ont peur de ne pas pouvoir accéder à des soins de qualité en cas de besoin urgent. Et 63% ont peur de devoir être hospitalisés au vu de la situation actuelle des hôpitaux.
Pour autant, la confiance envers les soignants reste élevée : 95% sont "reconnaissants envers les professionnels de santé qui s'efforcent de maintenir la qualité des soins malgré un contexte difficile".
Délai allongés ou renoncement aux soins
Les délais déjà importants, s’allongent. Les temps moyens d'attente déclarés sont par exemple de 12 jours pour un généraliste, 2 mois pour un psychiatre et 3 mois pour un cardiologue. Le baromètre met en lumière une dégradation brutale des délais d'attente. Dans la première version du baromètre, publié en 2019, le temps d'attente pour une généraliste était de 4 jours. Le délai a triplé en 7 ans. Pour le cardiologue, l'attente était de 1 mois et 3 semaines en 2019.
Dans la répartition géographique des temps d'attente, l'Île-de-France se distingue par une situation enviable comparée aux autres régions. Ainsi, pour un cardiologue, il faut attendre 8 semaines en Île-de-France, mais 18 semaines en Centre-Val-de-Loire. Pour un psychiatre, c'est 6 semaines en région parisienne contre 20 dans les Hauts de France. En revanche les écarts régionaux sont plus faibles pour un médecin généraliste et un pédiatre.
Interrogés sur le renoncement à un soin (rendez-vous médical, médicaments, analyse …), 59% des Français citent le temps d'attente, 40% la question du budget, et 38% le problème de la distance.
Un recours aux urgences trop souvent injustifié
49% des personnes interrogées admettent s'être rendues à un service d'urgence pour des raisons ne relevant pas de l'urgence médicale. Méconnaissance des alternatives, difficulté d'accès à la médecine de ville sont citées comme les raisons de ce choix. Certains citent aussi la "facilité" de cette option : "aux urgences je suis sur place pour réaliser tous les examens complémentaires à faire en cas de nécessité".
La FHF rappelle la situation dégradée des hôpitaux publics, avec un déficit cumulé de 2.7 Mds d'euros en 2025. Elle appelle les décideurs à une "vision de long terme et une stratégie claire pour les années à venir".
Devant cette dégradation accélérée de l'accès aux soins, comment ne pas s'inquiéter que le gouvernement et certains élus maintiennent la légalisation du suicide assisté et de l'euthanasie comme une priorité législative ?
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