Alors que la proposition de loi sur l’aide à mourir doit revenir dans les prochains jours devant l’Assemblée nationale pour une troisième lecture, la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP) a rendu publics, lors de son congrès annuel de juin 2026, les résultats de sa troisième consultation nationale consacrée à l’avenir des soins palliatifs.
Avec 4 373 répondants, soit près du double de la consultation menée en 2024, cette enquête constitue aujourd’hui l’une des plus importantes consultations réalisées auprès des professionnels engagés dans l’accompagnement de la fin de vie. Son principal enseignement est clair : les acteurs des soins palliatifs souhaitent majoritairement continuer à répondre à la souffrance et aux demandes de mort par l’accompagnement, le soulagement et le soin, sans intégrer l’aide à mourir dans leurs pratiques professionnelles.
Une consultation tournée vers l’avenir
La démarche retenue cette année par la SFAP diffère des consultations précédentes.
Les participants n’étaient pas invités à répondre à la question classique « êtes-vous pour ou contre l’aide à mourir ? ». La SFAP leur proposait au contraire de se projeter à l’horizon 2036, dans l’hypothèse où la loi aurait été adoptée et où le suicide assisté et l’euthanasie feraient désormais partie de l’offre de soins.
La question posée était alors : quel positionnement la SFAP devrait-elle adopter dans ce nouveau contexte ?
Une mobilisation record
La consultation a recueilli 4 373 réponses contre 2 297 en 2024.
Parmi les répondants :
62,7 % des répondants exercent actuellement en soins palliatifs, professionnellement ou bénévolement. Les médecins, infirmiers, bénévoles d’accompagnement, psychologues, cadres de santé, aides-soignants, travailleurs sociaux et autres professionnels du soin y sont représentés. Cette diversité renforce la portée des résultats présentés.
Une inquiétude qui ne faiblit pas
Premier constat : l’évolution législative envisagée suscite toujours une forte inquiétude.
À la question portant sur leur ressenti face à l’évolution probable de la législation :
- 69 % des répondants se déclarent insatisfaits ;
- 76 % se disent inquiets ;
- 79 % se disent préoccupés ;
- seuls 11,7 % se déclarent satisfaits ;
- 9,2 % se disent indifférents.
Comparés à la consultation précédente, ces résultats témoignent d’une inquiétude durable et largement partagée parmi les acteurs de terrain.
Quatre scénarios pour l’avenir
La partie la plus importante de la consultation proposait quatre scénarios d’évolution possibles pour la SFAP.
1. Scénario 1 : intégrer l'aide à mourir dans les soins palliatifs
Ce scénario envisageait que les équipes de soins palliatifs participent pleinement à la mise en œuvre de l’aide à mourir et l’intègrent à leurs pratiques professionnelles.
Il recueille 17,5 % des suffrages.
2. Scénario 2 : se retirer du débat public
Ce scénario proposait que la SFAP cesse d’intervenir dans les débats concernant l’aide à mourir afin de se consacrer exclusivement à ses missions scientifiques et professionnelles.
Il ne recueille que 2,7 % des voix.
Les répondants expriment ainsi leur volonté que la société savante continue à porter une parole publique sur les enjeux éthiques liés à la fin de vie.
3. Scénario 3 : défendre les soins palliatifs comme réponse spécifique
Ce scénario est celui qui recueille le plus large soutien avec 57,9 % des voix.
Il repose sur l’idée que les soins palliatifs doivent être la réponse privilégiée face à la souffrance et à la demande de mort.
Dans cette vision, les professionnels poursuivent leur mission d’accompagnement et de soulagement en défendant les soins palliatifs comme une alternative à l’ « aide à mourir », tout en participant activement au débat public.
Cette majorité absolue est restée stable tout au long de la consultation.
4. Scénario 4 : s'opposer frontalement à la loi
Ce scénario défendait une opposition explicite et permanente à la légalisation de l’aide à mourir.
Il obtient 17,4 % des suffrages, le même niveau que le scénario 1.
Ce résultat montre que les répondants privilégient davantage une affirmation positive des soins palliatifs qu’une posture exclusivement militante ou contestataire.
Le scénario d’intégration de l’aide à mourir est le plus rejeté
L’un des enseignements les plus intéressants de l’enquête concerne les scénarios que les répondants souhaitent éviter.
Le scénario d’intégration de l’aide à mourir dans les pratiques palliatives apparaît très nettement comme celui qui suscite le plus de rejet.
43,4 % des participants considèrent qu’il s’agit du scénario à éviter à tout prix.
À l’inverse, le scénario privilégiant la réponse palliative à la souffrance et à la demande de mort apparaît comme le plus consensuel.
« Tenir, être utiles, rester debout »
Pour Ségolène Perruchio, présidente de la SFAP, cette consultation dépasse le seul débat politique.
« L’engagement de la SFAP dépasse la question politique : il est d’abord quotidien, concret, au chevet des patients et de leurs proches. Et c’est précisément pour cette raison que nous prenons la parole et réfléchissons à la meilleure manière de continuer à faire notre travail, même si la loi sur le suicide assisté et l’euthanasie venait à être votée. »
La présidente de la SFAP résume ainsi le message adressé par les répondants :
« Ces 4 373 soignants qui ont répondu ne nous demandent pas de nous renier ou de nous retirer : ils nous demandent de tenir, d’être utiles, et de rester debout pour eux et pour les patients. C’est exactement ce que nous ferons. »
Une demande forte : développer enfin les soins palliatifs
Au-delà du positionnement éthique ferme pour les soins palliatifs, tout en restant interlocuteur des pouvoirs publics, , les répondants formulent plusieurs demandes concrètes.
Ils souhaitent :
- le développement d’une offre de soins palliatifs de qualité sur tout le territoire ;
- davantage de moyens humains et financiers ;
- des formations adaptées aux nouvelles situations créées par la loi ;
- des outils pratiques et des recommandations professionnelles ;
- la garantie effective de l’objection de conscience ;
- un travail de documentation sur les expériences étrangères, notamment en Belgique et au Canada.
Ces demandes traduisent la volonté de préserver une culture du soin fondée sur l’accompagnement tout en préparant les professionnels aux évolutions possibles du cadre législatif.
Un signal fort au moment du retour du texte devant l'Assemblée nationale
La publication de ces résultats intervient à un moment politique décisif.
La proposition de loi sur le suicide assisté et l’euthanasie revient dès le 22 juin 2026 prochainement devant l’Assemblée nationale pour une 3ème lecture, alors que les débats ont révélé de profondes interrogations éthiques, médicales et sociales et érodé le consensus en faveur du texte.
Dans ce contexte, les résultats de la consultation de la SFAP apportent un éclairage précieux : ceux qui accompagnent quotidiennement les personnes gravement malades ou en fin de vie continuent très majoritairement à privilégier le développement des soins palliatifs et refusent que l’aide à mourir devienne une composante ordinaire de leur pratique professionnelle.
Pour Alliance VITA, cette consultation constitue un rappel essentiel : face à la souffrance, à la dépendance et à la vulnérabilité, la priorité doit être donnée à l’accompagnement et au soin.
22 juin : Alliance VITA mobilisée partout en France
À l’approche de la reprise des débats à l’Assemblée nationale, Alliance VITA organise le 22 juin près de cinquante mobilisations dans toute la France contre la proposition de loi sur l’aide à mourir.
Ces rassemblements auront pour objectif d’alerter les parlementaires et les citoyens sur les dangers du texte : basculement éthique, fragilisation des personnes vulnérables, pression possible sur les malades, confusion entre soin et mort provoquée, et absence d’accès effectif aux soins palliatifs pour tous.
Alliance VITA appelle à une autre priorité politique : garantir partout en France l’accès aux soins palliatifs, soutenir les aidants, accompagner les personnes âgées, malades ou handicapées, et refuser qu’une société solidaire réponde à la souffrance par l’administration de la mort.