Le 7 juillet 2026, l’Institut national d’études démographiques (Ined) a publié les premiers résultats de l’enquête Erfi 2 (Étude des relations familiales et intergénérationnelles), menée en 2024 auprès de 12 800 personnes âgées de 18 à 79 ans.
Cette enquête, qui s'inscrit dans un programme international couvrant plus de vingt pays, succède à une première édition réalisée en 2005. Elle offre un panorama des évolutions de la famille, des relations de couple, des projets d'enfant, de la fertilité ou encore des parcours conjugaux. Les résultats confirment plusieurs tendances déjà observées ces dernières années : recul des intentions de fécondité, report de la parentalité, transformation du couple et montée de nouvelles normes autour de l'arrivée d'un enfant.
Plus largement, cette étude éclaire les profondes mutations de la société française à un moment où la natalité atteint des niveaux historiquement bas.
Moins d'enfants souhaités, un modèle familial qui se resserre
L'un des constats les plus marquants de l'enquête concerne la baisse du nombre d'enfants désirés.
L'Ined observe que le nombre idéal d'enfants dans une famille est passé de 2,7 enfants en moyenne au début des années 2000 à 2,3 aujourd'hui. Chez les jeunes générations, le mouvement est encore plus net. Les femmes de 18 à 24 ans déclarent souhaiter en moyenne 1,9 enfant.
Le modèle dominant reste celui de la famille à deux enfants. Mais alors qu’il était autrefois perçu comme un minimum, il est désormais davantage considéré comme un maximum. Deux tiers des Français estiment aujourd'hui que deux enfants constituent la taille idéale d'une famille.
Parallèlement, l’attirance pour les familles nombreuses s’amoindrit. Entre 2005 et 2024, la proportion de personnes souhaitant trois enfants ou davantage est passée de 38 % à 23 %. Dans le même temps, le nombre de personnes ne souhaitant aucun enfant a doublé, passant de 6 % à 12 %.
Ces évolutions interviennent alors que l'indicateur conjoncturel de fécondité est tombé à 1,5 enfant par femme en 2025. Comme l'Ined l'avait déjà souligné dans une précédente publication, il existe toujours un écart entre le nombre d'enfants souhaités et le nombre d'enfants effectivement mis au monde. Mais cet écart tend à se réduire parce que les aspirations elles-mêmes diminuent.
L'arrivée d'un enfant davantage perçue comme une contrainte
L'enquête met également en lumière une évolution du regard porté sur la maternité et la parentalité.
Les femmes sans enfant perçoivent davantage qu'en 2005 l'arrivée d'un premier enfant comme une source de contraintes. Plus d'une sur deux (56%) estime qu'un enfant limiterait sa liberté au quotidien. La proportion de celles considérant qu'une naissance à court terme pourrait être synonyme de moindre satisfaction personnelle a même doublé en vingt ans.
Sur le plan professionnel, la moitié des femmes anticipent encore un impact négatif sur leur carrière.
Les projets d'enfant apparaissent ainsi plus conditionnés que par le passé. Le souhait de devenir parent demeure largement présent, mais il s'inscrit dans une logique de report, d'hésitation ou d'attente de conditions jugées favorables.
Chez les femmes sans enfant de plus de 30 ans, le projet d'avoir un premier enfant dans les trois ans est aujourd'hui beaucoup moins fréquent qu'il ne l'était il y a vingt ans : seules 15 % déclarent vouloir certainement un enfant à court terme, contre 32 % en 2005. Chez les moins de 30 ans, le recul ne traduit pas tant un rejet de la maternité qu'une plus grande hésitation face à l'avenir.
La proportion de celles qui se disent certaines de vouloir devenir mères est passée de 51 % à 37 %, tandis que le refus de la maternité demeure stable autour de 10 %. L'entrée dans la parentalité semble ainsi de moins en moins relever d'une étape naturelle du parcours de vie et de plus en plus d'un projet conditionné par les circonstances de vie, la situation personnelle et les possibilités de concilier aspirations familiales, professionnelles et personnelles.
Comme le soulignaient déjà plusieurs travaux sur la natalité, l'arrivée d'un enfant semble de plus en plus soumise à une série de prérequis : stabilité professionnelle, logement adapté, autonomie financière et vie conjugale stabilisée.
Des maternités toujours plus tardives
L'étude confirme également une tendance majeure de la démographie française : le report continu de la maternité.
L'âge moyen à la naissance du premier enfant approche désormais 29 ans, contre 24 ans au début des années 1970. Parmi les femmes âgées de 35 à 49 ans, la proportion de celles devenues mères après 35 ans a doublé depuis 2005, passant de 4 % à 8 %.
L'Ined souligne que l'augmentation du nombre de femmes sans enfant après 35 ans ne s'explique pas principalement par un refus de maternité. La plupart expriment encore un désir d'enfant ou une ouverture à cette possibilité. Ce phénomène traduit surtout un report croissant des projets parentaux.
Cependant, ce report se heurte progressivement aux limites biologiques de la fertilité. À mesure que l'âge avance, les risques d'infertilité augmentent et les possibilités d’avoir un enfant diminuent. Cette réalité est pourtant peu prise en compte par les pouvoirs publics sauf à répondre par plus encore plus de technique comme l’auto congélation des ovocytes.
Couple et parentalité restent étroitement liés
Malgré les transformations des modes de vie, la parentalité demeure fortement associée à la vie de couple.
L'enquête montre que la grande majorité des femmes devenues mères vivent en couple : en 2024, 74 % des femmes de 35 à 49 ans qui sont devenues mères avant l’âge de 35 ans vivent en couple, et ce chiffre atteint même 82 % chez celles qui sont devenues mères à 35 ans ou plus. Les intentions d'avoir un premier enfant sont nettement plus élevées chez les personnes vivant avec leur conjoint que chez les célibataires ou les couples ne vivant pas sous le même toit.
La sortie du domicile parental, l'accès à l'emploi et la vie sous le même toit constituent toujours des étapes considérées comme essentielles avant l'arrivée d'un enfant.
Chez les hommes, la stabilité professionnelle joue un rôle particulièrement important. Les hommes disposant d'un emploi stable sont presque deux fois plus nombreux à envisager un enfant à court terme que ceux qui sont au chômage.
Ces résultats confirment le poids croissant des « normes procréatives » déjà identifiées par plusieurs analyses : l'accueil d'un enfant apparaît de plus en plus conditionné à l'obtention préalable d'un certain niveau de sécurité matérielle et affective.
Infertilité et recours croissant à l'aide médicale à la procréation
L'enquête apporte également un éclairage sur le recours aux aides à la procréation.
Parmi les 35-49 ans, 8 % des femmes et 5 % des hommes déclarent avoir eu recours à la PMA. Si l'on prend en compte l'ensemble des aides à la procréation (PMA, prise de médicament, chirurgie, autres traitements, consultation médicale, méthodes pour déterminer le moment de l’ovulation), plus d'un quart des femmes de cette tranche d'âge y a eu recours.
L'étude rappelle que 3% des personnes restent sans enfant malgré des démarches médicales.
Les personnes concernées ont également plus souvent des familles de taille réduite et deviennent parents plus tardivement. Parmi les femmes ayant eu recours à l'AMP, un tiers n'ont qu'un seul enfant, contre une sur cinq parmi celles ayant conçu sans intervention médicale.
Ces données illustrent les limites des réponses technologiques face au recul de la fertilité lié notamment à l'âge.
Un couple qui se transforme
L'enquête décrit enfin les évolutions du paysage conjugal.
Le mariage continue de perdre du terrain comme étape préalable à la naissance d'un enfant. Alors que 85 % des premières naissances intervenaient dans le cadre du mariage dans les années 1970, cette proportion n'est plus que de 33 % aujourd'hui.
Dans le même temps, les rencontres amoureuses évoluent elles aussi. Près d'un quart des couples ayant commencé à vivre ensemble entre 2020 et 2024 se sont rencontrés en ligne. Les rencontres dans un cadre festif ou par l'intermédiaire d'amis reculent, tandis que celles réalisées dans le contexte des études progressent fortement.
Des transformations qui interrogent l'avenir démographique
Le désir d'enfant demeure largement présent mais s'exprime dans un contexte marqué par davantage d'incertitudes, de conditions préalables et de reports. Les Français continuent majoritairement d'aspirer à la vie familiale, mais les parcours conduisant à la parentalité se complexifient.
Cette étude confirme ainsi plusieurs tendances déjà observées dans les analyses récentes sur la natalité : recul du nombre d'enfants souhaités, report des naissances, poids croissant des contraintes matérielles, difficulté à concilier vie familiale et vie professionnelle, et transformation des modèles conjugaux. Elle rappelle aussi qu'au-delà des politiques publiques, la question démographique renvoie à une interrogation plus large sur la place accordée à la famille, à la transmission et à l'accueil de la vie dans notre société.